Le bleed à tort et à travers

Publié le mardi 13 septembre 2016 dans Articles,Slide

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Le terme de « bleed » revient de plus en plus souvent dans les discussions de GNistes. Malheureusement, s’il est souvent employé correctement, il l‘est aussi fréquemment pour désigner des phénomènes différents, par simple méconnaissance ou par attrait pour le petit côté dramatique et technique du mot.

Ceci provoque des malentendus et complique les discussions entre GNistes, ce qui peut avoir des conséquences néfastes en cas de réaction négative prolongée à la suite d’un GN.

Ce bref article rassemble donc les éléments de compréhension que j’ai pu croiser au sujet du bleed et des autres phénomènes avec lesquels il est parfois confondu (en particulier le GN blues).

L’objectif est de contribuer au partage d’un vocabulaire précis concernant ces phénomènes différents, afin que chacun puisse les identifier correctement et réagir de manière appropriée dans les rares cas où ils deviennent problématiques.

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DÉFINITIONS

Le bleed désigne le transfert d’émotions entre le hors-jeu et le en jeu.

On parle de bleed in lorsque le comportement en jeu du joueur est affecté par son état émotionnel hors-jeu. Exemple : le joueur arrive énervé au GN et joue son personnage de manière plus agressive qu’il ne l’aurait fait autrement.

Le bleed out, à l’inverse, désigne des émotions vécues en-jeu qui persistent hors-jeu. Exemple : le joueur se sent anxieux après avoir joué un personnage en danger pendant un week-end.

Ces phénomènes sont différents du GN blues et du steering.

Le GN blues, ou post-larp low (encore appelé post-larp depression) désigne la déprime parfois ressentie par le joueur après un GN. Elle peut traduire le fait que le joueur regrette d’avoir dû quitter un GN et des compagnons qui lui plaisaient (un peu comme on regrette la fin d’une semaine de vacances avec des potes, ou une super soirée). Ceci peut être amplifié par le sentiment de ne pas pouvoir partager ce qu’on a vécu avec les gens autour de soi, qui n’ont pas participé au GN (parfois même avec ceux qui ont participé au même GN mais l’ont vécu différemment). Le joueur peut également regretter de ne plus avoir autant de capacité à affecter les événements de la vie réelle que dans le GN. Il s’agit donc globalement d’un sentiment de regret ou de nostalgie, lié au contraste perçu entre sa vie de tous les jours et un GN qu’on a fortement apprécié.

À noter qu’il existe aussi un post-larp high, bonne humeur parfois accompagnée d’hyper-activité, suite à un GN particulièrement réussi.

Le bleed est également différent du steering. Ce terme désigne le pilotage volontaire et conscient du personnage par le joueur pour des raisons hors-jeu. Exemple : je favorise volontairement les interactions entre mon personnage et celui de mon ami, parce que j’ai envie de jouer avec lui.

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RÉACTIONS

Bleed out et GN blues ne sont en général pas problématiques. Ils sont parfois recherchés par les joueurs (en particulier le bleed out), et ils peuvent même être source de bien-être ou d’une meilleure connaissance de soi. De plus, les organisateurs mettent habituellement en place des ateliers post-GN permettant d’éviter ou de réduire bleed out et GN blues.

Pourtant, il peut arriver que le bleed out ou le GN blues deviennent gênants. On peut en effet se sentir particulièrement déprimé du fait de l’un ou de l’autre, au point d’être temporairement handicapé dans sa vie réelle.

Dans le cas du bleed out, le problème provient de la proximité persistante du joueur et du personnage. Les émotions négatives ressenties en-jeu continuent à être vécues dans la vie de tous les jours. Il peut s’agir de peur, de déprime, de sentiment de rejet ou d’humiliation, etc.

Le phénomène disparait en général au bout de quelques jours. Si toutefois il persiste, ou que l’effet est particulièrement fort, la solution consiste alors à reconnaître les émotions en question, puis à créer de la distance entre le joueur et le personnage.

Identifier les émotions peut se faire en débriefant le GN avec un autre participant (joueur ou orga). Créer de la distance peut se faire en parlant de son personnage à la troisième personne (« Il/Elle a fait tel truc. »). L’abandon ritualisé d’une partie de costume ou la méditation guidée sont également efficaces. Enfin, faire des activités plaisantes et qui définissent l’identité propre du joueur (par opposition à celle du personnage) contribue également à créer la distance. Celles qui permettent de se réapproprier son corps (comme l’exercice physique) sont particulièrement efficaces.

À noter qu’il est possible de se prémunir contre le bleed avant et pendant le GN en créant volontairement de la distance entre son personnage et soi.

Dans le cas du GN blues, le problème provient du contraste persistant (ou du moins perçu comme tel) entre le GN et la « vie normale ». Là encore, il ne dure en général que quelques jours. Pour le combattre, la solution consiste à faire des activités de sa vie de tous les jours qu’on apprécie.

Si le problème persiste malgré tout, il convient d’appeler ses proches à l’aide, et de s’interroger sur la raison pour laquelle on est aussi affecté par ce qu’on a vécu pendant le GN.

