Les 5 questions que vous devez poser en débriefing de GN !

Publié le lundi 23 juin 2014 dans Articles

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À quoi sert vraiment un débriefing de GN ?

J’attaque l’écriture de ce papier sur un coup de tête, sans avoir fait de plan ni de recherche préalable pour parler de débriefing. Je pense que la majorité de mes articles va naître d’une dynamique similaire désormais. J’ai écrit plusieurs articles très documentés par le passé, je pense que j’en avais besoin, mais j’ai envie d’utiliser ce blog pour partager des expériences et des réflexions à chaud, pas forcément consensuelles, pas forcément pour proposer un modèle, une méthode ou un super outil, mais pour faire réagir sur des questions qu’on ne se pose pas assez. Je crois que le debriefing est la partie la moins bien organisée et la plus sous exploitée du GN. Je crois qu’avec quelques efforts simples, on peut en faire un des meilleurs moments du jeu et s’en servir pour améliorer tous les autres aspects du prochain jeu.

 

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Est-ce que ce qu’on fait en GN est dangereux ?

OUI ! Bon sang oui ! Durant un laps de temps parfois très long, les participants vont se retrouver coincés avec d’autres à jouer des relations complexes, parfois très dures, sans avoir le temps de réfléchir à la façon dont ils s’impliquent la plupart du temps. Parce que, ne nous mentons pas, les joueurs, même avec la meilleure com’ du monde, ne savent pas toujours exactement ce pour quoi ils ont signé. On croit s’inscrire à un Harry Potter léger, et finalement, on se retrouve à vivre une situation psychodramatique proche d’un souvenir de notre propre vie, et qui nous retourne le cerveau pour 3 semaines. Même lorsqu’on croit savoir pour quoi on signe, on peut se retrouver surpris par le jeu et on peut ne même pas se rendre compte qu’on est en train de se mettre en danger. Combien d’asso utilisent des safe word ? Combien de joueurs ont accepté des choses parce que faire autrement voulait dire briser le jeu ?

Non, le GN implique une mise en danger importante, pour soi-même et pour les autres. Et celui qui pense que : « Rhoo ça va c’est pas si terrible, c’est qu’un jeu », je l’invite à boire un verre pour lui raconter quelques témoignages qui le feront vite changer d’avis.

On s’est tous senti amoureux de 60 personnes en même temps à la fin d’un GN. On est déjà tombé amoureux d’une seule personne à la fin d’un GN. On a déjà créé des amitiés très fortes en 24 heures. Mais le GN a aussi brisé des couples, fait faire des cauchemars aux joueurs, créé des sentiments d’exclusions très forts, et réveillé des traumatismes psychologiques à foison.

 

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Comment faire de meilleurs débriefings ?

Le débriefing est souvent le moment pour l’organisateur et les joueurs de tout révéler. Raconter ce qu’on a vu du jeu à ceux qui ne l’ont pas vu. C’est le moment où l’organisateur révèle les secrets mal compris par les joueurs. Personnellement, je ne suis jamais trop fan de cette phase parce que je me moque pas mal de ce que je n’ai pas compris, même si j’étais censé le comprendre durant le jeu. Mais aussi parce que je n’aime pas tellement les jeux pleins de secrets et d’intrigues. Je voudrais que le temps du briefing soit aussi et surtout utilisé pour favoriser le dialogue entre les joueurs, s’assurer que tout va bien pour tout le monde. Essayer de voir ce qu’on peut faire ensemble pour que la descente ne soit pas trop dure, pour que le GN blues soit accompagné. Voici les 5 questions que je voudrais poser à mes co-joueurs à la fin d’un jeu, si possible dans un temps dédié à ça.

#1 Comment vous sentez-vous à la fin de ce GN ?

Et ça n’a rien à voir avec une réponse collective des joueurs ou une salve d’applaudissements pour dire « merci, je suis content d’avoir joué ». Non, on a le droit de se sentir très mal à la fin d’un GN. Ça ne veut pas dire que le jeu n’était pas super. On peut avoir exploré quelque chose de difficile et s’être mis en danger, alors se sentir mal, c’est compréhensible. Il y a tellement de gens qui ne savent pas comment l’exprimer.

 

« On a le droit de se sentir très mal à la fin d’un GN »

 

#2 De quoi est-ce que vous avez besoin là tout de suite ? De quoi vous aurez besoin demain ?

