Critique – The Shield : No one rests in peace

Publié le vendredi 20 mai 2011 dans Critiques de GN

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Donner vie au quartier de Farmington à Los Angeles était le défi que s’était fixé l’association Mondes Parallèles pour le GN The Shield : No one rests in peace inspiré par la série télévisée éponyme. Après une première session au mois de septembre 2010, et en tenant compte de plusieurs retours de leurs joueurs, les auteurs du jeu se sont lancés dans une seconde organisation le 3 avril 2011, plus ambitieuse pour un jeu de ce format (une quinzaine de joueurs, sept à huit heures de jeu), puisque cette fois-ci pas moins de cinq lieux étaient représentés de façon permanente à la maison des jeux de Nantes.

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Les joueurs pouvaient ainsi circuler librement dans Los Angeles, du commissariat à l’hôpital, s’attardant dans les rues de Downtown pour faire quelques paniers sur le terrain de basket avant de se rendre au Right Track, ancienne boîte de striptease servant de planque au gang salvadorien, à moins qu’ils ne prennent le temps de prendre un sandwich au Farmdog ou de s’aventurer dans des entrepôts déserts sur les docks. Les organisateurs ont su faire vivre ces différents lieux grâce à une dizaine de PNJ, et pourraient même en envisager davantage s’ils se lancent dans une troisième session comme ils l’ont récemment annoncé.

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La gestion de l’espace en GN est souvent difficile à maîtriser pour les organisateurs, et on peut dire que cette disparité des lieux est une tentative intéressante d’y parvenir. Elle octroie en effet à quelques personnages le luxe rare en GN d’avoir un espace de jeu « à soi », et elle permet de changer de zone pour les différentes scènes du jeu afin que chacune ait lieu dans le cadre approprié. Cependant cette méthode présente des inconvénients si elle ne pousse pas sa logique jusqu’au bout : si chaque joueur ne dispose pas de ce genre d’espace, certains peuvent se sentir exclus d’une bonne partie du jeu, frustrés de ne pouvoir entrer là où l’action semble se poursuivre sans eux, ce qui peut être le cas pour quelques personnages de The Shield.

Contrairement à la série télévisée qui se focalise sur la vie des policiers dans le quartier, le GN explore d’autres facettes et on y joue davantage de truands que de flics (qui a dit que ce sont les mêmes !), ce qui a pu dérouter des joueurs s’attendant plus à voir jouer la vie du commissariat. Cet aspect pourrait d’ailleurs être exploité davantage à l’occasion de sessions futures, la matière étant à mon avis largement présente.

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Afin de rendre la violence du thème, les auteurs ont également travaillé sur les règles du jeu, notamment sur des règles d’interrogatoire intéressantes, même si elles ne semblent pas avoir beaucoup servi et nécessitent peut-être davantage de travail pour les rendre complètement jouables et créatrices de jeu. Dans les fiches de personnages, certains aspects du background sont indiqués comme des clefs mentales qui peuvent provoquer un déclic chez le personnage interrogé, soit en le fermant complètement, soit en le poussant à se confier. On saisit instinctivement le potentiel de ce genre de règle, mais il manque sans doute la matière au personnage qui interroge pour s’en servir concrètement, ou peut-être simplement l’occasion de l’utiliser.

Un élément de ce jeu attire particulièrement l’attention, c’est la place de choix qu’a l’interaction du joueur avec son environnement, que ce soit le décor ou les objets, et qui n’a rien à envier avec l’interaction entre les différents personnages. L’association Mondes Parallèles, qui sévit à Nantes depuis bientôt quinze ans, organise des jeux dans des thèmes et des ambiances variées, mais se fait fort à chaque événement d’insister sur le matériel mis à disposition des joueurs, toujours en jeu, et à forte dominante ludique.

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Ici chaque pièce, chaque ambiance génère des idées de scènes, et on prend plaisir au simple fait de manipuler un tourne-disque en choisissant une musique à passer, ou encore à celui d’examiner sur un écran l’interrogatoire d’un suspect filmé dans la pièce adjacente. Le sens du détail est toujours présent et sert tout aussi bien les intrigues du jeu, que ce soit lors d’un deal de drogue que des flics enregistrent grâce à un micro planqué sur un intermédiaire, ou lors du visionnage d’une sextape compromettante récupérée par des personnages durant le jeu. C’est sans doute la première fois en GN que je me suis dit en découvrant une salle qu’elle me permettrait à elle seule de jouer pendant plusieurs heures.

Le support matériel permet de prendre son temps sur chaque scène en lui donnant davantage de profondeur. Sur une simple séquence où des personnages cherchent à se rapprocher d’un gang en se rendant à leur planque, là où le représentant du gang pourrait se contenter de leur fermer la porte au nez et de leur dire de dégager en les menaçant, l’environnement à sa disposition lui offre davantage de possibilités. On l’imagine invitant les personnages à entrer prendre une bière en les installant dans de confortables fauteuils alors qu’il les questionne en nettoyant tranquillement son arme, ou encore en leur demandant avec un fer à repasser ensanglanté à la main si ça ne les dérange pas qu’il continue d’interroger ce type ligoté, tout en se repassant ce bon vieux « Stuck in the middle with you » des Stealers Wheel.

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Cependant, de même que certains joueurs peuvent se trouver frustrés de ne pouvoir accéder aux lieux où le jeu avance sans eux, certains espaces semblent être davantage dotés de matériel créateur de jeu et de souci de réalisme, et le décalage entre ces éléments très détaillés et d’autres plus simulés est parfois déroutant.

La seconde session de ce jeu, nettement plus réussie que la première à mon avis, laisse présager d’une troisième édition qui saura exploiter davantage encore tout le potentiel de l’ambiance de la série, et c’est tout ce que l’on souhaite à ce GN.

The Shield : No One rests in peace – Mondes Parallèles

Er ic  Co llet

Grazie lla  Gil et

www.mondesparalleles.com

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Vincent CHOUPAUT
GNiste depuis le début des années 2000, cofondateur de l'association eXpérience, Vincent est présent sur Electro-GN depuis son lancement en 2011. Après une trentaine d'articles, il se consacre désormais davantage à la gestion quotidienne du site et à la planification des nouveaux articles. Convaincu qu'il y a encore énormément à découvrir sur le GN et ce qu'il permet, il espère que de nombreux GNistes continueront d'écrire et de partager leurs réflexions sur Electro-GN ou ailleurs.
Vincent CHOUPAUT

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2 réactions à Critique – The Shield : No one rests in peace

  1. Ca fait envie en tout cas ! 😀

  2. Salut,
    J’en profite pour faire la pub de la troisième édition;)

    Les inscriptions pour le GN Mondes Parallèles sont ouvertes sur le site de paiement en ligne,
    http://www.weezevent.com/TheShieldnoonerestsinpeace

    Nul besoin de connaître la série pour y participer.
    L’ambiance du jeu est intrigues policières/gangs de Los Angeles, personnages complexes qui ont leur propre idée de la Justice et bien sûr la violence du monde dans lequel ils évoluent. Les
    personnages sont sans cesse tiraillés entre leurs problèmes personnels et leurs problèmes de « boulot ».
    L’accent est également mis sur l’immersion de ces personnages dans le lieu de jeu qui reconstitue les rues du quartier de Farmington.

    Si vous avez des questions, n’hésitez pas;)
    Graziella

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