La compréhension du problème peut être compliquée par le fait qu’on vit parfois bleed out et GN blues simultanément. Par exemple, on peut être déprimé parce que d’une part on a vécu une expérience déprimante en-jeu, et que d’autre part on éprouve de la nostalgie pour un GN émouvant et des joueurs sympathiques. Il est alors d’autant plus utile d’avoir un vocabulaire précis à sa disposition.

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CONCLUSION PRATIQUE

Tu es déprimé parce que tu as vécu des trucs déprimants en jeu : c’est du bleed.

Tu es déprimé parce que le GN est fini : ce n’est pas du bleed, c’est du GN blues.

Tu veux combattre le bleed : crée de la distance avec ton personnage.

Tu veux combattre le GN blues : fais des trucs cools de ta « vie normale ».

Le GN est fini depuis plus d’une semaine et tu ne t’en sors pas tout seul : demande de l’aide aux autres participants.

POST SCRIPTUM

Vous l’aurez compris, cet article ne traite absolument pas des innombrables autres raisons pour lesquelles on peut éventuellement se sentir bien ou mal après un GN : rencontre amoureuse (ou au contraire engueulade) entre participants, tente trouée et pluie battante, etc.

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J'adore le GN, et m'efforce de participer à son évolution en diffusant le plus largement possible les bonnes idées glanées ici ou là. En dehors de ça, ma vie est une joyeuse balade entre terrains de volley et mosh-pits !
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9 réactions à Le bleed à tort et à travers

  1. Merci Hoog, c’est très clair !

  2. Merci pour cet article.
    Il est limpide. A mettre entre les mains de tou.te.s les débutant.e.s en GN (et à relire pour les ancien.ne.s, ça ne fait pas de mal).

  3. Merci Hoog, c’est vraiment bien.

    Et chercher dans ses souvenirs quelque chose qui va générer des émotions favorisant une interprétation, c’est du bleed in (volontaire) ou c’est juste de l’actor studio ?

  4. Très bon article, belle synthèse.

    Juste un truc qui me chiffonne est cette propagande plus ou moins affichée sur les articles de ce site pour les ateliers pré et post GN. Ici, cet article ne fait pas exception ; on peut y lire :

    « les organisateurs mettent habituellement en place des ateliers post-GN permettant d’éviter ou de réduire bleed out et GN blues. »

    Sur mes dix derniers GN, tous formats confondus je n’ai eu (et je m’en félicite) aucun atelier post GN. Le terme « habituellement » est donc pour le moins abusif. Oui la chose existe. Elle reste rare selon moi (sauf sur des formats plus expérimentaux). Personnellement je ne recommande pas cette pratique. Bref c’est à mes yeux une forme de propagande, une désinformation continue visant à faire croire que la chose est désormais habituelle pour mieux légitimer cette pratique et, comme j’ai pu le lire sur un autre article récemment, montrer du doigt les « irresponsables » qui refusent la chose..

  5. Ton article est très bien pour montrer le problème d’utiliser des termes anglais venus des théoriciens scandinaves du gn pour faire « hype », la plupart des gens ne comprend pas vraiment de quoi on parle. (Oui un trollrieuse@gmail.com s’est glissé dans ma phrase précédente)

    L’autre point qui me choque dans ton article est ton interprétation négative du bleed comme du GN blues, comme si on ne pouvait que être déprimé après le jeu et qu’on avait forcément envie de ne pas ressentir ces émotions

  6. Merci pour l’article !

    Je sors d’une indigestion d’utilisation du mot « bleed » dans tous les sens avec des gens qui finissaient par l’utiliser comme une incantation magique qui explique tout.

    Pour les ateliers post GN, aucun de ceux que j’ai fait jusqu’ici n’étaient pas extrémement développés. Et les seuls organisateurs en pratiquant avaient généralement un répertoire trés complet d’ateliers pré-GN. Donc proportionnellement sur le temps passés en atelier c’est 90% avant et 10% après. Pour autant peut être faut il penser « l’aprés GN » globalement et pas seulement sous forme d’atelier. Activités récréatives, danse, jeux, discussion, fête, débrief individuels, questionnaire, etc… sont tout autant de pratiques qui peuvent concourir à l’objectif recherché de « bien être des joueurs ».

  7. @ Julien :
    Le problème ne vient pas d’utiliser des termes venus de Scandinavie (ça c’est globalement assez utile, puisqu’ils sont plutôt en avance en termes de théorie du GN ^^) mais de les utiliser n’importe comment 🙂

    Concernant ton second point, je cite le texte de l’article :
    « Bleed out et GN blues ne sont en général pas problématiques. Ils sont parfois recherchés par les joueurs (en particulier le bleed out), et ils peuvent même être source de bien-être ou d’une meilleure connaissance de soi. »

  8. @ Pink :
    Tu as raison que ce sont surtout les ateliers pré-GN qui sont répandus en France à ce stade.
    Et à peu près tout le monde inclut la soirée post-GN dans les ateliers post-GN 🙂

  9. Merci pour l’article.
    Je ne conaissais pas la notion de steering.

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