Le méta-jeu en GN

Publié le lundi 4 juin 2012 dans Articles

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Voila une notion dont on parle souvent sur ce blog, dans les articles ou dans les commentaires. Et si vous êtes un habitué du forum de www.murder-party.org, vous le lisez quasiment une fois par jour. Si vous n’avez jamais osé poser la question :

Mais enfin, c’est quoi le méta-jeu ?!?

Alors cet article est fait pour vous.

meta-jeu-gn-3.jpg

Origines

 

Le terme méta-jeu est apparu d’abord en mathématique, puis est passé au langage militaire avant d’être récupéré en politique. Il désigne une modification d’opération due à des éléments supposément extérieurs à l’opération.

Dans les jeux en général, le méta-jeu désigne tous les paramètres extérieurs au système du jeu, qui sont susceptibles d’être pris en compte par les joueurs dans leurs décisions de jeu.

Quelques exemples

Deux joueurs de poker se trouvent face à face. Le joueur A a observé le joueur B durant plusieurs parties. Il a vu que le joueur B montrait régulièrement des signes d’impatience. Il décide de jouer toutes ses mains très lentement, en prenant tout son temps. Aucune règle ne stipule qu’on gagne au poker en faisant perdre patience à l’adversaire, et pourtant c’est ce qu’essaye de faire notre joueur A. Il n’utilise pas les informations données par le jeu, mais bien une information extérieure.

Dans le jeu, Magic : The Gathering, les champions cherchent à constituer un deck de cartes qui permettra de battre la majorité des decks présents au championnat. Le but est donc de savoir quels jeux vont être favorisés par les adversaires. La connaissance du méta-jeu est donc essentielle pour gagner.

Enfin, en jeu de rôle Grandeur Nature, un joueur incarne un guerrier et s’aperçoit que l’ensemble des PNJs est allé dans la tente qui contient les armes et les costumes de monstres. Il décide alors de se préparer au combat plutôt que d’aller se coucher comme il avait prévu de le faire. Il s’agit de méta-jeu.

Voilà pour les bases. Maintenant je voudrais distinguer plusieurs utilisations différentes du méta-jeu. Parfois, les organisateurs attendent des joueurs une lecture du méta-jeu et parfois, il est vivement déconseillé de le faire. Comment savoir ?

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Méta-jeu d’optimisation

Serge s’inscrit à un GN Zombie. On demande aux joueurs de créer leurs personnages qui sont des simples américains. L’apocalypse et l’arrivée des zombies aura lieu pendant le jeu. Serge décide de jouer un bûcheron. Il achète donc une bonne vieille tronçonneuse en latex, comme tout bon bûcheron qui se respecte.

Dans le même ordre d’idées, apprendre un sortilège de destruction des morts vivants, plutôt qu’un sortilège de contrôle des animaux parce qu’on connaît le titre du scénario me semble être une optimisation des informations du méta-jeu.

Attention toutefois aux abus que pourrait permettre ce genre d’information. Dans le GN de masse belge Avatar, il existe des joueurs que tout le monde déteste : Les Chiottes Killer ! (Personnellement j’adore) Ces joueurs tendent des embuscades sur le chemin des toilettes chimiques. Les toilettes étant hors-jeu, les autres joueurs râlent régulièrement car selon eux, il semble qu’un joueur allant aux toilettes soit en quelques sorte, hors jeu. On voit bien dans cet exemple que la frontière entre ce qui est en-jeu et ce qui est hors-jeu est parfois maigre.

Méta-jeu narratif

Serge incarne un jeune homme nommé Bruce qui a hérité d’une fortune à la mort de ses parents. Ses parents ont été assasiné par un junkie et il s’interroge sur l’injustice du monde. Son majordome, Alfred, décide de l’emmener faire un tour en ville au début du GN. Dans une ruelle sombre, une femme se fait attaquer par un voyou, joué par Raoul, qui est un PNJ. Alfred se tourne vers Serge et lui dit : « Monsieur, il va lui faire du mal, vous devez faire quelque chose ! ». Serge décide alors d’appeler la police.

Il semble assez évident que Serge n’a pas compris les références à Batman. Les organisateurs attendaient de lui un comportement particulier lié à ce contexte. Serge est passé complètement à côté. Il peut cependant arguer qu’il n’est écrit nulle part dans sa fiche que son personnage sait se battre et que, après ce qui est arrivé à ses parents, il peut être frileux à l’idée de s’interposer dans une rixe. Dans ce genre de jeu, on demande au joueur d’utiliser les éléments extérieurs pour prendre ses décisions en-jeu. La lecture de la thématique est un excellent exemple d’information de méta-jeu.

