Un GN zombie en milieu scolaire…

Publié le vendredi 10 mai 2013 dans Critiques de GN

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Alerte à Racan City est un jeu qui s’est déroulé le 16 mars dernier au lycée Racan de Château du Loir en Sarthe. Je voudrais vous en proposer une critique bien que je ne sois pas du tout objectif pour vous en parler. En effet, j’ai apporté mon aide à l’organisation et je suis président de l’association GNiarc, qui a animé ce GN. Cependant, je crois que ce projet mérite d’être partagé pour vous faire profiter de cette expérience.

Le contexte

Notre association est assez récente (2011), mais ses membres et sympathisants ont baroudé depuis 13 ans au sein de La Geste des Dragons. Nous avons choisi de réaliser un GN de découverte par an pour promouvoir notre activité et pour développer la communauté des joueurs en Sarthe. À chaque fois, nous essayons de créer un jeu sur mesure pour une vingtaine de joueurs. Les jeux de ce type sont plutôt simples et orientés sur l’action et l’ambiance.

Alerte à Racan City a été organisé par David (celui qui porte le vrai bébé sur la photo !). Il a déjà une solide expérience des GN d’ambiance horreur psychologique, voire gore. Ce sont plutôt des formats courts : 1 à 6 heures de jeu. L’ambiance zombie est un de ses thèmes favoris, mais il n’avait jamais eu l’occasion de l’exploiter en GN. Jeune papa depuis septembre, il savait qu’il n’aurait pas le temps d’être scénariste sur un gros GN cette année.

Il y a quelques années, nous avons eu l’occasion d’organiser des jeux pour la ludothèque de Château du Loir. Il avait alors été question de renouveler l’expérience auprès des élèves du lycée Racan. Heureusement pour nous, l’établissement est infiltré par l’un de nos agents : Chrystelle, une joueuse et également prof qui a déjà participé à plusieurs de nos projets. Je reviendrai plus tard sur son implication dans le domaine du GN. C’est sans aucun doute à elle que nous devons notre crédibilité vis-à-vis de la direction du lycée, car ce n’était pas gagné d’avance !

La genèse
Tout d’abord, il peut être utile de parler des précédents projets que nous avions créé pour la ludothèque de Château du Loir. À l’occasion d’un événement littéraire (c’est en fait une médiathèque), nous avions été consultés pour créer une animation autour du thème « héroic fantasy ». Nous avons alors proposé de construire un jeu d’action sur une durée de 4h, « La Prophétie de Kaandor ». Les ingrédients d’un GN med fan étaient réunis : le roi Kaandor dont la succession est incertaine, une énigme basée sur une prophétie, 4 groupes typés avec des traîtres infiltrés, des monstres qui sortent d’un portail maléfique…

Une autre partie de cet événement littéraire portait sur les romans noirs. Nous avons alors sauté sur l’occasion d’exploiter le vieux cinéma rétro pour proposer un second jeu : « Liquidation chez Baumeister ». Il s’agissait d’un jeu d’ambiance sur 4h également, dont le contexte se situait dans une vente aux enchères douteuse parmi les mafieux new-yorkais vers 1950. Ce jeu s’adressait aux adultes et fut également un succès, mais je n’en dirais pas plus, car il pourrait être retravaillé pour des joueurs confirmés. Il est tout de même possible de transmettre les documents si vous souhaitez reprendre les idées pour les organiser par chez vous.

Bref, fort de cette expérience, Chrystelle nous a proposé d’intervenir dans son lycée auprès de certains élèves de première et de terminale. Depuis quelques années, il existe au sein du lycée une sorte de club de huis clos. Régulièrement, certains élèves organisent des jeux pour leurs camarades et parfois même, ils les écrivent ! Le terreau est donc assez fertile pour un projet « spécial ».

