Compte rendu : A week in Norway

Publié le lundi 27 mai 2013 dans Actualités du GN,Slide

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GN, fêtes et rituels : une semaine à Oslo – ou comment se préparer au Knutepunkt

L’annuelle conférence nordique Knutepunkt (et ses variantes orthographiques – pour des précisions voir l’article de l’année dernière) est précédée de quelques jours dans la ville la plus proche du lieu de la conv’, qui s’avère en général être la capitale du pays. Le but des “weeks in” (label déposé depuis 2003, avec la “week in Denmark”) est avant tout d’être un événement social qui permet de rencontrer du monde en amont de la convention, afin de ne pas être directement propulsé au milieu d’une foule de 300 GNistes plus ou moins inconnu.e.s. Un temps d’acclimatation saupoudré de tourisme, d’ateliers et de jeux, avec une dose de culture locale.

Cette année, il s’agissait donc d’une “week in Oslo”, du lundi matin jusqu’au mercredi soir, Knutepunkt commençant le jeudi.

Dès mon arrivée le samedi soir, avant le début du programme officiel, j’ai été plongée dans les discussions sur le GN : nocturne avec l’ami norvégien qui m’hébergeait, puis tout le dimanche avec trois allemands.

Le lundi matin, les participants de la week in se sont retrouvés dans une petite maison jaune, un lieu à disposition de la communauté jusqu’au mercredi soir.

 gn maison jaune

C’est une maison jaune…

Le programme

Il consistait principalement en des jeux créés dans les trois jours précédents, par les particpant.e.s de la Larp Exchange Academy. Ce projet réunissait 40 jeunes de 6 pays différents : Norvège, Suède, Danemark, République Tchèque, Biélorussie et Palestine (plus un portugais et une russe, qui ont réussi à y obtenir une place, sans doute par des moyens déloyaux). Les participant.e.s suivaient des conférences et ateliers, mais la majeure partie du temps était destinée à travailler en groupe sur un jeu, qui se devait d’être relativement court (plus ou moins 4h).

Nous avons donc pu tester le travail des sept groupes. Il faut noter que les groupes étaient formés de manière à avoir, si possible, un.e participant.e de chaque nationalité (sans personne qui ait l’anglais comme langue maternelle), ce qui donne lieu à un mélange entre des cultures (de jeux) différentes, et entre débutants complets en matière de GN et des gens déjà expérimentés. Ajoutons-y la pression de devoir créer un jeu qui serait véritablement joué trois jours plus tard. Tout cela complique singulièrement la tâche !

J’ai participé à deux de ces jeux le lundi.

Mind the gap !

Un jeu sur la différence générationnelle qui se passait dans un théâtre. Le théâtre ayant fait banqueroute, un nouveau metteur en scène et de nouveaux employés sont engagés pour tenter de redresser la barre, ce qui amène à une confrontation entre le groupe des vieux acteurs et des nouveaux arrivants (deux groupes de 5 personnages).

Précédé d’ateliers, le jeu en lui-même consistait en un travail autour d’une scène pré-scriptée, entrecoupée par les apparitions du metteur en scène qui nous donnait des indications (re-préparez la scène, mais transformez-là à la façon d’un film de guerre, par exemple). Environ au milieu du jeu, on venait nous annoncer qu’il n’était pas possible de tous nous garder et qu’il allait falloir supprimer la moitié des postes.

+ Faire jouer les vieux acteurs par les personnes les plus jeunes, et vice-versa. J’ai ainsi joué la vieille star sur le déclin.

– Un peu trop bruyant, ou sans doute l’espace était-il trop petit pour 10 personnes (2 groupes travaillant souvent en parallèle). Par ailleurs, ne pas savoir à l’avance combien de scènes nous allions travailler nous a ôté de l’énergie sur la fin.

Let’s face it !

Un jeu sur facebook et la façon dont s’entrelacent nos pratiques en ligne et notre vie hors-ligne.

Deux espaces étaient distingués en jeu :

  • Le cyberespace qui comprenait :
    • Nos “murs” facebook, représentés par de grandes feuilles de papier mises les unes à côté des autres, sur lesquelles se trouvaient notre avatar, âge, situation amoureuse… Avant le début du jeu, nous avons également écrit un statut.Quand un des orgas venait mettre une chaise sous notre mur, l’éclairage changeait, et il était temps d’aller mettre son statut à jour. La personne montait sur la chaise, et déclamait son statut ; ceux qui le souhaitait pouvaient se rassembler autour pour commenter ou s’écrier “like!”, like!”. Il arrivait que plusieurs personnes déclament un nouveau statut en même temps, auquel cas l’une des deux personnes récoltait fatalement plus d’attention.
    • L’espace central, au milieu duquel nous pouvions naviguer pour aller d’un mur à l’autre, afin de liker ou de commenter (grâce à des post-its). On y trouvait également trois petits tapis, qui représentaient des chat-rooms. On pouvait prendre une ou plusieurs personnes par la main, les y amener et avoir une conversation privée.Nous avions également la possibilité de “poker” les autres, en leur appuyant dessus avec avec le bout du doigt.
  • Le monde “matériel”, un peu à l’écart, et où se tenait la soirée annuelle de notre entreprise, au cours de laquelle serait désigné l’employé de l’année.

