Critique – Studio Bloodywood

Publié le vendredi 17 juin 2011 dans Critiques de GN

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Le 5ème Éléphant aime à varier les plaisirs. Réputée pour ses jeux à l’ambiance oppressante comme le carcéral Rijker, ou encore Angst, un jeu historique prenant place pendant la guerre de trente ans, l’association chambérienne ne dédaigne pas les thèmes plus légers, comme en témoignent ses multiples jeux dans l’univers de la BD Lanfeust de Troy, ou encore leur dernière production intitulée : Studio Bloodywood.

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Le pitch en est simple. Au beau milieu des seventies, en pleine fièvre disco, les joueurs vont incarner des professionnels du cinéma travaillant aux studios Bloodywood, spécialisés dans les films d’horreur de série Z. La communication autour du jeu faite par les auteurs donne très clairement leurs intentions : pas de PNJ, pas d’objectifs de personnages, il s’agira d’un jeu d’ambiance où les personnages sont au travail. Chacun aura un métier bien défini qu’il devra réaliser au sein d’une équipe de tournage (il y en aura quatre en tout), et chaque équipe devra réaliser un film. Les auteurs annoncent ainsi : « Nous confions 100% de l’histoire aux joueurs. » Quelques mois avant l’événement, on peut donc commencer à s’imaginer la manière dont le jeu va se dérouler, et cette communication efficace permet d’emblée aux joueurs de savoir à quoi s’attendre et de s’inscrire en conséquence.

 

L’arrivée des premiers documents conforte les joueurs dans cette impression. L’accent y est mis sur l’ambiance fun et décontractée, les auteurs s’étant amusés à parodier nombre de succès du box-office, les personnages étant eux-mêmes des caricatures de célèbres stars du cinéma. Les fiches de background sont succinctes mais vont à l’essentiel, s’attardant principalement sur les anecdotes de précédents tournages et sur des groupes d’opinion auxquels les personnages appartiennent, dans l’optique de poser leur psychologie et de créer quelques relations entre eux. En ce qui concerne les règles, les compétences de métiers du cinéma sont plutôt bien pensées, et un système de popularité permettant à chaque personnage d’être payé pendant les tournages selon sa cote est annoncé, sans que les auteurs entrent davantage dans les détails.

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On pressent donc que le challenge pour l’association va être d’ordre logistique. Comment représenter des studios de cinéma et faire en sorte que les personnages parviennent à y tourner un film ? La visite du site en jeu le vendredi soir est de bon augure pour la suite : six studios sont représentés, décorés chacun de façon différente, avec des projecteurs qui permettront de filmer avec suffisamment de lumière, et un stock d’accessoires impressionnant est à disposition des joueurs incarnant les accessoiristes. Si on ajoute à cela que les organisateurs ont demandé à chaque joueur d’amener plusieurs éléments de costumes et accessoires divers, on peut dire que le matériel ne manque pas. Un léger bémol cependant concernant les prises de son faites directement depuis les caméscopes, qui ont pu parfois rendre les dialogues difficilement audibles.

 

En ce qui concerne le rythme du jeu, les organisateurs ont fait preuve de particulièrement d’intelligence, en découpant efficacement les différentes phases. Ainsi les personnages se retrouvent le vendredi soir pour découvrir les studios, et chacun des quatre producteurs se voit remettre les contraintes pour son film : son budget, le public cible, certaines obligations scénaristiques, ou encore le fait de devoir placer un produit publicitaire. La suite de la soirée permet aux équipes de tournage de se constituer, d’établir un concept de film et de commencer à tourner quelques essais, afin de se familiariser avec le matériel et de voir comment se déroule une séance de tournage. Cependant c’est le samedi que le travail commence réellement. La journée est découpée en six phases de tournage d’une heure chacune, entrecoupées à chaque fois d’une heure de préparation. Cette « pause obligatoire » permet à chaque équipe de préparer tout ce dont elle a besoin pour l’heure suivante : réservation d’un studio, des acteurs nécessaires, des accessoires, etc. Chaque équipe est donc contrainte d’établir son planning en accord avec les autres, si elle ne veut pas se rendre compte au dernier moment que le lieu qu’elle avait imaginé n’est pas disponible, ou encore que son acteur phare a prévu de tourner dans un autre film à ce moment-là. Ce découpage en séances de tournage bien définies est probablement ce qui a permis d’éviter que le jeu soit un chaos total, et qui a insufflé un rythme particulièrement dense, contribuant ainsi à cette ambiance de journée de travail réussie.

