Critique – Hill of the Dead

Publié le vendredi 3 juin 2011 dans Critiques de GN

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 Peut-on rire de tout ? Oui, mais pas avec tout le monde !

 

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Dans le paysage du GN français, on trouve de tout. À l’heure où nombre de GNs sont complets avant même d’être annoncés, malgré leur relative confidentialité, s’appuyant sur un public confirmé voire choisi, l’association marseillaise Animatak s’inscrit dans la mouvance la plus ouverte du tissu associatif. L’association revendique un label Jeunesse et éducation populaire, en présentant ses GNs sous un jour très convivial, en soulignant l’investissement nécessaire de chacun, un côté participatif, et accessible à tous.

 

Ces bonnes intentions n’empêchent pas l’organisation de privilégier des thèmes moins sucrés, en proposant un troisième GN dont la toile de fond est une région PACA uchronique, dévastée par la menace zombi (le terme local est infecté), dont les principales inspirations sont prises chez Romero, Resident Evil et autres principales références cinématographiques / vidéoludiques du genre zombi.

Il ne s’agit pas que d’inspiration : il y a aussi une véritable réflexion sur le genre zombi, un travail visible sur les occurrences ludiques offertes par ce contexte, qui se traduit par des règles de jeu digestes et plutôt intuitives, construites autour d’une volonté d’immersion, d’un refus du hors-jeu et de quelques artifices plutôt bien trouvés pour simuler des situations souvent difficiles à restituer sans tomber dans l’arbitraire, le hors-jeu ou le ridicule (les archétypes de personnage, le sexe, la torture, les confidences sur l’oreiller, la dépendance aux stupéfiants, la santé mentale sont couverts par des règles toujours soucieuses de rester dans le ton film d’horreur de série Z, avec le moins d’intervention d’un organisateur possible). 

 

Enfin, le volet survie en milieu hostile du jeu fait l’objet d’un traitement particulier. L’organisation ose jouer sur la nourriture et le sommeil, deux éléments de confort considérés comme acquis par la plupart des joueurs. Nous sommes prévenus que la nourriture se présentera sous forme de rations disponibles en quantité limitée. Et nous sommes invités à limiter nos bagages, couchage inclus, de manière à pouvoir tout remballer et tout transporter à pied, d’une minute à l’autre, aucun abri n’étant sûr à 100% contre la menace zombi. 

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J’écris ose car visiblement, pour de nombreux joueurs, la fourniture par l’organisation d’un nombre défini de repas chauds et de confort minimal pour le sommeil est un sujet tellement sensible qu’il a contribué au départ de nombreux joueurs pendant le jeu. 

En tout cas, c’est un sujet qui a suscité beaucoup de tension voire d’aigreur. Ce n’étaient pas les seules raisons de la crise, vous diront sans doute certaines personnes présentes, mais dans la mesure où nous n’avons pas été témoins des faits “déclencheurs” et comme ce blog n’a aucune vocation polémique, nous resterons sur la stricte question des repas et du sommeil. 

 

Cet aspect-là du jeu nous a bigrement intéressés. Les consignes données sur la nourriture et le sommeil, sur les différents supports rendus disponibles par l’organisation, n’étaient pas toujours des plus claires, car traitées parfois sur un ton en jeu, parfois sur un ton plus pratique et donc hors-jeu. 

 

Nous avons donc préféré en avoir le coeur net. Après de multiples échanges téléphoniques avec l’organisation, en amont du jeu, nous avons abordé ces questions en toute transparence, mais sans tout dévoiler, histoire de prévoir le matériel et les bagages les plus adaptés. Bien nous en a pris. Lorsque nous ont été remises les boîtes de conserve (sans étiquette, surprise !) et les canettes de boisson qui figuraient nos rations, nous avions de quoi les ouvrir, les faire chauffer, et les manger. Et c’était très sympa de prévoir un temps pour les repas, de négocier une part de notre nourriture avec d’autres personnages sans ration, de devoir s’inquiéter de trouver notre prochain repas, etc.