Prenons  un autre exemple : Serge arrive dans un village. Il voit que Raoul joue un forgeron. Il déclare alors à ses compagnons de route que son arme est émoussée et qu’il va la faire aiguiser. Techniquement, rien ne stipule dans les règles et dans sa fiche que sa lame a un problème. Toutefois, Serge veut donner à Raoul l’occasion d’utiliser sa forge et créer un lien avec un villageois. C’est du Freeplay léger qui utilise le méta-jeu.

metajeu-gn-1.png

Méta-jeu pratique

Dans cette dernière catégorie, je voudrais parler d’un méta-jeu qui me semble indispensable. On peut être en désaccord sur la thématique d’un jeu. On peut également abuser ici et là d’un point de règle. Mais je voudrais que les joueurs de GN n’oublient pas de respecter les autres joueurs et les organisateurs.

Je vais donner quelques exemples de situations de jeu où ce méta-jeu pratique n’est pas utilisé :

Serge trouve un autel magique dans la forêt. Son personnage n’aime pas la magie. Il décide de détruire l’autel. Voilà comment Serge a détruit six mois de travail d’un organisateur et un objet de jeu qui devait servir à d’autres joueurs quelques heures plus tard.

Raoul se tourne vers ses compagnons. Il leur propose un plan. Il va attaquer le garde pendant que Serge fera le guet. Les 5 autres joueurs devront rester à l’écart car malheureusement il est inutile d’être 7 dans ce plan.

Serge presse le bouton pour faire sauter le bâtiment. Raoul, organisateur, déclenche  les 400 euros de feux d’artifices qui symbolisent l’explosion. Les 40 autres joueurs dormaient.

Dans tous ces cas, Serge et Raoul ont oublié qu’ils participaient à un jeu collectif. Il est de la responsabilité d’un organisateur de penser au confort de tous, de proposer du jeu à ceux qui en demandent. Il est aussi de la responsabilité des participants de veiller à ce que le jeu se déroule bien.

Je vais terminer par une anecdote pour illustrer mon propos :

Il y a quelques années, sur un GN où les organisateurs étaient très très en retard, j’ai attendu plus de 4 heures que des PNjs puissent s’occuper de nous. Notre petit groupe cherchait une cabane dans la forêt et les PNJs devaient jouer des méchants en garnison dans la cabane. Lorsque l’organisateur m’a dit qu’il risquait d’y avoir de l’attente, je n’ai pas râlé et je ne me suis pas assis sur un caillou pour attendre. J’ai dit à mon groupe de se préparer. Nous nous sommes entraînés et échauffés, nous avons vérifié toutes nos armes, deux fois, nous avons fait nos adieux à nos amis, nous avons cherché la cabane, nous l’avons surveillé et nous nous sommes engueulés sur la stratégie à adopter. Là, et là seulement, à court d’idée, nous avons commencé à râler et nous nous sommes assis sur un rocher en attendant les PNJs et en fumant des clopes.

Pensez aux joueurs autour de vous, au jeu dans son ensemble. Je ne demande pas à tout le monde d’adopter une attitude narrativiste en permanence, mais juste d’avoir un tout petit peu de considération pour le fait qu’un GN a besoin d’effort de la part de tout le monde pour fonctionner.

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Baptiste CAZES
Baptiste est Gniste depuis maintenant 15 ans, et a commencé par jouer des scénarios maison avec des amis sans vraiment avoir idée de ce qui se faisait autour. C'est plus tard qu'il a pu découvrir ce qui se faisait un peu partout dans le monde et continuer sans cesse de découvrir de nouveaux horizons. Il aime écrire des scénarios et vous pourrez en découvrir certains sur le site www.murder-party.org (Silence on meurt, Plan social). Persuadé que le GN est un art à part entière, Il a écrit un mémoire sur les jeux Grandeur Nature et veut promouvoir les partenariats inter-associatifs pour que notre loisir trouve un jour la place qu'il mérite. Il a l'honneur d'avoir été le Président de la glorieuse FédéGN.

32 réactions à Le méta-jeu en GN

  1. Dans la série qui casse tout, je me souviens d’un GN où un joueur qui incarnait un druide anarchiste avait passé par le fil de sa dague plus de la moitié des joueurs du GN, la nuit durant leur
    sommeil. Il se gargarisait d’avoir été « super-roleplay ». Néanmoins, le GN a été liquidé par sa seule infatuation. Etonnament peu de monde vint le féliciter pour son rôle play.

    Cela me rappelle ce que Shiva T. dit sur notre loisir: que le JdR sur table et le GN dépendent de trois règles, qui vont par ordre croissant : le rôle play, le fair play et enfin le game play.

    La fidélité à son rôle doit se plier au respect des règles qui doivent se plier au respect de l’esprit du jeu.

