Blackbox, exemples d’utilisations sur Mad About The Boy

Publié le vendredi 6 mars 2015 dans Articles,Slide

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Lors de la session de Mad About The Boy qui a eu lieu du 8 au 11 novembre 2014, j’ai eu la chance de faire tourner la Blackbox durant le jeu. La quasi intégralité des scènes qui y ont eu lieu ont été filmées et j’espère que nous pourrons monter quelques vidéos d’ici peu. En attendant, j’ai pris des notes sur chacune des 50 scènes qui y ont eu lieu. Une bonne occasion de montrer une petite partie de ce que peut permettre cet outil fabuleux.

Il peut être utile de se rappeler le contexte du jeu avant de poursuivre la lecture. Dans un monde sans homme, la Blackbox est censée servir notamment à ce que les joueuses puissent jouer des scènes avec les hommes du passé de leur personnage. Le joueur qui incarnera le dernier homme sera là pour jouer l’ensemble des personnages masculins.

Les scènes suivantes sont le fruit d’une discussion rapide entre joueurs et orga et ont été improvisées durant le jeu.

Les scènes de Flashback

Objectif : Aider à construire un personnage en explorant son passé

Scène 1

Thomas, un drag King demande à jouer une scène avec sa mère, alors qu’il n’a que 12 ans. À l’époque, il s’appelle encore Tina. La joueuse demande à ce que la scène s’arrête lorsque son père dira «Tu seras toujours mon petit garçon manqué».

Scène 2

Thomas annonce à ses parents qu’il a décidé de ne plus répondre au nom de Tina, mais uniquement à celui de Thomas. La joueuse demande à ce que la réaction du père soit une incompréhension et un refus de son choix.

Scène 3

La scène suivante est un enchaînement compliqué de flashbacks. Amina est au travail à la banque de sperme. Elle monte la garde dans un couloir. À côté d’elle, une chaise vide. De temps en temps, ses collègues se manifestent via le talkie walkie. Mais lorsque le silence s’installe, Khalid, son compagnon perdu apparaît sur la chaise et ils revivent des scènes de leur passé. La rencontre des parents d’Amina, la fois où elle a cru être enceinte de lui, le moment où elle l’a entendu mourir au téléphone. Les collègues d’Amina la sorte de sa rêverie brutalement car la banque de sperme est attaquée. Il s’agit d’un autre moment important de son passé qui sera joué plus tard dans la Blackbox.

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Scène 4

Martine range chez elle et va se coucher la peur au ventre car Johnny n’est pas rentré et qu’il aura sans doute bu. Elle a peur que la situation dégénère encore ce soir. Lorsqu’il rentre, il la réveille en la secouant car il cherche ses clopes. Il finira par la cogner à plusieurs reprises. Mais ce soir, elle trouvera le courage de partir.

Scène 5

Maria, la ministre en charge du programme est assise à une table d’hommes. Elle souhaite parler du projet de loi sur la prostitution. La joueuse donne la consigne suivante à tout le monde : Elle ne devra pas pouvoir en placer une.

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Les scènes de Bascule

Une bascule est une scène qui a lieu dans le temps présent du jeu, mais se déroule en Blackbox, pour éventuellement explorer plusieurs décisions et en choisir une ou simplement s’isoler du reste du jeu pour une scène importante.

Objectif : Explorer une décision

Scène 6

Christine envisage de se lancer en politique car elle s’oppose aux idées de la ministre, responsable du programme. Hélène comprend et la soutiendra, mais elle lui conjure de ne pas s’opposer trop tôt à la ministre de peur qu’elle soit refusée par le programme.

Objectif : Symboliser de l’espace qui n’est pas disponible sur le site de jeu

Scène 7

Chargée de surveiller le périmètre suite à l’apparition du dernier homme, 4 joueuses décident de jouer la scène dans la Blackbox. Elles sont séparées en 2 groupes de 2 et installées en planque dans un coin de la salle. Lorsque la lumière s’allume sur elles, elles peuvent jouer, lorsqu’elle s’éteint, c’est à l’autre groupe de jouer.