 

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Mais tout le monde n’était pas logé à la même enseigne. Ceux qui ont eu la joie de tomber sur une boîte d’olives noires ou de maquereaux au jus, après avoir lutté pour ouvrir leur bouffe et sans aucune solution que de la manger froide à même la boîte, ne l’ont pas bien vécu. Il y avait une solution toute simple, c’était de mettre les rations en commun pour concocter un menu collectif avec les ressources disponibles. L’idée n’a semble-t-il pas effleuré les participants… Je dis participants et non pas personnages-joueurs, parce que le malaise croissant né de ce sentiment de trahison ne concernait bien que les hommes et femmes, bien réels, inscrits à ce jeu, aucunement leurs personnages. 

 

Lorsque notre abri fut submergé par les zombis, ceux d’entre nous qui ont survécu ont pu s’enfuir avec leur lit pour trouver un autre abri. Là encore, les participants qui comptaient sur l’organisation pour leur fournir un lit et une salle calme et chauffée en furent pour leurs frais. 

 

Ce qui est intéressant, ce n’est pas de savoir la faute à qui. C’est de comprendre pourquoi et comment peut naître un tel malentendu : la communication de l’organisation aurait dû être plus claire. Mais dès lors qu’apparaît le mot ration ou l’expression déplacer rapidement toutes vos affaires, pourquoi la majorité des joueurs ne s’est pas inquiétée de la réalité derrière les mots, alors même que ce confort (ou son absence…) s’est révélé si important pour eux ? Que pré-suppose le joueur lambda quand il lit ça ? L’a-t-il seulement lu ? S’il l’a lu, à quoi s’attend-il ? Considère-t-il que tout ceci ce ne sont que des mots en jeu, et qu’en vrai, il aura les X repas chauds et le lit douillet qu’il estime obligatoires quand il paye pour un GN ? (cette dernière question étant l’écho exact de remontrances entendues à plusieurs reprises, pendant et après le jeu). 

 

Faire du sommeil et de la nourriture des éléments en jeu, c’était un choix intéressant, et ça a créé du jeu que les joueurs qui y étaient préparés ont apprécié. C’était une façon, via la réalité des sensations du joueur, de faire ressentir au personnage l’inconfort de sa situation présente. C’est cette même volonté d’immersion qui se retrouvait dans les règles de jeu, dans certains mécanismes ou artifices de simulation encore une fois vraiment bien pensés.

 

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Mais ça n’a pas fonctionné chez certains joueurs parce qu’il n’y avait pas d’adhésion préalable au projet de jeu proposé. Des exemples de GN survie, en milieu hostile, carcéral ou concentrationnaire, avec des conditions de jeu autrement plus inconfortables qu’ici, on en connaît. Aussi longtemps que c’est un choix de l’organisation dont les conséquences et les applications pratiques pendant le jeu sont comprises clairement par chacun, que chacun y adhère et s’y prépare, des conditions de jeu réellement dures ou hostiles ne posent pas problème. 

 

Voilà qui servira de leçon pour les deux parties : organisation ET joueurs. Toute organisation ne communique jamais TROP sur certains points touchant au confort, et DOIT être parfaitement claire sur les conditions matérielles du GN qu’elle propose. Cela n’empêche pas les joueurs de se renseigner quand ils ont un doute, afin de savoir à quoi s’attendre, et où ils vont mettre les pieds, surtout quand il sont convaincus que c’est sous la table alors que c’est dans la boue.

 

Hill of the Dead 19&20 mars 2011 à Auriol (13)

Association Animatak

 

Crédit photos : Manon Hamard-Pibarot

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Bross

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Je joue et organise depuis 1994, avec un souhait militant de variété et de renouvellement des expériences ludiques.
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12 réactions à Critique – Hill of the Dead

  1. Article très intéressant, à la conclusion juste et me fait dire “j’aurais bien aimé le faire ce GN” (après s’être préparé au concept il est vrai).
    J’imagine que l’organisation qui s’est visiblement efforcée de produire un concept original et créatif (=> 1000 bravos pour cela) a peut être resenti un peu de déception.