Je veux des câlins. Je veux qu’on m’écoute. Je veux te revoir. Je veux être chez moi. Je ne veux pas ranger. Je veux recommencer le jeu. Quand les cosmonautes arrivent sur terre, il y a un temps d’adaptation. À la fin d’un GN c’est pareil. Laisser à chacun l’occasion d’exprimer ce dont il a besoin augmente les chances que les joueurs se sentent mieux plus vite et réduit les risques qu’on laisse un jour un joueur sur le tapis avec un bon pour l’HP, et là je ne parle plus d’Harry Potter.

 

« Quand les cosmonautes arrivent sur terre, il y a un temps d’adaptation. A la fin d’un GN c’est pareil. »

 

#3 Voulez-vous partager un moment du jeu positif ou négatif, mais mémorable, avec les autres ?

Pour le coup, c’est un peu la question informelle qui est posée dans la majorité des débriefings, mais je voulais en parler quand même. Tout simplement parce que le fait de la poser en cercle et de permettre à chacun de s’exprimer change tout. On évite ainsi ce moment merdique où un joueur accapare la parole pendant 30 minutes pour raconter son jeu qui n’intéresse que lui.

 

#4 Si vous deviez garder quelque chose de votre personnage, ce serait quoi ?

Je pense qu’il est important d’identifier ce qui était nous et ce qui était le personnage, mais ça ne veut pas dire que la frontière sera parfaitement claire. Le bleed existe toujours un peu. Alors l’identifier et repartir avec un petit quelque chose que le personnage avait et qu’on aimerait garder dans sa vie de tous les jours, c’est utiliser le GN de façon positive. On pourrait poser la même question pour se demander ce qu’on veut absolument laisser au personnage et ne jamais ramener dans sa propre vie.

 

« Repartir avec un petit quelque chose que le personnage avait et qu’on aimerait garder dans sa vie. »

 

#5 Si vous deviez organiser ce jeu la semaine prochaine, qu’est-ce que vous changeriez ?

La question tellement évidente, tellement simple, que même à la fin d’une partie de jeu de rôle sur table on oublie de la poser. Les organisateurs se plaignent pourtant tellement souvent de courir après les retours constructifs de joueurs. Des remerciements, c’est facile à récolter, mais des retours précis sur des détails, c’est autre chose. L’organisateur ne devrait jamais se priver de cette question, dans un moment où l’émulation et l’osmose est si forte que les joueurs, en confiance, auront bien plus tendance à s’exprimer.

 

–          « Si vous deviez organiser ce jeu la semaine prochaine, qu’est-ce que vous changeriez ?

–          Je rajouterai un débriefing, un vrai ! »

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Baptiste est Gniste depuis maintenant 15 ans, et a commencé par jouer des scénarios maison avec des amis sans vraiment avoir idée de ce qui se faisait autour. C'est plus tard qu'il a pu découvrir ce qui se faisait un peu partout dans le monde et continuer sans cesse de découvrir de nouveaux horizons. Il aime écrire des scénarios et vous pourrez en découvrir certains sur le site www.murder-party.org (Silence on meurt, Plan social). Persuadé que le GN est un art à part entière, Il a écrit un mémoire sur les jeux Grandeur Nature et veut promouvoir les partenariats inter-associatifs pour que notre loisir trouve un jour la place qu'il mérite. Il a l'honneur d'avoir été le Président de la glorieuse FédéGN.

18 réactions à Les 5 questions que vous devez poser en débriefing de GN !

  1. Amen !
    On pourrait rajouter dans la #4 :
    “Si vous deviez surtout ne pas garder quelque chose de votre personnage, ce serait quoi ?”

  2. J’ai eu ce debrief sur le Carmen Chabardès, et je l’ai trouvé vraiment intéressant et indispensable. La question est : peut-on le faire pour un jeu avec plus de joueurs ? Peut-être par groupe…

  3. Merci !!!
    J’ai failli ne pas lire l’article vu son sujet mais j’ai bien fait car, moi qui suis allergique au debriefing de type “moi orga, je vous raconte tout parce que je suis fier(e) de ce que j’ai créé”, je vois là enfin une utilité à cette phase que je fuis aussi bien en tant que joueuse qu’en tant qu’orga d’ailleurs.
    Désormais je saurai quoi faire en fin de jeu et pour ça je te dis un grand Merci 🙂

  4. Un petit groupe par orga ou même PNJ ou facilitateur choisi parmi les joueurs, ça marche très bien effectivement. Je conseille 10 joueurs maximum.

  5. Ce genre de questions ne serait-il pas plus intéressant à froid, une fois tout le monde chez lui après une bonne nuit de sommeil ? (Histoire d’avoir le recul nécessaire)

    Je comprend pas trop le coté ‘dangereux’ au niveau psychologique, vous vivez en jeu des trucs ultra hardcore ?
    Le gn a brisé des couples gné, de quoi on parle la ?? Quels sont les situations ou la personne se met en danger ?