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En découvrant le site du lycée Racan, le thème plutôt glauque des zombies vient facilement à l’esprit. C’est un établissement ancien dont les longs couloirs et les éclairages ne sont pas sans rappeler un centre psychiatrique. Il n’en fallait pas plus à David pour faire vivre un épisode de Resident Evil à des ados. Là encore, les références sont connues chez ces jeunes et cela facilitera la mise en ambiance. Le thème s’est imposé en partie pour ces raisons, mais surtout parce que nous envisageons le public ado comme des amateurs de jeux d’action. Étant donné le site de jeu, il fallait donc prévoir un thème contemporain. Le cerveau malade de David a fait le reste…

Après une rencontre auprès des responsables de l’établissement (Proviseur, CPE…) le thème fut donc validé, ainsi que les zones qui seraient accessibles au jeu (étages, salles…). L’amplitude du jeu a été définie entre 16h et 20h un samedi avec la présence de la CPE, de la documentaliste et de Chrystelle. Les frais de la prestation comptaient les déplacements des orgas/PNJ et le petit matériel de jeu. Le club jeux du lycée finançait l’opération (symboliquement). Les joueurs devaient également s’inscrire et payer une PAF de 5€, notamment pour leur assurance (FédéGN). À l’issue des inscriptions, nous avions 10 filles et 10 garçons pour jouer les victimes.

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Le jeu tel qu’il était sur le papier
Concrètement, le jeu s’inspirait donc de Resident Evil et du jeu de plateau Zombies, la blonde, la brute et le truand. Les rôles prévus étaient légers (1/2 page tout compris), basés sur des stéréotypes (punk, 1er de la classe, rasta, sportif…). Pour pimenter le jeu et les relations, chaque personnage avait un ennemi et un ami particulier dans la « classe ». Outre l’ambiance, ce sont surtout les mécanismes du jeu qui ont été repris ; il s’agissait d’un jeu de survie avec des moyens très limités et des règles simplifiées autant que possible. Chaque personnage disposait d’une compétence telle que brute, qui permettait de retenir un zombie de plus derrière une porte, ou encore cachette, qui permettait de passer inaperçu pendant 10 minutes, 1 fois dans le jeu.

Le mode de contamination, c’est à dire l’essentiel du jeu, était symbolisé par des foulards portés à la ceinture. Seuls les zombies armés pouvaient blesser, mais tous pouvaient contaminer en arrachant le foulard d’un joueur. Une fois contaminé, un personnage disposait de 30 minutes pour trouver un antidote et une personne compétente pour lui administrer. Dans le cas contraire, il rejoignait les rangs des zombies.

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Les blessures physiques étaient également prévues par un certain nombre d’armes de corps à corps (hachoir, couteau, tuyau de plomb, clé anglaise…) et d’armes à feu (fusils et pistolets nerf). Le cocktail Molotov (en mousse) était la seule arme radicale pour nettoyer une zone.

Le lieu était divisé en 3 étages avec 2 à 3 salles utilisables par étage. Certaines (comme le labo de chimie par exemple) devaient ouvrir en cours de jeu pour apporter des éléments nouveaux et pousser à découvrir des endroits infestés. Toutes les salles avaient 2 portes et pouvaient servir de refuge temporaire. En effet, les portes devaient rester ouvertes à moins qu’elles ne soient bloquées par un joueur, un personnage ne pouvant retenir qu’un seul zombie ! L’équilibre devait donc être maintenu pour éviter l’invasion.

Suite à l’article de Vincent Choupaut sur la convention GN du Solmukohta, il était prévu de reprendre l’idée de réduire l’espace de jeu au fur et à mesure de l’avancement du GN, mais cette idée sera abandonnée faute d’espace suffisant. L’évènementiel prévoyait également des interventions massives toutes les heures avec des zombies plus forts (des mini-boss) pour faire monter la pression. Étant donné l’aspect très aléatoire du déroulement d’un jeu de ce type, le planning était plutôt indicatif et devait évoluer selon les actions des joueurs.

Côté ambiance, le maigre budget nous a poussés à exploiter les moyens du lycée. Quelques salles équipées permettait de diffuser une musique trash ou des montages power-point angoissants._MG_8263
L’essentiel étant la menace zombie, les PNJ ont été mis à contribution pour apporter des costumes variés et faire des efforts de maquillage.

Un workshop zombies a été prévu en début d’après-midi avec toute l’équipe pour s’entraîner à garder une démarche désarticulée et briefer l’équipe sur le comportement en jeu : menace croissante, faire en sorte que les joueurs soient les héros de l’histoire, mettre l’accent sur l’ambiance.