    Comme évoqué la communication est importante ; les scandinaves évoquent souvent aussi que le début de jeu doit inciter le joueur à basculer au début du jeu dans le concept du GN/personnage.
    Mais sélectionner un peu ses joueurs est parfois nécessaire aussi (oui je sais, pour certains on mérite le bûcher pour avoir dit ça ;).

  2. Le bûcher peut-être pas mais des aiguilles chauffées au rouge sous les ongles sûrement…

    Bel article, critique intéressante, bravo Bross.

  3. Salut,

    En mode “elle est pas sympa et pour qui elle se prend, non mais”
    Dire que faire l’éducation populaire en ouvrant les inscriptions au public est une méconnaissance de ce qu’est l’éducation populaire et ses action auprès du grand public.
    Pour fréquenter des militants de l’éduc pop, le Gn en est bien loin. Ce n’est pas pour autant que le GN s’en désintéresser.
    Paradoxalement, rappeler qu’il existe encore des assos qui ne choisissent par leurs joueurs, c’est tout à ton honneur, Mr Bross.
    Concernant l’article, je suis toujours contente de savoir ce qui se passe à l’autre bout de la France et de lire que les assos se bougent pour faire avancer le GN.
    Merci Bross pour cet article!

  4. Je pense que la méprise vient du mot ration, une boite de bouffe n’est pas une “ration”

    Une ration pour moi c’est une portion journalière de vivres. Comme les rations militaires.

    Je n’ai rien contre les gn “survie” (bien qu’on devrait toujours approvisionner les joueurs en eau voir en sucre) mais ça doit être clair d’entrée de jeu.

    Pour la privation de sommeil, faut bien gérer ça. Sur des gn d’un weekend par exemple, priver complètement les joueurs de sommeil la dernière nuit, c’est prendre le risque d’apprendre qu’un de ses
    joueurs s’est endormi au volant en rentrant chez lui. L’idéal est de s’assurer que les joueurs aient un minimum d’heures de sommeil, en arrêtant vers 4 h du mat par exemple.

  5. 100% d’accord avec la conclusion sur l’importance de la communication côté orgas.

  6. On en revient toujours au problème de la communication. Perso le principe des rations et de la difficulté de dormir m’aurait vraiment fait triper, mais uniquement si j’avais pu m’y préparer avant.
    Il ne faut pas oublier que le GN n’est qu’un loisir et que dés la fin du week-end la vraie vie nous rattrape. Alors si on ne peut pas aller bosser le lundi parce qu’on a pas fermé l’oeil du
    week-end et qu’on n’a pas pu s’organiser car ce n’était pas prévu, c’est un problème. Les joueurs de Gn sont des consommateurs, mais je pense (j’espère) qu’ils ne sont pas idiot, bien prévenu ils
    acceptent plus de choses sans sourciller.

  7. “bien prévenu ils acceptent plus de choses sans sourciller.”

    Ou au moins, ils peuvent ne pas s’inscrire dès le départ si le thème ne leur plait pas.

    Après, il y a aussi des joueurs qui, même avec les meilleurs consignes du monde, n’auront pas ce qu’il faudra parce qu’ils auront lu les dites consignes en diagonale, sans vraiment se poser de
    question, et en partant du principe que tout leur serait fournis.

    Donc comme Bross, je pense que l’effort est vraiment à faire aussi bien du coté orga en faisant des consignes les plus clairs et les plus exhaustives possible (et en les envoyant par mail à tout le
    monde … donner des informations uniquement sur un forum, c’est le mal) que du coté joueurs en faisant bien attention aux consignes et en posant des questions aux orgas aux moindres doutes.

  8. “J’écris ose car visiblement, pour de nombreux joueurs, la fourniture par l’organisation d’un nombre défini de repas chauds et de confort minimal pour le sommeil est un sujet tellement sensible
    qu’il a contribué au départ de nombreux joueurs pendant le jeu. “

    Surfant sur le web l’horreur que j’ai eu de lire ces quelques lignes… Etant présent ua GN je peux vous assurez que le départ des 20 joueur a 3 heure du matin n’est pas due a un problème de
    nourriture/sommeil mais celle d’un orga bourré qui propose a un joueur de se battre… Ensuite ATK veux se donner un style populaire mais les 60 euro pour un GN de 24 heure lui enlève toute
    crédibilité… Etant fan de résident evil après ce GN je me suis demander si j’avais jouer au bon jeu. Tout ca pour dire que cette article manque grandement d’impartialité et que je vous
    déconseille ATK car c’est a vous dégouter du GN de manière définitifs.

