Critique – Les feux de l’Agora

Publié le jeudi 20 février 2014 dans Critiques de GN,Slide

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Cet été, entre un jeu scandinave qui peut légitimement s’affirmer comme le GN le plus gay de l’année et un ovni franco-helvétique hip-hop kung fu samourasta, j’ai eu la chance de participer à un GN Grèce antique.

Avant d’en parler plus avant, je tiens à préciser que la présente critique m’a été demandée par Electro-GN, mais que je suis un membre, et non des moindres, de l’association qui a organisé ce jeu. Je vais m’efforcer d’être objectif mais il me parait nécessaire de préciser ce point avant de passer à la suite.

« Les feux de l’Agora » est donc un GN Grèce antique. Sans parler d’une innovation foudroyante, d’autant plus que dans ce domaine le jeu hip-hop susmentionné place la barre relativement haut, ce GN proposait quelque chose de neuf. Il faut bien reconnaître que les opportunités de faire un jeu « huile et jupette » sont quasiment inexistantes sur la scène française. Pour autant, surfer sur un thème inusité ne garantit pas la qualité. C’est heureux d’ailleurs, ça nous épargne un florilège de jeux « Bottin de New-York », « Chapi-Chapo » et autres « Horaires d’été de la sncf ». Innovation, donc, pour ce GN Grèce antique, mais innovation réussie.

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Les Feux de l’Agora s’inscrit clairement dans la mouvance romanesque à la française. On va donc y trouver pêle-mêle : de longues backstories romancées et une haute exigence en termes de décors, costumes et accessoires. On cherche visiblement l’immersion, autant dans le personnage que dans l’univers. On trouve aussi des twists, des trahisons, des relations complexes, de la romance, des personnages rattrapés par leur passé, bref, tout ce qui va générer une histoire originale et dense. D’aucuns diront « surchargée » mais c’est affaire de goûts.

Commençons par le commencement. Quelques mois avant le jeu débute la phase de communication. Les organisateurs ne lésinent pas. Des efforts sont faits pour permettre au joueur de disposer des informations, trucs, astuces et tutoriels divers dont il a besoin. Un site Internet est créé, où chacun peut trouver des tuyaux pour la confection de ses costumes ou la fabrication de ses équipements. On y trouve des aides de jeu sur la Grèce antique, un forum où on peut communiquer avec les organisateurs, et bien sûr les informations techniques les plus pratiques. En d’autres termes c’est plutôt bien fait et utile.

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Toujours en matière de communication, le message est clair : Les Feux de l’Agora sera un jeu où l’accent sera mis sur les intrigues, les relations entre personnages et la politique. L’action sera aussi au rendez-vous mais restera un élément secondaire. Inutile ? Pas sûr. Un jeu dont le contexte est défini par des phrases clefs telles que «  Le royaume de Morphos est en proie à une terrible malédiction. » ou « Après la victoire du Seigneur Arkun sur les hordes démoniaques de Putridos, la paix est enfin revenue sur la bourgade de Troudbal les Oies. » affiche clairement la couleur : ça va bastonner sévère, il y aura de l’hypocras et une porte du chaos à fermer. En revanche « En -380, la petite cité Corinthienne d’Isthmos accueille les prochains jeux grecs. » c’est carrément moins lisible. Notamment parce que, encore une fois, la Grèce antique, on n’a pas trop l’habitude. Les orgas ont donc jugé, à raison, qu’il était nécessaire de préciser aux futurs joueurs, à l’état de prospects, quelle serait la nature de ce GN. Ils l’ont fait et l’ont très bien fait. On comprend tout de suite qu’on va avoir droit à un jeu nettement plus romanesque qu’action et que ce sera le règne de la romance contrariée, le grand bazar des intrigues tous azimuts, la foire de la coïcidence et le festival du bébé volé. On aime ou on n’aime pas, ce n’est pas le débat. Ce qui compte, c’est qu’on est prévenu.

