Atelier d’initiation au Play to Win / Lose / Lift

Publié le lundi 11 mars 2019 dans Articles

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Avant Propos

De mon point de vue, la majorité des GNs belges, ainsi que ceux qui y participent, appliquent une unique attitude de jeu : le Play To Win. Quelques initiatives existent bien ça et là, mais mal mises en lumière pour valoir d’exemple, ou pour au moins diffuser la (bonne) parole sur les autres possibilités de jeux dans notre communauté.

Lorsque survint l’annonce de l’édition 2019 de BEta-Larp, je saisis l’occasion de sensibiliser ce public au Play to Lose. Et à l’occasion d’une édition de It’s A Man’s World, j’embarquais Romain dans l’aventure, en y incluant une 3ème, expérimentée au cours de la susmentionnée édition : le Play to Lift. Ensemble, nous produisîmes un atelier d’initiation, que nous souhaitons aujourd’hui partager à un plus grand nombre.

Pour rappel, le play to win est une attitude de jeu où le principal objectif est de gagner, et où le drama de l’histoire est axé sur la confrontation. Par exemple, le joueur va optimiser ses compétences pour devenir un excellent assassin.

Le play to lose est une attitude dont l’objectif est de créer du drame, en choisissant l’option la moins glorieuse pour le personnage et qui a le meilleur potentiel de génération d’histoires. Par exemple, le joueur va choisir que, malgré les soins, son personnage écope d’un handicap permanent, qui marque définitivement l’évolution du personnage.

Le play to lift est une attitude ayant pour objectif d’alimenter réciproquement les personnages et les intrigues de chacun. Par exemple, deux joueurs vont confronter leurs personnages dans un duel à mort ; ils conviennent ensemble du résultat du duel au préalable, pour ensuite faire durer le plaisir, en veillant à ce que les spectateurs ne puissent en deviner l’issue.

Nous parlons d’attitude de jeu pour déterminer ce qui s’applique aussi bien au cadre défini par l’organisation, qu’à la qualification de l’interaction du joueur avec les autres. D’autres exemples illustrant ces propos sont repris dans ce préambule.

L’atelier

Il se déroule en 2 temps. Le premier est un échange et une mise en commun de ces 3 concepts. Le second est une exploration de chacun d’entre eux.

La mise en commun rassemble les participants en demi-cercle autour d’un support, pour déterminer les caractéristiques de chaque concept. Nous avons modéré et affiné les propositions. Puis nous avons livré les définitions, que nous avons veillé à conserver exposées, afin que chacun puisse s’y référer par la suite.

L’exploration des attitudes de jeu s’articule autour d’une même histoire, cadrée par un contexte et des fiches de personnages. Notre histoire se concentre sur un groupe à la configuration rock classique, où certains membres ont disparu. Les membres restant se retrouvent pour discuter de leur(s) avenir(s).

Les 3 rounds d’expérimentation sont cadencés à 15 minutes chacun. Afin d’être non-intrusif, pour marquer la fin, nous diffusions une musique évoluant crescendo, laissant aux joueurs 1 minute pour conclure leurs scènes.

Entre chaque round, nous laissions un temps de partage pour permettre à chaque groupe d’échanger leurs vécus.

Le détail de l’atelier est accessible et commentable en ligne.

Retours

Dix courageux compères se prêtèrent à l’expérience, répartis en trois groupes. Leurs retours furent positifs. S’en suivent les remarques qui nous ont parues les plus pertinentes à partager dans cet article.

Un des principaux retours fut que la répétition de la même scène, éclairée aux trois différents styles de jeu, est une mécanique efficace pour sentir la distinction. Deux groupes nous confièrent qu’au cours du round play to lift, la fin de la scène dépassa ce qu’ils avaient envisagé ; les participants s’étaient surpris eux-mêmes ! Un des participants nous confia ses mots : “le jeu nous a échappé”.

Un second retour fut que le cliché “le play to win, c’est peu intéressant, le play to lose, c’est tellement mieux” fut brisé. Le 1er round généra, en effet, 3 déroulés complètement différents, et pas moins agréables à jouer qu’au 2ème round. Tandis qu’un groupe proposa de créer un album posthume, un autre proposa d’effectuer une tournée hommage avec les personnes disparues en hologramme (comme au cours d’un concert de Snoop Dog, avec le fantôme de Tupac)

Les participants conclurent que chaque attitude de jeu est à la fois favorisé par le game design, et par la volonté innée des joueurs. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’un jeu est orienté ludiste, que le play to lift est exclu 1.

Certains participants nous ont exprimé le souhait de réitérer l’expérience auprès de leurs groupes de jeux (GN ou jeu de rôle sur table).

Conclusion

Nous avons eu beaucoup de plaisir à concevoir cet atelier, et à le proposer aux participants de BEta-Larp. Ce fut une expérience fort enrichissante. Avant d’initier cet exercice, nous avions une image que le play to win était has been, le play to lose trendy (car nordique), et que ce dernier allait se faire prochainement voler la vedette par le play to lift. Aujourd’hui, nous pensons qu’aucune attitude n’est meilleure ou davantage appropriée qu’une autre. Il est possible, par exemple de pratiquer le play to lose dans un contexte de jeu play to win. Cependant, cela va heurter les compréhensions de chacun du contrat social tacite. Il est donc important de s’approprier ces techniques pour les pratiquer sans choquer.

Nous espérons qu’il puisse permettre une prise de conscience des atouts, des limites et des dérives de chaque attitude. Il s’agit d’être davantage outillé afin de développer la polyvalence de notre jeu.

Romain et moi remercions les participants de cette première édition, pour leur confiance et leurs retours, qui nous ont donné envie de partager à la communauté notre travail.


1 Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin sur le sujet, Loïs vous recommande les articles System does matters de Ron Edwards, qui lie système de jeu et expérience de jeu, ainsi que brute force design, qui met en avant comment la structure “classique” pour construire un GN favorise l’attitude “play to win”.

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2 réactions à Atelier d’initiation au Play to Win / Lose / Lift

  1. Merci à Romain et Loïs pour leurs contributions enrichissantes, approfondissant et challengeant le contenu et contenant de cet article.

  2. Kelom,

    On peut avoir plus de détails sur le jeu qui a “échappé” aux joueurs, afin de mieux comprendre la situation ?

    Sinon, j’adhère au fait que le PtL n’est pas forcément supérieur au PtW, de ma maigre expérience. J’ai tendence à croire que le PtL ne peux être apprécié que par les gens plus attirés par le cadre/histoire que par leur personnage. Ce qui reste rare à mes yeux (et c’est bien comme ça).

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