    Par contre on ne parle pas assez de la dangerosité physique de certaines actions. (Comme de faire le guignol prêt d’un précipice emporté par le jeu)

  6. Certains joueurs recherchent une expérience émotionnelle forte en GN. Ces expériences sont enrichissantes, mais peuvent être déstabilisantes, et nécessiter le soutien des autres joueurs pour être bien digérées.
    Et puis il y a le cas du joueur qui est confronté en jeu, sans l’avoir particulièrement cherché, à quelque chose qui le fait réagir fortement émotionnellement. Avec les mêmes besoins pour surmonter ça.
    Ca commence par en parler, vérifier que tout va bien, penser à autre chose, ou au contraire commencer à analyser les interactions entre ce qu’on vient de vivre et la vraie vie. Chacun a des besoins différents, d’où les questions présentées dans l’article.

  7. Sans compter que les questions “comment tu te sens maintenant ?” et “de quoi tu as besoin tout de suite ?” ont assez peu d’intérêt à froid.

    Un débriefing de ce style peut être vraiment très utile sur certains jeux (par exemple le Carmen Chabardès comme le dit Jérôme, parce que l’expérience a été un peu éprouvante) et jamais inutile de toute façon sur les jeux où tout se passe bien, donc pourquoi s’en priver ?

    On peut ajouter que c’est bien que les organisateurs y prennent part et que eux aussi disent comment ils se sentent, ça génère une belle cohésion de groupe et ça contribue à faire du GN une expérience vraiment chouette qui commence avant le début du jeu et qui se termine bien après qu’il est fini.

  8. J’ai l’impression que tout le monde ne partage pas ce point de vue. (qui n’est pas moins ou mieux, chacun son truc ^^- )
    Quand ce genre de briefing est imposé, je ne les apprécie pour ma part pas du tout.(Et je suis pas le seul je vous assure ^^)

    Dès que j’ai fini de jouer j’ai envie de rester sur l’impression de jeu pas de faire un sitting ou chaque pj et orga raconte donne son avis et son feeling. Çà casse pour moi mon expérience de jeu.

    Je suis plutôt partisan de la “mort” de l’auteur et des joueurs après le jeu (cad ne plus revenir à chaud dessus du moins pour un temps pour rester sur l’expérience propre, l’atmosphère du jeu)

    Par rapports aux éléments sensibles, c’est important pour une orga de prévenir que le gn est unsafe sur tel ou tel point avant, pas après. (C’est une pratique assez courante sur les sites féministes pour protéger les personnes ayant subi des agression sexuelles par exemple)

  9. Tilleul, si ce sont tes préférences, il faut bien sûr qu’elles soient respectées. A ma connaissance, aucun debriefing n’est jamais obligatoire. A fortiori si tu sens que tu n’en as pas besoin.
    Pour ce qui est des expériences émotionnelles intenses, il ne suffit pas de dire qu’elles risquent de se produire : il faut aussi les gérer après.

  10. En tant qu’orga comme en tant que joueur, la question #5 m’intéresse plus à froid, justement pour avoir le recul nécessaire au retour constructif.

    Après, chacun ses goûts, mais je trouve que les questions 1 et 2 touchent trop à l’intime. Par exemple si j’ai été touché/troublé par ma partenaire de jeu, je n’ai pas obligatoirement envie d’avouer que là, maintenant, j’ai envie de rester avec elle dans le monde du GN. Et je ne le ferais pas, donc je pense que je me sentirais encore plus isolé.

    Bref, je dirais qu’il n’y a toujours pas de méthode pour redescendre en sécurité. Ou au moins confortablement.

    Et puis rhooo, c’est juste un jeu. Mais ça c’est juste pour le verre.

  11. Deux expériences très éloignées dans le temps (2005 et ce week-end), deux déroulements similaires (le jeu finit relativement tôt le dernier soir PUIS une soirée festive/débriefing PUIS une nuit de sommeil PUIS un rangement collectif), une même conclusion : le temps vient à bout de tout.

    S’agissant effectivement d’intime, d’informulé (informulable ?), de ressenti puissant, je ne suis pas sûr qu’une feuille de route soit possible pour couvrir tous les besoins des participants d’un jeu.

