Critique de GN : Fauve

Publié le lundi 10 octobre 2016 dans Critiques de GN

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Fauve.

Mais faut pas qu’tu désespères perds pas espoir

Promis juré qu’on la vivra notre putain d’belle histoire

fauve

Si vous avez déjà écouté Fauve, vous avez peut-être été déstabilisé. Par la simplicité et la justesse des paroles, par le flow urgent comme si on devait prendre un train. Vivre maintenant parce que dans une minute il sera trop tard, parce que la vie ne nous attendra pas. Tant pis si ça grince, si ça chie, tant pis si ça coince.

Fauve est un jeu de quatre heures conçu par Lionel Courtois, présenté pour la première fois à LaboGN 2016, et qui s’appuie sur la musique du groupe Fauve. Pour l’organiser, c’est très simple : une enceinte, quelques chaises et des petits papiers. Une scénographie minimaliste, presque nue, qui laisse toute sa place à l’humain et, surtout, à la poésie.

On va ici raconter l’histoire de Charles, Benoît, Jo et Ana. Quatre adulescents catapultés loin du nid, dans la jungle urbaine, forcés d’apprendre à marcher ensemble. Les meilleurs amis du monde. Ils vont s’engueuler, s’aimer, se mettre minable, pleurer, baiser, vomir, rire, boire, refaire le monde, détruire, avoir peur, donner, recevoir, prendre, laisser, se remettre minable, mentir, promettre.

Leurs vies n’ont rien d’extraordinaire, elles ressemblent à celle que j’aurais pu vivre, à celle que j’ai vécue, voire à celle que je vis. Leurs mots sont mes mots, les mots de notre génération. La Génération QUOI comme disait le sondage de France Télévision en 2013. Génération de paumé.es, de losers, d’assisté.es. Des ados qui n’ont pas envie de devenir adultes, terrifié.es à l’idée d’entrer dans la vie active.

Alors iels fuient. Dans la drogue, dans l’amour, dans le mensonge. Peut-être qu’ils finiront par rentrer dans le moule, qui sait ? Peut-être qu’ils finiront par mettre une cravate et abandonner leurs rêves de gosses, comme tout le monde ?

Pense pas à demain, demain c’est loin.

Pense à ma bouche, à mon cul, pense à mes seins.

Pense pas à demain, pense pas à demain.

Demain c’est loin.

Fauve est un jeu très simple, y’a même pas de fiche de personnage. Avant de jouer, on a calibré deux trois trucs : comment ils se connaissent, c’est quoi leur rêve, c’est quoi leur tabou. Avant chaque scène, Lionel déposait un papier sur notre chaise, et on connaissait l’état dans lequel notre personnage commençait. Le moins de filtre possible entre eux et nous.

J’ai foncé dans ce jeu tête baissée, et j’en suis sortie avec une patate d’enfer. Ce GN est pour moi une expérience artistique à part entière, sûrement à cause de la sobriété de la mise en scène et à l’omniprésence de la poésie.

J’ai même écrit un texte. À un moment, chaque personnage est invité à se rendre seul au centre de la pièce pour faire un monologue sur ses pensées les plus intimes. Ce qui est cool avec la poésie de Fauve, c’est qu’elle donne l’illusion d’être simple, accessible, et qu’il suffit juste de déballer des sentiments foutrac avec des gros mots pour toucher. L’amour, la mort, le cul. Si je relisais le texte que j’ai sorti à ce moment-là, je le trouverais certainement médiocre, mais dans ce cadre, à ce moment précis, il sonnait juste.

Lionel a réussi à créer un instant éphémère délicat, et il nous l’a offert avec une humilité déconcertante. En effet, pendant ce jeu, l’orga lance de toutes petites impulsions, très vagues et pourtant très justes. Un texte, une situation, une émotion, un placement dans l’espace. En tant que participant.es, nous disposions d’une immense liberté de création, et pourtant nous n’étions pas perdu.es. Je me demande dans quelle mesure ce jeu repose sur la capacité d’improvisation de ses joueurs, tant tout ce qui s’est joué ce soir-là m’a paru naturel.

Je conseille à tous les fans de Fauve de jouer ce jeu. Si vous ne connaissez pas le groupe, c’est aussi un très beau moyen de découvrir sa musique. Merci Lionel pour ce joli moment. J’ai adoré jouer Charles, ce putain de feu d’artifice.

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Lila CLAIRENCE

Lila CLAIRENCE

Rôliste et Gniste depuis 2007, j'organise et joue des jeux de formats très différents. Je suis intéressée par le médium dans sa dimension sociale et artistique principalement, ce qui m'a conduite à fréquenter des milieux nordiques et à m'inscrire à la Larpwriter Summer School en 2013. Titulaire d'un Master de Théâtre, je met à profit mon expérience de metteur en scène pour mes GN, et vice-versa. Je suis curieuse et j'aime remettre mes pratiques en question.
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