  2. un article trés intéressant et formateur mais je vais me permettre de faire mon chieur.

    Devoir penser en permanence qu’on est dans un jeu collectif et qu’on ne joue pas que pour soi n’est-il pas anti immersif?

    Dans le cas de Serge qui ne doit pas péter l’autel magique, et si les orgas avaient justement prévu qu’il le ferait? Est-ce qu’on ne risque pas de la même façon de gacher le jeu avec une
    considération hors jeu que notre personnage n’aurait logiquement pas du avoir?

  3. Si sans doute que si.

    Mais j’ai envie de dire qu’on explique aux enfants qu’il faut faire attention en traversant. Et qu’aujourd’hui, j’arrive malgré tout à parler à un ami tout en traversant la rue.

    C’est un peu trivial, mais « être conscient des autres et du jeu » ne signifie pas « être accaparé par ».

    En revanche je suis d’accord qu’il existe de nombreux cas où une réaction « brutale » et spontanée va convenir à tout le monde. ça arrive.

  4. Amen 🙂

  5. Pour Serge et son autel, deux solutions :

    Il laisse juste un papier dessus expliquant que l’autel a été cassé, eventuellement il le renverse.
    Si les orgas prévoient de vraiment casser l’autel, alors serge aura une instruction claire dans ce sens, que ce soit dans un document en jeu, ou par un orga sur place au moment de la scène qui
    pourra lui indiquer qu’il peut y aller.

  6. Serge, il met les petits papiers où il veut…

  7. Dernièrement, j’ai eu une expérience déplaisante de meta-jeu. Mon personnage découvre un secret bouleversant, et décide de le communiquer à l’ensemble des autres joueurs, car tous sont concernés.
    Cette nouvelle est à même de miner le moral de chacun. Les PNJs m’ayant livré cette information top-secret s’interposent, et essayent de m’en empêcher. Au départ leur interaction était roleplay,
    mais ils me livrent à court d’arguments : « il faut d’abord que les autres joueurs voient le spectacle de french cancan avant qu’ils ne recoivent cette information, c’est prévu ainsi par les
    organisateurs ».


    Je fus tiraillé entre la nature impulsive de mon personnage, et son envie de ruer dans les brancards, et mon expérience d’organisateur, qui comprenait que d’abord il fallait amuser les autres
    joueurs avec la gaudriolle avant leur annoncer qu’ils se sont fait entuber depuis le début.

    Ce dilemne de meta-jeu suffit à rompre mon plaisir du jeu, alors si immersif jusque là.

  8. Je pense que le méta-jeu peut donner lieu aux mêmes excès que le free-play, à savoir la prise en main du jeu par des joueurs, potentiellement de bonne volonté mais aussi peut-être en déficit
    d’humilité et d’ouverture. J’explique : dans un « bon » GN, si on donne à un personnage la possibilité de tuer un autre personnage sans contrôle des orgas, c’est que ces derniers ont prévu de quoi
    occuper la victime, voire que cette disparition est prévue, voire est nécessaire. Et pourtant, c’est bien connu, le méta-jeu tend à reporter aux dernières heures de jeu les règlements de compte.
    De même, en adaptant le cadre pour ne pas citer trop directement le joueur concerné, j’ai vu un démoniste infiltré qui « voulant donner du jeu aux autres », a fait volontairement des bourdes pour
    se faire découvrir. Ca partait d’un bon sentiment, mais ce joueur ne s’est même pas demandé si ça allait griller d’autres évènements ou intrigues, et c’est à la fois dommage et dangereux.

     

    Tout ça pour dire qu’il faut un peu de recul et ne pas foncer dans le méta-jeu, surtout si on est un joueur aguerri.

  9. Ba, finalement, plutot au contraire, quand tu joues un assassin, il faut être tres conscient du meta jeu, que ce soit pour te donner la liberté de tuer ou pour te restreindre, il faut etre
    conscient de ce que les orgas attendent de ton comportement de joueur sur l’interpretation de ce trait de ton personnage.

    C’est vrai que pour favoriser le gameplay, tu vas avoir tendance à ne pas tuer (mais preferer des alternative laissant de la possiibilité de jeu au joueur en face), et à lacher du lest sur les
    secrets de ton personnage, c’est du meta jeu, mais c’est presque devenu de la convention.
    à l’heure actuelle, si un orga me donne un personnage qui se cache sous une fausse identité, mon reflexe de joueur va être de trouver le bon moment pour tomber le masque, tout en sachant que ça
    va arriver.
    Si l’orga attend de moi que je maintienne cette couverture coute que coute, il a interet à me le préciser en amont (ou que ce soit limpide dans l’écriture du personnage).

