Critique de GN : Lindangen

Publié le jeudi 2 juin 2016 dans Critiques de GN

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Lindangen est un GN suédois traitant de harcèlement entre lycéens dans un pensionnat strict. Cet article constitue un bref retour sur la session internationale qui s’est déroulée récemment.

Le GN regroupait 40 joueurs pendant quatre jours, dont un jour d’ateliers et trois jours de jeu sans interruption (le tout se terminant par un debrief structuré et une soirée). Les personnages étaient les élèves des trois classes du lycée : juniors, sophomores et seniors (respectivement élèves de seconde, première et terminale). Quelques joueurs interprétaient des professeurs.

1 - Uniformes

Les personnages fournis par les organisateurs aux joueurs faisaient moins d’une page chacun et apparaissaient sur le site web du GN de manière totalement transparente. Les joueurs étaient invités à les développer de manière collaborative avant le GN. Une source d’inspiration évidente était l’adolescence de chacun.

Les ateliers permettaient aux joueurs d’établir les habitudes et règlements du pensionnat (repas, punitions, etc.). Les joueurs affinaient aussi leurs personnages et les relations les unissant. Les ateliers se terminaient par trois scènes d’introduction correspondant aux rituels de bizutage des trois classes lors de leur arrivée en junior. Le lendemain matin, les participants débutaient en jeu au réveil.

Étant donné le caractère difficile du GN, la plupart des règles du jeu se concentraient sur la sécurité psychologique, avec notamment des safewords et un espace hors-jeu. Le reste concernait l’ars amandi, les ombres et l’égalité entre les sexes en jeu. Toute scène de viol était explicitement interdite.

2 - Elèves

Le GN se déroulait pendant trois journées ordinaires du pensionnat. Les personnages suivaient des cours (façonnés pour créer gêne et conflits), faisaient leurs devoirs, se soumettaient à diverses inspections et obligations traditionnelles de leur classe ou dortoir. Une soirée était même programmée à l’occasion de l’arrivée du printemps.

Tout ceci était l’occasion pour les pensionnaires de s’opprimer, physiquement mais surtout psychologiquement, dans une logique de compétition sociale (les personnages d’une classe se classaient par statut/popularité) ou de conformisme hiérarchisé (les traditions poussaient les seniors à obliger les sophomores à maltraiter les juniors).

La pression psychologique était essentiellement fondée sur l’humiliation et l’intimidation, avec comme interdiction de la part des organisateurs de cibler l’apparence réelle du joueur concerné. Ce type d’interaction nécessite évidemment une forte confiance entre participants (bâtie lors des ateliers) et l’utilisation consciencieuse des safewords (abondamment utilisés pendant le GN). Il était également très clairement établi qu’endurer un traitement plus extrême en jeu ne faisait pas de quelqu’un un joueur meilleur que les autres (pas de « compétition du hardcore »).

3 - Classe

Un réseau social dédié (appelé Clamor et initialement utilisé pour les GN « College of Wizardry ») était à la disposition des personnages pendant le GN. Fonctionnant comme Facebook et consorts, il encourageait un comportement typique d’adolescent moderne (selfies à répétition, téléphone vissé à la main, messages à base de memes…).

Clamor était aussi un outil au service du thème du jeu, avec son lot de rumeurs, de friend/unfriend, et surtout de harcèlement par message interposé. Les joueurs étaient encouragés à inviter leurs amis ne participant pas au GN à s’inscrire sur Clamor pour y interpréter des PNJ en relation avec les personnages.

Tout ceci fait de Lindangen une expérience assez extrême, très loin des GN scolaires que j’ai pu voir jusqu’ici, et rendue possible par des mesures de sécurité adaptées.

Auteures et organisatrices : Mimmi Lundkvist, Alma Elofsson
Site web : https://lindangenlarp.wordpress.com
Photographe : Siri Sandquist

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J'adore le GN, et m'efforce de participer à son évolution en diffusant le plus largement possible les bonnes idées glanées ici ou là. En dehors de ça, ma vie est une joyeuse balade entre terrains de volley et mosh-pits !
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4 réactions à Critique de GN : Lindangen

  1. Wahou, merci pour le retour. C’est extrêmement intéressant (tant le thème que les moyens mis en place, l’idée du réseau social où des non-participants deviennent pnjs est top) bien que hardcore.

    Comment s’est passé le débriefing ?

  2. Le débriefing se faisait par petits groupes pour en réduire la durée (entre 1h et 2h de mémoire), et favoriser l’écoute et la prise de parole de chacun.
    Il était scripté par les organisateurs. Chacun répondait à tour de rôle à une dizaine de questions.
    Quelques unes des questions, de mémoire : une expérience forte du GN racontée à la 3e personne, comment on se sent et de quoi on a besoin, etc. Et une question finale sur si on pense que ce qu’on a vécu comme scènes pourrait arriver dans la réalité.

  3. Est-ce que les participants ont expliqué les raisons de leur inscription à ce jeu? Curiosité? Envie d’explorer des sentiments désagréables et des actes répréhensibles dans un environnement sûr? Nostalgie de l’adolescence? Autopsychothérapie gonzo?

  4. La plupart des participants sont là pour a) créer et vivre des histoires dramatiquement fortes et b) apprendre des choses sur eux-mêmes en se plaçant dans des situations émotionnellement intenses. C’est mon cas, par exemple, et c’est d’ailleurs ce qui m’attire dans nombre de GN « nordiques » (comme JALL ou MATB, pour ne citer que deux exemples classiques).

    Certains peuvent également souhaiter mieux comprendre le phénomène de « bullying » (en le vivant de l’intérieur) pour pouvoir lutter contre. On retrouve une dimension politique/sociétale commune à nombreux GN « nordiques ». Mais il n’est absolument pas nécessaire de suivre cette démarche pour apprécier ces GN.

    Personnellement, je ne cherchais pas particulièrement à comprendre ou dénoncer le « bullying », mais j’ai trouvé intéressant de me pencher sur les certains aspects de l’adolescence moderne (téléphones, réseaux sociaux, musique, fringues…). C’était toutefois complètement secondaire par rapport à l’aspect drame/émotion/connaissance de soi.

    Enfin, un des participants (que je ne nommerai pas) a évoqué la volonté d’affronter un passé de « bullying » en le revivant, mais je pense que c’est un cas isolé.

    Pour ce qui est de la nostalgie de l’adolescence, ça m’étonnerait, vu que ce sont les pires aspects qui sont explorés dans ce GN.

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