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Les scènes de Flashforward

Objectif : Explorer des futurs potentiels de personnages (il ne s’agit pas d’avenir immuable)

Scène 8

La scène suivante a été reproduite de nombreuses fois dans le jeu, pour plusieurs personnages.

Gerda est interviewée par une journaliste 8 jours après la fin du programme. Elle explique si oui ou non elle a été reçue et son sentiment concernant le programme.

Scène 9

Nancy est alitée. Sa bru, qu’elle n’a jamais pu encadrer et sa petite fille bien aimée viennent la visiter. Elle profite du fait que sa bru soit éloignée pour glisser un message à sa petite fille et offrira finalement son foulard à sa bru en lui disant « tiens, ma fille ».

Scène 10

Le comité responsable du programme se trouve au cœur d’une enquête suite au suicide d’une des participantes. À tour de rôle, la moitié du comité joue les magistrates chargées de l’enquête et pose des questions aux membres du comité, assises en face. Lorsque la lumière change de couleur, les rôles s’inversent. On voit peu à peu apparaître les reproches que les unes et les autres ont à se faire.

Scène 11

Après qu’une voix narratrice ait présenté le contexte, les joueuses incarnent des enfants d’un monde futur possible. Le premier monde est un monde dans lequel le dernier homme est exploité dans un centre comme une ressource de sperme. Deux petites filles dessinent des cigognes dans une salle de classe. Leurs cigognes ressemblent à des éprouvettes. Le second est un monde dans lequel le dernier homme s’est enfuit avec une femme dans la forêt. Son petit garçon, déguisé en fille et sa fille discutent car ils savent que des femmes s’approchent du campement. La dernière scène est une publicité dans laquelle de jeunes hommes proposent les services d’un centre de reproduction. Ils sont fiers d’œuvrer pour la nation française. À la fin, un message du gouvernement encourage les citoyennes à prévenir les autorités si elles pensent savoir où se cache un jeune enfant mâle.

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Les méta-scènes

Objectif : Explorer le monde intérieur d’un personnage

Scène 12

Gerda est allongée sur une table. Elle est enceinte et tient son ventre. Les deux amies avec lesquelles elle s’est engagée dans le programme parlent d’elle comme si elle n’était pas là, faisant référence à elle comme « le ventre ». On peut voir cette scène comme une projection des peurs de Gerda.

Scène 13

Yvonne se demande si elle oserait séduire une femme. Alexandra, plus expérimentée, lui donne des conseils. Une autre joueuse, assise dans un coin joue une femme quelconque, objet de leur fantasme. Guidée par Alex, Yvonne l’invite à danser et tente de la séduire. La scène est jouée par la femme comme si elle n’entendait ni ne voyait Alex.

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Baptiste CAZES
Baptiste est Gniste depuis maintenant 15 ans, et a commencé par jouer des scénarios maison avec des amis sans vraiment avoir idée de ce qui se faisait autour. C'est plus tard qu'il a pu découvrir ce qui se faisait un peu partout dans le monde et continuer sans cesse de découvrir de nouveaux horizons. Il aime écrire des scénarios et vous pourrez en découvrir certains sur le site www.murder-party.org (Silence on meurt, Plan social). Persuadé que le GN est un art à part entière, Il a écrit un mémoire sur les jeux Grandeur Nature et veut promouvoir les partenariats inter-associatifs pour que notre loisir trouve un jour la place qu'il mérite. Il a l'honneur d'avoir été le Président de la glorieuse FédéGN.

6 réactions à Blackbox, exemples d’utilisations sur Mad About The Boy

  1. Sérieux ??? Vous mettez des trucs pareil dans vos GN ???
    Ca casse pas l’immersion ?

  2. Non 🙂

  3. Hoog me surprend, d’habitude il est plus loquace ^^
    Sur ce jeu là, les debriefings approfondis tendent à souligner un risque de bris d’immersion au moment d’aller dans la box, mais surtout au moment d’y convier quelqu’un d’autre. Des méthodes et des signes en-jeu existent pour atténuer ce risque. Une fois dedans, je rejoins Hoog. L’immersion est respectée, dans le pire des cas, une scène peu productive est vite jouée, vite oubliée, ne restent que les moments forts.