  10. « Si l’orga attend de moi que je maintienne cette couverture coute que coute, il a interet à me le préciser en amont (ou que ce soit limpide dans l’écriture du personnage). »

    Dans ces cas là, il y a aussi la possibilité de demander aux orgas avant le jeu ce qu’ils attendent, pour être sur de ne pas faire de bourde.

    De même, pour reprendre un des exemples de Moz, qu’un orga qui a « besoin » qu’un personnage se fasse tuer par un autre peu préciser avant le jeu au tueur qu’il n’hésite pas à faire ce qu’il a
    faire, dès qu’il peut parce que tout est géré derrière.

  11. C’est assez fort quand même !!! Les orgas sont, selon vous, obligés de justifier, consigne hors-jeu à l’appui, les traits de caractère et les buts du personnage, de donner la preuve que la bonne
    interprétation de ce personnage ne va pas foutre en l’air le jeu d’un ou de plusieurs autres personnages !!! Vous ne trouvez pas que ça devient un peu le monde à l’envers ? Un peu d’humilité et
    de confiance vis-à-vis des orgas scénaristes, que diable ! Soit il faut que vous arrêtiez de jouer dans des GNs pourris, soit il faut que vous vous concentriez un peu plus sur le jeu et
    l’interprétation du personnage plutôt que sur le fait que le GN se passe bien ou pas pour les autres joueurs !

     

    Bon, mes propos sont agressifs, mais je crois sincèrement qu’il faudrait retrouver, au delà des conventions tacites etdes habitudes, un peu de candeur et de confiance, sous peine de devenir,
    comme certains de ma connaissance, d’aigris retraités du GN… 🙂

  12. C’est pas « un peu fort » , c’est logique, le game play est une chose importante, et même en jouant un assassin, je meta-sais que la mort d’un perso signifie la fin de son interpretation par son
    joueur, donc je vais tenter de trouver une autre solution (sequestration, chantage, torture, …) quelque chose qui va créer du jeu plutot que d’en détruire.

    Par contre, si je meta-sais que la mort de ce personnage est gérée (je me tape de savoir comment c’est géré, ça peu être un perso de remplacement, une gestion particuliere du jeu après la mort,
    le fait de découvrir qu’il s’agissait d’un PNJ, peu importe) là je n’hésiterais pas à tuer le personnage.

    Mais j’ai besoin de meta-comprendre ça d’une façon ou d’une autre .
    (ça peut être via une fiche de perso explicite me faisant comprendre que mon personnage n’a pas d’autre choix que de tuer rapidement qqun, une consigne orga explicite, une habitude de PNJ
    infiltré propre à cette équipe d’orga, peu importe, du moment que je meta-comprends que c’est géré.).

    Si je suis meta-aware, je serais meta-meilleur.

  13. Je comprends tout à fait ce que tu veux dire Joris, je pense qu’il m’arive aussi de raisonner comme ça mais pour autant je suis de l’avis de Moz.

    N’as-tu pas plus l’impression de te comporter en PNJ qu’en joueur ?

    Si l’on part de ton principe, où s’arréte les indications que doit donner l’orga?

    « Alors, elle c’est bon tu peux la larguer en jeux, toute façons y a un autre mec qui va la séduire et toi comme ça tu joue la romance avec cet autre perso. Alors par contre, tu feras attention
    Bob est un perso infiltré, tu feras semblant de le découvrir à la toute fin parceque sinon ça lui coupe du jeu. Allez amuse toi bien »

  14. Fenriss, tu sais que tu es beau, même avec une chemise sous ton gilet ? Blague à part, tu as parfaitement décrit le type d’excès que je redoute, et je milite toujours pour la démarche spontanée
    des actions en jeu. Ca demande toutefois une confiance dans la vision des orgas. Par exemple sur un excellent jeu de l’année dernière, en début de jeu, un autre personnage vient me provoquer en
    duel à mort pour une crasse que j’avais fait à son papa il y a des lustres. Mon perso ne peut refuser un duel, et il n’avait aucune chance. Heureusement, les scénaristes avaient prévu que l’autre
    joueur soit cher à l’élue de mon coeur, et ça a donné quelques bons moments de jeu à négocier pour que le duel ne soit pas à mort. Pas de méta-jeu à remettre le duel à dimanche midi, des larmes,
    des promesses, un duel épique et des joueurs ravis.

  15. En fait c’est faux ce que tu dis Moz, c’est aussi la conscience du méta-jeu qui a permis que ton adversaire se laisse convaincre. J’ai l’impression que vous confondez « avoir conscience du
    méta-jeu » et « agir systématiquement en fonction du méta-jeu » ce qui n’est quand même pas tout à fait pareil.

