Ecrire un GN réorganisable par d’autres, pourquoi et comment

Publié le lundi 25 juin 2012 dans Articles

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Le texte suivant est extrait du travail d’Olivier Artaud pour une conférence du Solmukohta 2012

Teaser :
Vous voulez atteindre le stade suprême de l’écriture de GN plutôt que de vous complaire dans l’approximatif ? Vous voulez connaitre la gloire dans le monde entier plutôt que de rester confinés à vos organisation consanguine ? Vous voulez permettre aux débutants de prendre pour modèle la subtilité de votre pensée conceptuelle ? Vous voulez que votre œuvre vous survive et se reproduise à l’infini ? Vous voulez contribuer réellement et personnellement au développement de votre loisir, y compris dans les espaces défavorisés ? Ou vous souhaitez simplement répandre du bonheur ? Alors venez à cette conférence sur l’écriture de jeux réorganisables par d’autres.

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Qu’est-ce que c’est :
– un GN de petite taille (ex : 12 joueurs sur 6 heures)
– où TOUT ce qui est utile pour les joueurs et les organisateurs est écrit
– afin qu’un organisateur qui ne le connaît pas puisse réellement l’organiser facilement
– souvent avec une logistique pas trop compliquée
– éventuellement qu’il soit accessible aux organisateurs et joueurs débutants

À qui servent ces jeux :
Pédagogie :
– aux organisateurs débutants pour comprendre comment peut être fait un jeu
– aux organisateurs débutants pour réaliser avant d’écrire
Production :
– aux organisateurs et aux associations qui veulent faire jouer leur public plus souvent qu’en écrivant eux-mêmes, ou sur des thèmes qu’ils ne maîtrisent pas

Pourquoi en écrire :
– les même raisons que les autres GN (créer, écrire, offrir, …)
– répandre du bonheur
– connaître la gloire
– avoir des retours et des discussions avec des inconnus
– répondre à une demande
– rentabiliser son travail sur un huis clos
– s’obliger à aller loin dans l’organisation
– se confronter à l’exercice de se mettre à la place des autres
– voire éditer et vendre des scénarios

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Comment le réaliser d’un point de vue scénario :
– faire un bon scénario
– en s’appuyant sur un univers plutôt universellement connu (œuvre, clichés, …)
– qui ne soit obligatoirement lié ni à un lieu de jeu ni à des joueurs précis
– éventuellement avec certaines souplesses (nombre de joueurs, sexe des joueurs, …)
– comprenant les habituelles fiches de personnages et aides de jeux joueurs, plus des éléments pour débutants
– comprenant les inhabituelles explications de préparation pour les organisateurs, y compris des éléments pour les débutants
– en pensant qu’il n’y a rien d’évident et que nos cultures de jeu sont différentes

Les additifs pour joueurs :
Être complet et rassurant
– qu’est ce qu’un gn, pourquoi et comment y jouer, comment se préparer ?
– clarifier le rôle de l’organisateur, des PNJs et des PJs
– quel est le but des joueurs : s’amuser et faire en sorte que les autres s’amusent ; pas de gagnants, différencier les objectifs du personnages de ceux du joueur
– conseils de jeux / interprétation / participation, expliqués très clairement pour répondre aux questions des débutants type « peut-on mentir ? »
– conseils logistiques : comment trouver, louer, acheter, faire son costume et ses accessoires
– clarifier la logistique : qu’est-ce qui doit être apporté, qu’est-ce qui ne doit pas l’être (en général, tout le reste)
– des connaissances générales sur l’époque, les religions, les manières, les métiers, la politique, … et tout ce qui peut permettre à un joueur d’interpréter son personnage (voire d’apprendre quelque chose)
– éventuellement, en fin de fiche de personnage, résumer de manière limpide pour ceux qui n’auraient pas compris
– préciser la logistique nécessaire, la logistique possible, et ce qu’il ne faut pas apporter

Les additifs pour les organisateurs :
Être exhaustif et rassurant
– rappeler le but de l’organisateur : que tout le monde s’amuse / ressente des émotions / soit acteur / se serve de ses méninges / vive une aventure dans un cadre défini et cohérent / ait un cocktail sur mesure en fonction de ses souhaits et capacités.
– des conseils d’organisation : mise en scène, atmosphère, gestion des erreurs, casting, rythme jeu, liberté et contrôle des joueurs, débriefing, …
– lister les questions les plus probables des joueurs et leurs réponses
– une description de la préparation des joueurs juste avant le jeu, du début de jeu et de son déclencheur, de ce qui mène à la fin de jeu et de la fin de jeu avec ce qui la marque
– des documents de clarification : timing de l’ensemble des événements passés, des explications sur des situations décrites différemment dans les visions subjectives de fiches, des réactions attendues des joueurs, …
– des listes récapitulatives : logistique, événementiel, timing, éléments à distribuer, éléments à placer avant le jeu, éléments à placer durant le jeu, …
– conseils logistiques : quoi acheter, quoi faire, comment et en combien de temps (accessoires particuliers avec des fiches techniques, claires, détaillées et testées), menu et recettes pour les repas, …
– de beaux documents de jeu, inclus ou à télécharger (cartes, journaux, papiers d’identité, monnaies, vieux documents, étiquettes pour les bouteilles de vin, …)
– proposer des sons à télécharger (musique ou bruits d’ambiance, bruitages utiles, sonneries de téléphone, songes / apparitions / télépathies, …)
– ce qu’il faut demander aux joueurs pour le casting, et comment distribuer les personnages en fonction des réponses
– tout sur les PNJs : leur utilité, leur gestion, leurs missions, leurs consignes, en précisant si certains doivent être infiltrés ; avec un document à leur donner
– son contact pour faire du SAV si vraiment on est dévoué