+ Le concept des murs facebook et les mécaniques de jeu qui allaient avec.

– Mon personnage était peu jouable (il s’agissait d’un modérateur : mais comment faire son boulot sans enlever ce qui crée du jeu ?!), et d’autres sont clairement à retravailler.

Lors du débrief, les gens semblaient d’accord pour dire que plus de liberté pour évoluer entre les différents espaces aurait été intéressant (nous passions de l’un à l’autre en fonction des changements de lumière).

Le jeu n’apportait pas vraiment de réflexion sur facebook et sur nos pratiques (alors que c’est plus ou moins ce qu’annonçait le pitch).

Le mardi, j’ai assisté au début d’un autre jeu de la Larp Exchange Academy en tant qu’observatrice : The touch of your voice, où des personnages aveugles étaient réunis dans une maison de santé. Le thème m’intéresse particulièrement, mais regarder le jeu en lui-même était trop ennuyeux, je suis donc partie peu de temps après les ateliers.

Parmi les autres jeux créés : Octopus, un jeu qui se passe dans un sous-marin, avec des personnages en quête d’un remède pour sauver la terre d’une épidémie ; un jeu avec des super-héros impliquant de la danse ; Bridge over troubled water, à propos de romance, de regards dans un bus et d’une rencontre qui n’aura jamais lieu ; enfin, un jeu sur des personnages amnésiques.

J’ai également joué un jeu plus vieux, qui a été remastérisé pour l’occasion : Limbo (le pdf est disponible). Nous sommes dans les limbes, entre la vie et la mort – tout le monde pioche une raison pour laquelle il se trouve ici avant le début du jeu. Les norvégiens ayant mis le paquet, un vieux tram a été loué à la ville et roulait à travers Oslo pendant toute la durée du jeu. Suite à un problème (de communication ?), nous n’avons eu que la moitié du tram, le jeu a donc été raccourci pour pouvoir faire jouer deux groupes, et tout le monde a trouvé dommage de ne pas avoir eu plus de temps. Malgré cela, le jeu était très agréable. Nos personnages se réveillaient dans les limbes, sans comprendre tout de suite de quoi il s’agissait. Le contrôleur venait régulièrement proposer des tickets pour différentes destinations, telles que la réincarnation, l’oubli, les portes de l’enfer, etc. Nous ne savions jamais à l’avance quelle destination serait disponible, ni combien il y aurait de tickets. On pouvait aussi échanger notre ticket avec quelqu’un d’autre – à condition d’obtenir son consentement.

 tram larp norway

Dans le tram. Photo : Johannes Axner.

L’après-midi du mardi, nous pouvions nous inititier à une grande spécialité des GNistes en Norvège : les rituels !

Il y avait donc un atelier préparatoire, au cours duquel on nous montrait quelques techniques. Par exemple, pour quelque chose d’un peu hiérarchique, la personne qui fait le discours lève le poing pendant ce discours, et quand elle souhaite que le groupe répète sa dernière phrase/son dernier mot, elle lève deux doigts ; l’effet est très bon. Pour quelque chose de plus tribal, tout le monde commençait à émettre une note, en « hum-humant », puis petit à petit, incorporait des variations, des harmonies… avec un gros groupe, effet impressionnant garanti. Enfin, nous avons fait des exercices de déplacements en petits groupes, tous serrés avec un leader -changeant- qui improvisait des mouvements.

Puis on nous a emmenés en petits groupes dans le mausolée d’un artiste, Emanuel Vygeland, pour y improviser un rituel.

larp ritual

On rentrait par une toute petite porte avant d’arriver dans une immense salle sombre (on voyait beaucoup moins que sur la photo) à l’écho extraordinaire. Un lieu vraiment impressionnant. Nous étions 4 groupes de 5-6 personnes et nous avons improvisé des sons et mouvements sur des périodes de 10 min, chacune correspondant à une des phases de la vie peinte sur les murs (naître/grandir – devenir adulte/rencontrer – donner naissance – mourir). Les groupes se mouvaient de manière organique, constituant un tout (essayant, du moins). Il est plutôt difficile d’expliquer exactement ce que nous avons fait à quelqu’un qui n’était pas là.