  16. Dans mon exemple plus haut, je ne me plassais pas dans le cas du joueur qui a peur de tuer un autre personnage et qui du coup repousse à plus tard, mais dans le cas de l’orga qui a prévu qu’un
    personnage se fasse tuer en début de jeu et qui aurait peur que le joueur « tueur » n’ose pas le faire, de peur qu’aucune suite ne soit prévu.

     

    D’ailleurs Moz, si je me souviens bien, dans certaines fiches d’Archomancie, il y avait marqué des indications, genre « Toujours dans l’intérêt du jeu, n’avoue pas tout de suite à XXX que tu n’es
    pas amoureux d’elle. Essaye de repousser le plus tardivement possible cet aveu qui te met mal à l’aise, ça n’en sera que plus sympa pour vous deux ! ».

    Ca revient au même que de dire « il faut que tu tues machin, et n’hésite pas à le faire dès tu auras une occasion » non ?

  17. Luvie, tu aurais dû me dire que tu étais sur ce jeu, et en plus dans la tête de l’autre joueur : on aurait pû se prendre une bière…

    Moi je croyais juste que, à fond dans nos rôles, nous avions négocié, tempêté, été émus, discuté pour faire en sorte de trouver une sortie honorable et conforme à nos voeux sans créer de drame,
    que ce soit le samedi ou le dimanche midi…

    Mais bon, je dois être, un peu à l’instar de Mr Jourdain, un méta-joueur narrativiste, et non un pauvre joueur qui aime les belles histoires et qui est transporté par l’immersion. Que
    serions-nous sans les théoriciens, hein ? Ou alors je suis méta-joueur niveau 3 et je me comporte naturellement pour faire en sorte que tout se passe bien pour les autres…

     

    Thanos : j’assume ce que tu dis en tant que consigne de jeu. J’estime que cette consigne, une fois intégrée au même titre que le reste du personnage, permet aux joueurs de justement ne plus
    avoir, durant le jeu, à se poser des questions de méta-jeu. C’est dirigiste mais il faut bien saisir qu’il y a vait beaucoup de grands débutants sur ce jeu.

  18. Le débat amorcé dans les commentaires me semble sans fin : Les défenseurs du méta-jeu trouveront toujours des exemples de situations dans lesquelles l’absence de conscience de méta-jeu est
    néfaste, et les défenseurs du jeu spontané trouveront toujours des exemples de situations dans lesquelles l’application du méta-jeu à outrance l’est aussi. Pour moi le problème vient
    systématiquement de l’excès. Soit le refus du moindre méta-jeu malgré les évidences, soit une réflexion uniquement en termes de méta-jeu qui oublie tout spontanéité.

     

    Moz en revanche je te suis difficilement sur le fait qu’en donnant cette consigne tu règles la question pour que les joueurs méta-jouent moins. Cette consigne est clairement une indication de
    méta-jeu, je trouve ça paradoxal de croire qu’elle va produire un jeu plus spontané, notamment pour un joueur qui ne se serait pas posé la question. En revanche elle a l’avantage de guider les
    joueurs dans le méta-jeu pour qu’ils ne se posent pas trop de questions, comme tu l’as justement fait remarquer. Ce n’est finalement pas très éloigné de la position que Joris défendait plus haut.

  19. Alors j’explique : si j’ai bien compris, le méta-jeu est une couche de conscience dédiée au bon déroulement du GN et à la manière de l’influencer positivement par son jeu. Bon, ma démarche est de
    faire intégrer à mes joueurs cette démarche dans l’interprétation de leurs personnages. Pour reprendre l’exemple de Thanos, le personnage arrivera sur le jeu avec, par son background et ladite
    consigne, la conscience qu’il doit prendre son temps pour explorer cette intrigue sentimentale (ou autre). Le but est que le joueur intègre comme partie de son rôle ce déroulement « optimal » de
    cette partie du jeu, et donc qu’il puisse s’y consacrer entièrement. J’oppose donc ça au méta-jeu classique et « conventionnel » qui fait que le joueur garde, peut-être plus qu’il ne le faudrait,
    un recul quant aux actions de son personnage, avec en plus une possibilité qu’il agisse à contre-temps, voire à l’inverse de l’effet désiré.

  20. Mais je te rejoins dans l’idée que l’excès, dans un sens comme dans un autre, est potentiellement nuisible. J’estime juste que, l’article plaidant sans réserve les vertus du méta-jeu, il lui
    fallait un argument non pas opposé mais relativisant.

  21. Le méta-jeu existe qu’on le veuille ou non. Mais l’article ne voulait pas particulièrement plaider en faveur d’une lecture attentive et systématique du méta-jeu (surtout pendant le GN). Mais j’ai
    du merdé en donnant mes exemples à la fin.