  4. Proposer à un autre joueur d’aller jouer une scène dans la black box prend exactement deux secondes : « Tu veux faire une scène en black box ? » Ca se fait à un moment approprié, typiquement lorsqu’il ne se passe pas grand-chose. En plus, certains GN utilisent une méta-technique qui évite même de prononcer ces mots (je pense notamment à « Just a little lovin' », dans lequel on tend une plume noire à la personne). L’effet négatif sur l’immersion est donc négligeable.

    Reste la petite phase où, une fois arrivé dans la black box, on discute de ce que l’on va jouer. Là encore, ça va très vite. Par exemple : « J’ai envie de jouer un flash-back. Le moment où nos personnages se sont rencontrés. On est dans un bar et mon téléphone n’a plus de batterie. OK ? » L’autre acquiesce, et c’est parti. On peut éventuellement prendre trente secondes de plus pour mettre une musique d’ambiance, régler les lumières et bouger une table et deux chaises.

    Globalement, ça dérange autant que d’aller aux toilettes, jeter un coup d’oeil à sa fiche de personnage, ou expliquer au PNJ que hors-jeu on ne boit pas d’alcool. En échange, ça offre la possibilité d’explorer l’avenir, le futur, des lieux lointains, des concepts surréalistes, et ainsi de suite. Ca donne fréquemment non seulement des scènes très intenses en soi, mais en plus qui donnent d’autant plus de force et de signification au reste du jeu (par exemple : en black box tu joues un futur pourri, alors que pendant le jeu ton perso galère mais essaye de t’en sortir).

  5. Je confirme que la plume noire est élégante et discrète. De même, le brief très rapide (une phrase ou deux) n’est pas gênant.

    Deux éléments de la Black Box me dérangent néanmoins :
    – quand un joueur demande à l’autre une réponse particulière (scènes 2 et 5). Je trouve que c’est très égocentrique, que ça fait passer l’autre pour un figurant. Un jeu à sens unique, quoi.
    – quand on a accepté de suivre quelqu’un en black box, que cette personne fait le brief et qu’on s’aperçoit que la scène proposée nous gonfle, voire qu’on l’a déjà jouée. Difficile de revenir en arrière et de dire « Ah, désolé, mais je n’en ai pas envie »…

  6. Les goûts varient en matière de planification des étapes d’une scène (idem pour les GN entiers, d’ailleurs). Personnellement, je préfère lorsqu’on ne définit que la situation de départ (comme dans mon exemple du bar), mais certains apprécient des scènes plus scriptées. Ca fait d’ailleurs sens dans le cas de certains flashbacks, par exemple. C’est vrai que c’est un peu du jeu à sens unique, mais en GN, je suis aussi là pour aider les autres à passer un bon moment. Si cette scène crée une situation plus chargée émotionnellement pour l’autre joueur, c’est cool ! Et puis, qui sait, un jour, je lui demanderai peut-être de me renvoyer l’ascenseur 😉

    Concernant le pitch qui déplait, c’est vrai que c’est un souci. Deux solutions : refuser poliment (on n’a perdu que deux minutes, mais ça peut froisser) ou négocier (là aussi on perd deux minutes, mais c’est plus constructif). Je n’ai encore jamais vu une négociation de black box échouer ^^

    Un petit aparté à propos de « la scène qu’on a déjà joué » : ça peut être très intéressant de rejouer une scène ! A moins qu’elle soit sévèrement scriptée, son déroulement sera probablement très différent (on peut éventuellement volontairement opter pour une approche différente d’ailleurs). C’est même un des points forts de la black box : on peut rejouer quinze fois la même situation de départ et toujours en tirer quelque chose d’intéressant. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on explore des futurs possibles ou pour les scènes conceptuelles. Dernière possibilité : à la fin de la scène, on peut toujours décider qu’on n’aime pas la scène et qu’on décide de la jeter à la poubelle, tout simplement.

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