La réalité du terrain…
L’équipe orga/PNJ est assez nombreuse. Nous sommes 15 personnes attendues en tout début d’après-midi au lycée. Malheureusement, les contraintes des uns, les petits retards et les empêchements des autres bousculent le planning. Je trouve ça regrettable, mais c’est très classique dans le GN en général. Les dernières consignes sont vues sur place avec la Proviseur. Finalement, nous n’aurons pas accès au labo de chimie (trop dangereux). Il faut revoir un peu l’installation…
Résultat : Installation des lieux – Brief général (Les PNJ n’ont pas révisé les règles : étonnant ?) – le workshop zombies passe à la trappe faute de temps – Les joueurs arrivent à l’heure…

Le jeu débute avec les personnages éparpillés dans les différentes salles. Certains sont en cours avec un prof malade, qui traite du sujet des médias et de la zombimania. Le personnel de l’établissement est encore là pour faire la loi dans les couloirs.
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Puis le jeu bascule rapidement dans la course entre zones envahies et refuges. Les lycéens courent dans tous les sens pour fuir la menace. Dès le départ, les escaliers ont été positionnés hors-jeu pour éviter les risques d’accident. Toute situation qui intervient près des escaliers est déplacée un peu plus loin. Les joueurs sont cadrés par David et Chrystelle (restés en dehors du jeu). Les règles de sécurité sont bien respectées.

Les PNJ sont étonnés par l’organisation impressionnante des joueurs dès le début. Nous décidons d’être un peu plus offensif pour leur mettre la pression. Mais après ¾ heure, 6 joueurs sont déjà morts et rejoignent nos rangs ! Et le rythme est régulier. À cause du stress, un joueur demande à sortir du jeu, car il s’est senti mal après s’être enfermé tout seul. Il est pris en charge pour l’aider à se calmer. Le jeu se déroule très vite. Le timing s’emballe, car les joueurs sont de moins en moins nombreux. Certains événements arrivent plus tôt que prévus et d’autres seront annulés (certains mini-boss). Le jeu qui devait durer 4 heures risque de se finir en 2h30.

Entre deux averses, David décide d’avancer le planning et de lancer le largage d’une caisse de matériel au milieu de la cour. Tous les zombies sont amassés pour faire une foule en extérieur.

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Cette intervention permet de redonner un peu d’espoir aux survivants et de casser le rythme du massacre, car les joueurs sont avantagés en extérieur. Ils ont plus de place pour courir et échapper aux morts-vivants.

Peu de temps après, David lance la scène finale : Une équipe d’intervention militaire arrive brutalement dans le lycée et cherche les survivants. Traités comme des contaminés, ils sont inspectés et achevés s’ils le sont vraiment. Les 2 survivantes sont évacuées vers une zone sécurisée, puis la fin est annoncée. Le jeu aura duré environ 3h.

Sans aller jusqu’à dire que c’était une tuerie, je trouve que c’était assez mortel. Tout le monde s’est bien amusé et personne n’a regretté la rapidité du déroulement. Dans le feu de l’action, quelques tricheries ont été remarquées, mais le fair-play était bien présent. Pour prendre le temps de discuter et de partager nos impressions, la soirée s’est terminée par un repas participatif.

2 sur 20, il n'y a qu'au milieu des zombies que c'est une bonne moyenne !

2 sur 20, il n’y a qu’au milieu des zombies que c’est une bonne moyenne !

En conclusion, je dirais simplement que l’expérience de l’équipe a permis au jeu de bien fonctionner. Il aurait malgré tout pu être plus fluide et moins expéditif si les PNJ avaient travaillés leurs scènes durant le workshop. Je pense également que la sécurité doit rester l’élément majeur d’un GN pour un public jeune, car les dérives peuvent arriver très vite, surtout quand le stress et l’action sont fortement présents.

Quoi qu’il en soit, les ados sont très réceptifs et motivés. J’espère que nous compterons certains d’entre eux parmi nos joueurs dans les années à venir.

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Pierre-Olivier BLONDONT

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3 réactions à Un GN zombie en milieu scolaire…

  1. Sympathique ! Félicitations à vous et aux responsables de l’établissement pour leur ouverture d’esprit.

  2. A force d’écouter du Justin Bieber et de regarder « Les Anges de la téléréalité », c’est normal que la zombification prenne dans un lycée… Allo, quoi…

  3. J’aurais rêvé de faire ça au lycée! En tout cas une super initiative pour faire connaître le Gn.

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