    En revanche, c’est vrai, je trouve ça bien d’être capable de lire le méta-jeu quitte à l’ignorer. Car qui peut le plus peut le moins et pas l’inverse.

    Pour contrebalancer un peu je peux dire que j’ai 1000 exemples de joueurs ayant tenu compte d’informations hors-jeu et ayant bousillé des GNs ^^. On en a tous pas mal d’ailleurs je pense…

  22. @Moz : ce serait pas mal de faire des petits efforts pour rester cordial. Je me suis probablement mal exprimée pour déclencher ton ire, donc je m’explique : pour moi avoir conscience du méta-jeu
    c’est avoir une certaine intelligence du jeu, du fait que c’est un jeu collectif avec d’autres joueurs et que du coup les actions de notre personnage ont une influence sur les autres. Or dans ton
    exemple, ce que tu racontes c’est juste qu’un mec a capté qu’il était dans un jeu collectif avec d’autres personnages en plus du sien et qu’il avait tout intérêt, pour la qualité de jeu de tous
    les personnages impliqués, le sien y compris, à jouer l’hésitation, le conflit et à finalement se laisser fléchir ce qu’il n’aurait pas fait s’il avait juste pensé avec l’idée de son seul perso
    en tête. Là sans même penser à toi et au fait que perdre ton perso en début de jeu ça aurait peut-être été chiant, il a choisi de partager du jeu avec son amie pour vivre quelque chose de plus
    intéressant et avec un dénouement plus heureux. C’est peut-être pas comme ça qu’il faut le comprendre, mais pour moi dès lors qu’on n’est pas égoïste en jeu c’est qu’on méta-joue un peu, même
    inconsciemment.

  23. pour le coup je trouve ça difficile à dire. comme dit moz, on est pas dans sa tête.

    il l’a sans doute fait pour un tas de raisons (en jeu, hors jeu) en prenant en considération des choses qui nous échappe (et surtout sans y reflechir autant que nous)

     

    Dire que dès qu’un personnage n’est pas égoiste c’est qu’il métajoue ça voudrait dire que les gens sont naturellement égoistes dans la vraie vie ?

  24. Disons que je fus aussi cordial qu’un « c’est faux » péremptoire et peut-être pas tout à fait informé, mais continuons sereinement. Je voulais néanmoins saluer l’intelligence du scénariste qui,
    selon moi, a mis en scène cette intrigue avec finesse, pour apporter du jeu en évitant que les personnages concernés aient à faire appel trop directement à des considérations hors-jeu. Est-ce que
    mon côté méta-joueur s’est réjoui de ne pas tuer l’autre personnage en début de jeu ? Certainement. Est-ce que j’ai eu l’impression que ma décision finale et toutes les tergiversations y menant
    ont été dictées par le désir de ne pas priver trop tôt le joueur de son personnage ? A aucun moment. C’était juste un exemple de ce qu’on peut faire. Maintenant sur ce même GN, j’ai aussi joué
    pas mal avec une copine qui s’ennuyait visiblement, alors que je n’avais pas d’autre raison que le fait, justement, qu’elle s’ennuyait. Loin de moi l’idée de bannir systématiquement le méta-jeu,
    lequel peut même être vecteur de choses très fortes que n’ont même pas imaginé les orgas. Mais, je me répète, attention à l’aspect systématique et intrusif de celui-ci.

  25. Le point sur lequel je suis d’accords, c’est qu’on fait tous du meta-jeu, tout simplement parcequ’on ne peut jamais se détacher complétement de qui on est et que même inconsciement on interprete
    forcement tout ce qu’on voit/entend sur un GN.

    Mais quels sont les raisons qui poussent à faire du méta-jeux? Vouloir « améliorer » le jeu? Est-ce logique qu’un joueur qui n’a qu’une vue parcelaire d’un jeu puisse penser qu’il peut l’améliorer
    en se basant sur sa seule expérience?

    Mine de rien le débat sur le méta jeu rejoint vachement celui sur le freeplay et si je reconnais qu’on fait tous l’un et l’autre à divers niveau, je pense que ce n’est pas forcément une bonne
    chose. (l’enfer est pavé de bonnes intentions, tout ça, tout ça)

  26. Moz : « J’estime que cette consigne, une fois intégrée au même titre que le reste du personnage, permet aux joueurs de justement ne plus avoir, durant le jeu, à se poser des questions de méta-jeu.
    C’est dirigiste mais il faut bien saisir qu’il y a vait beaucoup de grands débutants sur ce jeu. »

     

    Et j’en étais un, c’était mon premier GN (ormis quelques murders), du coup, la consigne m’a bien aidée 😉

    Mais du coup, en quoi est-ce différent de préciser avant le jeu, ou en consigne dans la fiche perso d’un tueur : « ne te préocupe pas de scrupule que tu pourrais avoir, élimine ta cible dès que tu
    en as l’occasion », justement pour que ce soit intégré avant jeu et que la question meta-jeu « ouais, mais si je le tue maintenant, je vais pourrir son jeu » ne se pose pas une fois le jeu commencé.