Vient ensuite la phase de préparation. Premier constat : on est bien encadré. Les orgas savent se rendre disponibles et répondent aux questions dans des délais courts. On met à notre disposition une page Facebook dédiée au groupe de personnages auquel on va appartenir, c’est vraiment bien.

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Second constat : il y a un sacré niveau d’exigence en termes de costumes et d’accessoires. À tel point que ça grince un peu des dents par-ci par-là. Les orgas placent la barre très haut et attendent des joueurs qu’ils en fassent autant. Considérant le fait que la Grèce antique est un contexte nouveau pour tout le monde et qu’il est nécessaire de se constituer intégralement une garde-robe, de telles attentes de qualité ont tendance à coûter un œil. Force m’est pourtant de constater que le succès est au rendez-vous. Les photos post-GN sont là pour démontrer que l’intransigeance à porté ses fruits. Mais je brûle les étapes. Je parlerais plus loin du résultat visuel de ce jeu.

Un mail individuel permet très tôt à chaque joueur de se faire une idée du rôle qu’il va interpréter et de l’équipement à préparer. Les fiches de personnage finales arrivent, quant à elles, un mois avant le GN, précédées de plusieurs aides de jeu.

La backstory du personnage est conforme à ce qu’on peut imaginer : raisonnablement bien écrite, romancée, plutôt longue (environ vingt pages), pleine de passages intrigants et truffées d’intrigues diverses qui laissent supposer des résolutions à venir. Le personnage est attachant, je comprends sans peine sa psychologie, ses attentes et sa nature. Ce n’est pas la fiche la plus percutante que j’ai lu de ma vie mais c’est tout à fait efficace et largement suffisant pour entrer dans le rôle. Bref le casting est bien fait, le personnage est clair, l’immersion va fonctionner.

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Arrive le jeu. Accueil très bien géré par une équipe de pnj au taquet. On monte la tente et on va jeter un œil sur le site. C’est splendide ! Les organisateurs ont mis le paquet, les décors sont somptueux : des colonnes grecques, une piscine transformée en bassin de Poséidon, un marché constitué d’une quinzaine d’étals, un tente en jeu toute équipée pour chaque groupe de personnages, des temples, une bibliothèque, etc. Je ne suis pas sûr d’avoir tout vu.

C’est ensuite le début du jeu. On constate alors que les joueurs ont été entraînés dans le délire qualitatif des organisateurs et se sont lâchés tout autant. Les costumes sont magnifiques. Robes, chitons et armures ravissent le regard, où qu’il se pose.

Je passe sans m’arrêter sur la partie briefings. C’est géré correctement, il n’y a rien de particulier à en dire. Le jeu commence presque à l’heure, ce qui est pratiquement un exploit compte tenu de la dimension logistique carrément ambitieuse.

Il est difficile de s’étendre sur le scénario sans tomber dans le spoil. Je vais donc devoir rester sobre. C’est conforme à ce que la communication laissait entendre. Les personnages se lancent dans un vaste ballet d’intrigues politiques, de romances et de trahisons. Les révélations vont bon train, les bébés volés sont retrouvés, les faux frères sont dévoilés, le tout dans une ambiance particulièrement agréable et saine. Le soleil omniprésent y est-il pour quelque chose ? Il est vrai que tout prend une couleur plus éclatante dans le sud de la France. Je crois toutefois que la qualité des personnages y est pour beaucoup. Les joueurs se réjouissent du beau temps, certes, mais aussi du fun que leur procure le jeu. Le déroulement est d’ailleurs ponctué d’événements ni trop anecdotiques ni trop envahissants : les jeux, procès, visites des gardes, etc.

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Le tournoi de pancras, notamment, a permis aux dames de se rincer l’œil devant des affrontements virils de corps masculins huilés et en jupette. Ça nous change. Pour une fois que ce sont les garçons qui se donnent en spectacle.

Bref, ça se passe vraiment bien et dans une bonne ambiance. C’est prenant, le contenu est riche et l’univers est très immersif, on se croirait en Grèce.

Pour conclure je dirais qu’il s’agit d’une très belle réussite. Si vous aimez le GN romanesque, la logistique qui déchire, les intrigues à gogo, dans une ambiance globalement festive, ce jeu est fait pour vous.