    PS :Ceci est écrit par un jeune qui a que quelque dizaine de GN derrière lui, donc pas la peine de sortir que ATK est une asso novatrice mal apprécier par les “vieux joueurs”

  9. Bonjour milumomo,

    ce blog se veut bienveillant et objectif. Cet article se veut le plus impartial possible. Il existe plusieurs sons de cloches concernant cette histoire.

    Il est normal que tu veuilles défendre ta version des faits (comme je te comprends), mais electro-gn n’est pas en mesure de corroborer une version ou une autre de l’histoire. Nous sommes pour la
    présomption d’innocence et notre objectif est de parler du jeu avant tout, c’est pourquoi nous ne mentionnons pas cet incident. Le forum de l’asso revient suffisamment dessus.

    D’expérience, 60 € pour un GN de 24 heures est un tarif de GN moyen en France, un peu plus élevé que la moyenne dans le sud et un peu moins en île de France.

  10. “Toute organisation ne communique jamais TROP sur certains points touchant au confort, et DOIT être parfaitement claire sur les conditions matérielles du GN qu’elle propose. Cela n’empêche pas les
    joueurs de se renseigner quand ils ont un doute, afin de savoir à quoi s’attendre, et où ils vont mettre les pieds, surtout quand il sont convaincus que c’est sous la table alors que c’est dans la
    boue.”

    Je me permet de coller ça parce que ça devrait être placardé dans toutes les réunions d’orgas de toutes les assos. Et pas que sur le confort, mais aussi sur le ton du jeu, le genre d’activité etc.
    Soyez clairs, directs, transparents, répétez les infos importantes. Ca laisse assez de place pour un événementiel avec des surprises, mais évite les déceptions voire les coups de gueule.

  11. Ayant fait ce GN, je peux vous dire que le malaise n’est pas venu de la nourriture, ni de l’acrobranche et encore moins du concept incompris… mais seulement, d’un orga bourré, insultant un
    joueur…

  12. Bonjour,

    Je rejoins milumomo sur le fait que cet article n’est pas du tout impartial.
    En effet, à lire cet article les joueurs sont partis parceque nous n’avions pas notre “petit confort prérequis”.
    C’est totalement faux, c’est un mensonge total, aucun et je dis bien aucun des joueurs n’est parti du jeu pour cette
    raison.

    La décision de départ du groupe de joueur vient du fait énnoncé par milumomo et rien d’autre.

    Il est vrais aussi que l’association à fait plusieurs érreurs de communication:
    – une partie accrobranche non anoncé (et loin d’être sans conséquence budgétaire sur le tarif plus qu’honéreux d’un GN de 24h)
    – Le coté bouf moi je suis tombé sur un cassoulet donc je n’ai pas à me plaindre. Mais il est vrais qu’ils auraient surrement du annoncer plus que disctinctement le coté survival du GN (Annoncé
    comme ayant un batiment, sannitaire etc.)
    – Un personnage tuant des joueurs et étant invincible (plusieurs dixaines de cartouches ainsi que de multibles coups de batte/tronçonneuse/etc lui aitant été porté sans aucun éffet).
    – Le Gn avait été annoncé comme un GN Résident Evil alors que là aussi ça n’était clairement pas le cas. Il était prévu sénaritiquement que tout les joueurs deviennent des zombies (meurent)
    durant la soiré. A ce moment ci les organisateur nous tendaient donc un fascicule d’une 15ène de pages de règles sur comment jouer un zombies quels sont les types de zombies etc (donc 15 pages à
    consulter au milieu d’un GN…) . Les zombies devenaient ainsi intélligent et commençaient à faire des rituels sur des dieux Loftcraftiens.

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