    En revanche, qu’on se garde du temps hors-jeu, autour d’un verre, d’un casse-croûte, qu’on se laisse une nuit de sommeil avant de retrouver les autres participants pour ranger, permet de redescendre ensemble, et par étapes. Et présente un autre avantage, celui de pouvoir s’y impliquer à son rythme, sans contrainte.

    C’est une piste, sans doute pas la seule. Dans tous les cas, c’est bien d’être conscient des enjeux de cette étape et d’anticiper son déroulement, fût-ce de façon informelle.

    Rhooo, c’est juste un jeu. Baptiste, j’espère que tu connais un bar qui fait crédit ^^

  12. Un exemple :
    Tu te sens triste et mal dans ta peau à la fin d’un GN émotionnellement éprouvant.
    Si tout le monde passe en mode papotage libre, et que les gens ne font pas attention à toi, tu n’auras pas forcément l’occasion d’exprimer ce que tu ressens. Peut-être que tu gèreras très bien tout seul, mais peut-être pas, ou avec difficulté.
    Alors que s’il y a ce débriefing par petits groupes, tu as forcément l’occasion (pas l’obligation !) de recevoir le soutien des autres joueurs. Donc ce n’est pas indispensable, mais c’est une sécurité.
    Un peu comme avertir les joueurs avant le GN qu’il traite de thèmes durs : pas strictement indispensable, mais prudent. C’est aussi l’occasion de rappeler à tout le monde qu’il faudra être attentif aux autres pendant la phase papotage/rangement/soirée.

    PS : Je suis très fan du papotage/rangement/soirée après le jeu. Je pense juste que ça ne remplace pas le debrief.

  13. Alors à l’occasion du pôt payé par Baptiste (tu peux venir : il suffit d’écrire “Rhhooo, c’est juste du jeu”), je pourrai te montrer plusieurs cas, exemples à l’appui, où il aurait mieux fallu que les joueurs gardent leurs ressentis pour eux.

    Parler d’un éventuel malaise, oui ! Mais pas avec des joueurs en fin de jeu, pas avec des orgas qui décompressent. Et je ne crois pas que l’accompagnement, si besoin est, doive être fait tout de suite après le GN, mais plutôt dans les jours qui suivent. C’est entre autres pour ça que je fais en sorte de faire jouer les couples sur la même session. Ce qui ne résout rien pour les célibataires…

    Mais rassurez-vous, j’ai tout prévu sur Vivre Vite : on finit sur la Chenille et la Danse des Canards. Oï !

  14. Je suis preneur des exemples concrets.

  15. Pour le compte je vais défendre le point de vue inverse : pour avoir testé le procédé récemment, sur certains jeux, il aurait vraiment été un plus en ce qui me concerne. En particulier cette année où j’enchaîne quelques rôles très durs. Donner un espace pour la prise de parole, sans l’imposer ou la rendre obligatoire, peut donner un outil à certains sans pour autant priver les autres de la liberté de préférer réagir “à froid”. Par ailleurs, ça peut permettre de dédramatiser, et relativiser l’intensité de ses émotions en constatant que, ramenée à l’ensemble des participants, elle se révèle moins unique et bouleversante que davantage banale.

  16. Pour avoir eu un jour un joueur qui éclate en sanglot dans ma voiture sur le chemin du retour, car le jeu pourtant à 90% ambiance festive l’a mis dans une situation très dur vécu peu de temps avant. J’approuve totalement le concept du débrief mais plus a la carte, avoir la possibilité de plus que moment imposé.

    Rhhooo, c’est juste du jeu.

  17. Tu as raison Rico pour le “à la carte”, mais souvent nous n’avons ni les ressources (les gens et le temps) ni les compétences (la psychologie c’est aussi un métier, et il en faut pour cerner l’éventuel malaise, poser les bonnes questions, donner les bonnes pistes, etc.)
    Par exemple, en ce qui me concerne, j’aurais plutôt tendance à user de l’auto-dérision pour me sortir d’un GN lourd. Je me dis que ça risque de gêner ceux qui voudraient soit prolonger le moment d’émotion soit en sortir d’une façon différente.

    Et pour l’anecdote, le visionnage des photos du dernier Noces de Cendre, accompagné de doublages débiles du genre “Pas la peine de pleurer Papa : c’est mon radiateur et j’y tiens” ou encore “Tiens, si j’allais pisser dasn la cheminée…”, c’est vraiment excellent, voire salutaire !

  18. Dans mon expérience, ce genre de débrief n’a rien de particulièrement compliqué. Il suffit de permettre à chacun, en petit groupe, de répondre (s’il le souhaite !) aux questions basiques “Comment te sens-tu ?”, “De quoi as-tu besoin ?” etc.

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