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En revanche, certaines règles imposées aux producteurs à chaque séance se sont révélées très lourdes pendant le jeu. Ainsi le fait de devoir noter le nouveau score de popularité de chacun afin de calculer son salaire à chaque heure de tournage a particulièrement nui au jeu des producteurs. L’effet de la popularité pouvait avoir parfois quelques aspects intéressants en jeu, comme celui de forcer des acteurs devenant trop célèbres à faire des caprices de star, mais l’influence sur le salaire n’avait que peu d’intérêt, celui-ci servant essentiellement à s’approvisionner en nourriture et en boisson. Tout ce pan de règle a été finalement bien trop complexe à gérer pour un gain particulièrement limité.

 

D’autres contraintes fixées par les organisateurs étaient cependant plus inspirées. Afin de corser un peu les choses, ils se sont en effet amusés à ajouter progressivement des événements perturbant les séances de tournage, comme l’échange inopiné de studio ou de caisse d’accessoires entre deux équipes, ce qui a forcé chacune à faire preuve d’ingéniosité pour s’en sortir.

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Ce qui frappe dans ce GN, c’est le travail accompli à la fin du jeu et l’équilibre très particulier entre les joueurs et les personnages. Ainsi pendant le jeu, ce sont bien les personnages qui sont en train de tourner un film, et si on peut avoir l’impression qu’ils sont effacés parce que trop occupés à faire leur boulot, ils ne sont pas moins présents à l’esprit des joueurs. Ce sont bien eux qui mettent tant de conviction dans leur projet, alors même que les joueurs sont conscients de leur amateurisme et des moyens limités à leur disposition, et ce sont bien eux qui décident d’orienter leur film dans telle ou telle direction, en fonction de leurs convictions ou de leur lubie du moment.

Et pourtant, à la fin du jeu, lorsque chaque équipe visionne ce qui a été fait, ce sont les joueurs qui ont conscience d’avoir réalisé un film, et qui ont un sentiment de fierté bien naturel, malgré la qualité médiocre de leur production. Car si l’on avait dit à chaque participant qu’en seulement une journée de tournage, avec une équipe de personnes totalement inexpérimentées, il serait parvenu à réaliser un film, il n’aurait sans doute pas cru cela possible. La performance est cependant bien là, et on se plaît à imaginer d’autres choses encore qu’un GN permettrait d’accomplir.

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Ce sentiment provoqué par la créativité des joueurs vient également de la liberté d’action totale qui leur est laissée, comme les auteurs l’avaient annoncé avant le jeu. On peut d’ailleurs aisément imaginer que ce GN puisse être réédité, avec les mêmes joueurs ou bien d’autres, et que les équipes se constitueraient différemment et tourneraient des films qui n’ont rien à voir avec les premiers.

Dans la plupart des jeux, on ressort avec ses souvenirs de l’événement, et quelques photos ou séquences filmées qui les raviveront plus tard. Studio Bloodywood ajoute une autre dimension à cela en permettant à chaque joueur de repartir avec une œuvre concrète de ce qu’il a réalisé au cours du GN, et le sentiment d’avoir créé quelque chose vient s’ajouter au simple plaisir du jeu.

 

Studio Bloodywood – Le 5ème Éléphant

Lio nel  Cou rtois

Eli se  Desc haux

www.le-5eme-elephant.com

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Vincent CHOUPAUT
GNiste depuis le début des années 2000, cofondateur de l'association eXpérience, Vincent est présent sur Electro-GN depuis son lancement en 2011. Après une trentaine d'articles, il se consacre désormais davantage à la gestion quotidienne du site et à la planification des nouveaux articles. Convaincu qu'il y a encore énormément à découvrir sur le GN et ce qu'il permet, il espère que de nombreux GNistes continueront d'écrire et de partager leurs réflexions sur Electro-GN ou ailleurs.
Vincent CHOUPAUT

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6 réactions à Critique – Studio Bloodywood

  1. ça a juste l’air génial !

  2. Bravo pour ce concept de GN très original ! Si ce n’avait pas été du second degré, je me serais très probablement inscrit.

  3. Donc effectivement bonne ambiance, grande créativité des joueurs. A mon avis ce n’est pas ce que l’on peut nommer comme un GN, mais un prétexte pour réaliser des « films ». Assez déçue au final

  4. Un moment unique et passionant… franchement il y’a longtemps que je n’était pas partie d’un event avec autant de joie et de souvenir…

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