Les points forts : les décors somptueux, les intrigues très chargées des personnages, le côté jovial, la générosité des organisateurs et des pnj.

Les points faibles : les intrigues très chargées des personnages (ben oui, c’est une question de goût), l’organisation de l’espace auberge (qui sera mis d’aplomb pour la réédition).

Crédits photos : Renaud Chaput

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Pascal MEUNIER

Pascal MEUNIER

Pascal est rôliste depuis 1982 et GNiste depuis 1987. Il a fondé quelques associations et organisé une véritable horde de GNs dans différents contextes. D’abord membre fondateur de Rajr, illustre association rhodanienne de GN, il intègre en 1998 l'association Wargs, une autre illustre rhodanienne, et en devient président à partir de 1999. Il écrit encore de nombreux GNs, dont les plus fameux sont sans doute Histoire de Fantômes Chinois et Jedi Knight. Parallèlement à son activité associative, il crée en 2004 événement Grandeur Nature, une société d’événementiel proposant du jeu de rôle en grandeur nature pour entreprises et collectivité. Il organise à ce titre divers huis-clos, rallyes scénarisés et murder parties, avec soit une vocation team building, soit une vocation culturelle. Avec quelques potes motivés, il fonde en 2011 le portail www.murder-party.org, un vaste site de mise en commun de connaissances et de discussions autour du huis clos et autres petits GNs, qui offre aujourd’hui la scénariothèque de GN francophone la plus fournie.

5 réactions à Critique – Les feux de l’Agora

  1. -message supprimé à la demande de son auteur.- Les commentaires qui suivent et qui lui répondent risquent donc de manquer de sens.

  2. Il y a les mêmes clivages au Danemark qu’en France entre medbourristes et intellos, et comme ici des gens qui ont du recul par rapport à tout ça.

    Pour revenir au jeu, auquel j’ai participé : j’ai passé un bon moment. L’identité du jeu est assez forte, avec un vrai dépaysement, et les orgas sont très impliqués pour fournir un cadre de jeu de qualité.

  3. Quand on croit et qu’on aime ce que l’on fait, il faut savoir ignorer ou accepter la caricature.

  4. L’intolérant c’est plutôt celui qui condamne l’auteur sans le moindre recul et sans aucune conscience des pratiques des autres géhenistes, en les rangeant de façon automatique dans une case « bobo » manifestement méprisante.
    Pascal ne critique absolument pas le GN action, il explique juste que le thème ici est clairement annoncé comme n’étant pas spécialement axé action.
    En tout cas, moi je le joue cet été et j’ai hâte d’y être. Tout comme j’ai hâte d’être à un certain nombre de GN action d’ailleurs, n’en déplaise aux rageux de service 😛
    En l’occurence, la plupart des Gehenistes attirés par le GN romantique ont déjà testé le GN action med-fan, qu’ils en soient revenu ou qu’ils y soient retourné.
    Ceux qui traitent avec mépris les amateurs de GN romantique les traitant de « bobos », je ne les ai jamais vu tester autre chose que leur GN action, donc c’est plutôt eux qui « restent entre-eux », pour le coup.
    C’est bon, on peut passer à autre chose ?

  5. François,

    Je comprends ta réaction, étant moi-même un ardent combattant du dénigrement des GN action. Il se trouve toutefois que tu fais fausse route en l’occurrence. J’ai écrit et organisé des dizaines de GN action et je suis plus que fan des fermetures de porte du chaos, des vidages de choppes d’hypocras et des grandes batailles épiques. Mon commentaire vise à placer l’ambiance de ce GN grec et à préciser ce qu’il n’est pas. Il n’y a aucun dénigrement des GN action à y voir.

    Le GN action et le GN romanesque ont leurs petits travers, leurs clichés qui finissent par faire sourire. On a la porte du chaos d’un coté et les bébés volés de l’autre. J’évoque les deux, mais sans aucune méchanceté, sans militantisme et sans mépris.

    Pascal.

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