    J’ai eu deux rôles comme ça sur deux de mes premiers GN, j’aurai bien aimé avoir cette consigne, parce que je n’ai pas osé tuer les personnes en question, ce qui a été fort dommage après coup.

  27. @Thanos : je pense avoir répondu plus haut. Une consigne dans la fiche de personnage, ça devient une partie de la préparation du jeu côté joueur (pour peu que préparation il y ait) tout comme les
    règles, les objectifs du perso, son caractère, le trombi, etc. Selon moi, ça permet au joueur d’arriver sur le jeu avec, selon le cas, la résolution de buter son adversaire de façon rapide ou
    avec des raisons de le faire plutôt en fin de jeu. En l’absence de ça, c’est un peu comme si tu n’avais lu ton personnage que partiellement et que tu te demandais en jeu « tiens, au fait, est-ce
    que mon personnage respecte la parole donnée ? Ou est-ce qu’il aime toujours sa femme ? »

  28. olivier_Espigoule

    Une partie importante du méta-jeu me semble occultée dans cet article, celle que je préfére : le méta-jeu « clin d’oeil ».

    Dans ma pratique du GN, je tente de cultiver une exclusion systématique du hors jeu et le méta jeu permet parfois d’assurer des soupapes dans la concentration que demande l’interprétation du
    perso mais aussi d’être dans la convivialité avec les autres joueurs en faisant référence à des expériences communes au travers de leurs personnage.

    Raoul et Serge sont les meilleurs amis du monde mais dans ce GN où Raoul joue un forgeron, leurs personnages ont épuisé les 3 ragots donnés dans leurs background et n’ont pas de raison d’aller
    plus loin dans leur relation. Cela n’empéche pas à Serge de supposer que le personnage de Raoul est marié et que le regard qu’il vient de laisser trainer sur la courte jupe de Galathae serait mal
    vécu par Marion, restée au foyer. La reflexion qu’il va faire à Raoul sur sa femme probablement restée au foyer est du méta-jeu qui va peut être aider Raoul à construire des pans de son
    personnage, au fil du jeu, conformément ou en réaction à son vécu personnel.

  29. Je n’ai pas eu le courage de lire tous les commentaires, je voudrais juste partager ma vision en tant que joueur, pnj puis plus récemment orga-scénariste.

    En tant que joueur, je n’ai jamais vraiment pensé au meta-jeu en tant que tel parce que je l’intègre de manière intuitive. Je sais que si un tel personnage se fait tuer, il y a un risque pour que le joueur soit déçu de n’avoir pas pu interpréter sont personnage plus longtemps. Une expérience personnelle a fait que j’ai été exécutée au nom d’un dieu pour trahison mais je suis restée « en jeu » en tant qu’esprit, à parler aux autres joueurs car les règles le permettaient.

    En tant que pnj, je tâche toujours d’offrir des raisons aux joueurs de se réjouir d’être là et pour cela, je me sers beaucoup du méta-jeu grâce à ma connaissance du scénario. Un exemple d’un GN où je jouais zombie, entendre les exclamations de peur des joueurs quand tu leur jettes un bébé mort-né dessus, ça n’a pas de prix. Dans le même GN, plus tard, j’étais pnj et je devais guider des joueurs. Je me suis fait tuer par des joueurs pour une raison absolument pas valable mais je ne les en ai pas empêchés. Ont-ils pensé au méta-jeu et au fait que les joueurs que je devais guider seraient perdus? Peut-être, mais cela arrangeais leurs affaires de me faire disparaitre, ils ont pensé à leur jeu avant celui des autres. Globalement, quand je joue pnj, je vais plutôt aller dans le sens du joueur mais tout de même opposer du défi. Autre exemple, j’étais liche et dans la matinée, j’ai pris un joueur pour servir d’offrande à un dieu, le vidant presque entièrement de son sang avant de le renvoyer dans son camps au seuil de la mort. Plus tard, lors d’une bataille, je l’ai retrouvé face à moi et je l’ai volontairement épargné, ne m’en prenant qu’à ses camarades pour le récompenser de son « sacrifice » qui en l’occurrence avait été volontaire.