Le mardi soir, dans un bar, était fêtée la sortie en anglais d’un jeu de rôle sur table norvégien, Itras by, labellisé jeu de rôle surréaliste. Les auteurs portaient des costumes étranges, et l’un d’entre eux a prononcé un discours absurde. Des exemplaires étaient en vente, j’en ai acheté un mais n’ai pas encore pris le temps de me pencher dessus. Ce qui est sûr, c’est que les illustrations sont vraiment chouettes. La fête s’est ensuite déplacée, et a continué jusqu’au bout de la nuit…

Le mercredi, je n’ai pas assisté à grand-chose sur le programme – la partie festive informelle ayant pris le pas la nuit précédente -, si ce n’est aux Nordic Larp Talks, à la maison de la Littérature à Oslo. Les Nordic Larp Talks sont une série de courtes interventions sur une variété de sujets liés au GN, et ont maintenant lieu depuis 4 ans la veille du Knutepunkt.

Les interventions sont filmées et durent au maximum 10 minutes (sauf celle sur la définition de “nordic larp”, qui dure une demi-heure). Je vous encourage à regarder celles qui vous intéressent !

La présentation du projet des livres de Knutepunkt 2013 – Karete Jacobsen Meland & Katrine Øverlie Svela

Chaque année depuis 2003, un livre -parfois en plusieurs parties- sort à l’occasion de Knutepunkt. Les deux éditrices du livre (ou plutôt, des 4 livres cette année, que vous trouverez en pdf ici, mais sans la mise en forme et le livre de photos) présentent leur travail.

Que signifie “Nordic Larp” ? – Jaakko Stenros

Finalement, que signifie exactement ce label de GN nordique ? Après avoir passé en revue tout ce qui n’est pas suffisant pour faire d’un GN un “nordic larp”, Jaakko tente d’aboutir à une définition de moins de cinquante mots !

Bienvenue dans l’univers du GN ! Jouons ! – Jana Pouchlá

Comment faire pour accueillir les nouveaux joueurs de la meilleure manière possible ? Jana donne quelques conseils, tels que faire des jeux structurés, qui nécessitent peu de préparation, envisager le MJ comme un guide, inciter les joueurs à venir avec quelqu’un d’autre. Elle invite également à annoncer les GN comme des événements publics, et donc de communiquer avec les médias.

Trois façon de faire des jeux plus inclusifs – Lars Nerback

Comment faire en sorte, quand vous concevez un GN, que vos différents groupes de joueurs se sentent inclus ? Lars propose trois “règles” :

1 – Éviter de donner beaucoup de matériel à lire pour la préparation du jeu, pour éviter de creuser les différences entre personnes qui ont des facilités de mémorisation et celles qui ont des difficultés.

2 – Créer des rôles neutres du point de vue du genre (que l’on puisse indiféremment attribuer à un homme ou une femme).

3 – “Des oreilles d’elfes pour tout le monde !”. Exemple d’un GN pour enfants, des oreilles d’elfes avaient été commandées, toutes de couleur blanche. Ce qui, bien sûr, pose problème quand certains enfants ont une autre couleur de peau.

Enfin, si vous concevez un jeu qui exclue une catégorie de personne, faites-le par choix, pas par manque de réflexion.

La table de mixage du GN – Martin Eckhoff Andresen

La table de mixage est un outil pour concevoir des GN et pour communiquer sur vos intentions. Vous pouvez lire l’article qui explique son fonctionnement -en français.

Aucun entraînement ne peut remplacer l’expérience, ou est-ce possible ? – Stephan Deutsch

Stefan parle d’un GN conçu pour des bénévoles qui vont partir en mission via des ONG dans des pays “en développement”, comme outil de préparation.

Le bleed : comment nos émotions affectent nos expériences en GN – Sarah Lynne Bowman

Une explication du phénomène du bleed, de son effet sur les joueurs et les communautés, et un encouragement à plus de discussions autour du contenu émotionnel des jeux de rôle.

Comment pouvons-nous vraiment savoir ce qui s’est passé durant un GN ? – Annika Waern

Comment, quand on fait de la recherche et qu’on souhaite faire un travail d’historienne sur un GN, peut-on reconstituer ce qui s’est passé ? Annika donne des conseils simples et pratiques, tels que : jouer ; parler avec les joueurs et les organisateurs ; essayer de dépasser le mensonge post-GN, c’est à dire la reconstruction a posteriori d’une histoire : pour cela, relever des événements clés en jeu et revenir dessus lors des entretiens avec les joueurs ; collecter tous les médias possibles, la communication pré et post jeu.

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Leïla TETEAU-SUREL

Leïla TETEAU-SUREL

Curieuse de tout, mais avec un goût plus prononcé pour l'expérimental et le contemporain, Leïla est membre active de l’association eXpérience. Elle joue en France et ailleurs et partage le reste de son temps entre l'organisation de jeux et d'événements liés au GN et la traduction et l'écriture d'articles et de jeux.

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