    Enfin, en tant qu’orga, j’ai vécu la situation qu’on déteste tous. Quand on écrit un scénario, on fait de son mieux pour pointer les joueurs dans la bonne direction mais qui peut réellement prévoir s’ils la suivront? Suite à des actions spontanées des joueurs et de plus réalisées dans un intervalle très court, nous nous sommes retrouvés avec une région dévastée par les flammes et quasi déserte à la fin de la journée… Bon, du coup, nous avons profité d’une grande soirée où tout le monde s’est mis dans la peau des survivants et du coup, l’ambiance était très festive tout en restant roleplay. Mais voilà, frustration de n’avoir pas pu sortir et mettre en jeu ce qui était pourtant au coeur du scénario… Mais aucun déception du côté des joueurs, donc mission accomplie.

    Ce dernier exemple illustre une ignorance totale du méta jeu. Nos joueurs ne se sont pas dit « ils ont peut-être prévu de le faire venir, ce fameux truc dont tout le monde parle » et essayé de l’obtenir. Au lieu de cela, ils ont joué la carte de se mettre à l’abri en attaquant les premiers, ce qui bien que logique les as tous privés d’une partie du jeu. Malgré ce bilan mitigé côté orga, le jeu fut un succès à de nombreux niveaux.

    Tout ça pour dire que le meta-jeu c’est bien mais pas indispensable pour s’amuser. C’est un équilibre assez fragile car je pense qu’à un moment donné, si on n’a pas reçu une information formelle d’un orga ou d’un pnj, dans quelle mesure peut-on estimer que notre personnage sait ce qui l’attend? Le joueur s’en doute mais son personnage? Peut-être pas, du coup, le roleplay le plus logique va à l’encontre du meta-jeu.

  30. Pkusieurs remarques à la lecture de cet article et de ses commentaires, afin d’apporter ma pierre à un intéressant débat :

    Tout d’abord une expérience de méta-jeu, sur un Gn où on devait encadrer d’autres joueurs. Vu comme ils nous rendaient la vie infernale, la logique RP voulait qu’on les enferme de 20h à 8h chacun dans son dortoir (nous en avions les moyens), quitte à frustrer les joueurs. Le premier réflexe a été simplement d’en parler aux zorgs, qui nous ont dit « pas de souci, on assume, les joueurs savent à quoi ils se sont engagés ».

    Par ailleurs il me semble que ce débat se résume tout de même à « méta-jeu vs immersion ». Quand tu dois tordre la logique de ton perso pour que « le GN se passe bien pour tous », effectivement tu n’es à mon sens plus joueur mais PNJ. Après, pourquoi pas un GN « tous PNJ » ? Il semble que ce soit de plus en plus à la mode… 😉

    Enfin, il me semble avant tout que c’est de la responsabilité des orgas, justement, de fixer clairement le cadre de leur GN. Ils en sont les créateurs, et les maîtres absolus (jusqu’au démarrage de celui-ci, après c’est une autre histoire), aussi ils ont tous les moyens pour s’assurer en amont, et notamment en termes de scénar, de logistique et de backs, qu’il n’y ait pas besoin de méta-jeu, ou en tous cas le moins possible, de la part des PJs. Si tant est que les orgas aient envie d’aller dans ce sens… Par exemple l’histoire de l’autel me fait bondir, car c’est, je trouve, de la totale responsabilité des orgas d’avoir pu laisser cette situation arriver et aucunement de celle du PJ: lui n’a fait que jouer correctement son perso !

    Bref, à mon sens cela reste une histoire de responsabilité : aux orgas de fixer clairement et sans ambiguité le cadre plus ou moins « méta-jeu » de leur GN (et, dans l’optique d’un GN « sans méta-jeu », i.e sans que les joueurs soient forcés de fausser leur RP, de s’assurer en amont d’avoir prévu les garde-fous adéquats, par exemple pour l’autel une « protection »), et aux joueurs de lire ce cadre et de l’accepter sans arrière-pensée…

  31. Merci de déterrer ce débat passionnant 🙂
    En fait, il me semble que le méta-jeu est un concept assez flou.
    Des interactions entre joueurs (et non entre personnages) peuvent très bien relever du jeu (et non du méta-jeu). C’est le cas par exemple d’un combat à l’épée dans un med-bour classique, où ce sont les compétences des joueurs qui déterminent l’issue du combat.
    Ensuite, tout en étant pleinement immergé dans le jeu, on peut très bien jouer son personnage en ayant en permanence conscience de son histoire et des opportunités dramatiques qu’elle présente.
    Enfin, il semble assez évident que tous les participants (joueurs y compris) sont responsables du plaisir des autres participants du GN. Cela fait partie du contrat implicite que chacun passe avec les autres lorsqu’il joue.

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