Comment le réaliser d’un point de vue présentation :
Pour permettre le choix du scénario
– mentionner très lisiblement le nombre de rôles masculins et féminins (voire mixtes) et le teaser joueur, puis le teaser organisateur sur une autre page, pour éviter le spoil
– détail sur les organisateurs et les joueurs (débutants / chevronnés / amateurs de … / connaisseurs de …) en mettant les PNJ infiltrés comme des joueurs si cette présentation peut être lue par eux
– cela doit être pratique et donner envie (teaser / résumé des intentions)
– un fichier complet à lire dans l’ordre ou un classement de fichiers complémentaires en commençant par le principal pour ne prendre que lui et voir si on en veut
– l’ordre de lecture doit être évident pour une bonne compréhension
– jouer entre faciliter la compréhension rapide (vision « froide ») ou donner du plaisir à l’organisateur durant la lecture (vision « roman »)
– prendre l’organisateur par la main, sur le fond comme sur la forme
– cela doit être beau, sans faute d’orthographe, à l’évidence de valeur
– mettre éventuellement des photos des 1ères sessions pour donner des idées (aux organisateurs comme aux joueurs)

Avant de le publier :
– le faire parfaitement
– le tester soi-même (et corriger)
– le faire tester par d’autres organisateurs qui ne l’ont pas joué, dans d’autres contextes (et corriger)
– prendre en compte un retour complet des joueurs / PNJ / orgas des sessions

Le diffuser :
– sur internet, par exemple sur http://www.murder-party.org/
– dans des magazines, par exemple dans GN Mag www.fedegn.org/tiki-index.php?page=GNMAG
– dans des associations et fédérations
– le traduire
– faire un kit logistique prêtable ?

Les limites :
– c’est un gros travail qui demande plus de rigueur que les autres types de jeux
– des remerciements de temps en temps, souvent aucun écho, de l’ingratitude parfois.
– quel que soit l’effort d’instructions et la difficulté du jeu, il sera par certains mal compris, mal mis en scène, mal joué, gâché, … :  difficulté de faire passer un savoir-faire
– critiqué par des gens qui ne le comprendront pas ou qui en auront vécu une mauvaise version
– risque de se retrouver face à des « clients » qui ont parfois du mal à comprendre qu’une grande partie de la réussite du jeu dépend d’eux
– il risque d’être altéré, modifié, pillé… souvent en cassant des choses mal comprises, parfois jusqu’à ne plus le reconnaître du tout
– souvent une confusion frustrante entre l’auteur et le support de distribution
– certains jugeront la distribution comme un dû, et fustigeront même qui ne le ferait pas
-> mettre une précision sur les limites d’utilisation

Remerciements :
– Fredou (le Fredou) : http://claire.fred.pagesperso-orange.fr/
– Baptiste Cazes : http://www.electro-gn.com/
– JB (loulou) : http://www.murder-party.org/scénariothèque/experts/
– L’extraordinaire Guillaume Montiage : http://www.gnetjeux.fr/
– Joséphine Verneuil
– Aude Gaillard
– Bruno Cailloux (pour la version anglaise)

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Olivier ARTAUD

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13 réactions à Ecrire un GN réorganisable par d’autres, pourquoi et comment

  1. On sent un peu le format « slides PowerPoint », mais le contenu de l’article est super.

  2. Et l’idée de gn réorganisable a été recu comment?

  3. personne n’est venu à la conférence. Tout le monde s’en foutait.

    Mais dans le dernier « Playground », le magazine du GN du nord, il y a un article sur le sujet.^^

     

  4. Marrant, je pensais naivement que tout le monde faisait un peu du réorganisable 😉

    Notre premier GN Dark Earth « pour un lux de plus » a été ecrit dans cette optique: « si l’équipe d’orga disparaissent soudainement dans un trou noir, ceux qui passent derriere nous doivent pour
    voir le réorganiser facilement »

    Mais on se rend compte que ce n’est pas évident du tout…

  5. – Pourquoi tu écris des GN ?

    – Pour qu’ils soient joués !

    Du coup, le fait de les rendre réorganisables devient une évidence. Disons que le seul point qui me freinerait vraiment, c’est le travail supplémentaire que cela représente.

  6. Surtout sur un gros GN, c’est quand même un boulot énorme pour que ce soit réorganisable sans les orgas d’origine.

    Pour un petit GN format huis clos/murder, c’est déjà plus faisable, mais même là, c’est du gros boulot.

  7. Du coup, je me sens plus proche de la vision nordique du GN, à savoir l’approche « artistique » liée à l’exaltation de la création. Dessiner les personnalités, les intrigues, proposer des moments,
    des situations, puis enfin voir tout ça prendre forme, prendre mon pied à écrire pour finir par la mise en scène, c’est certainement égoïste mais c’est ce que je préfère. J’ai organisé deux GNs
    avec chacun deux rééditions et à chaque fois, j’ai ressenti la même chose : la 2ème édition gardait un peu d’attrait grace à quelques modifications/fignolages, mais la 3ème, pourtant
    techniquement la plus réussie, était ennuyeuse dans sa préaparation. Chaque nouveau joueur que je castais me semblait être un usurpateur peu racord par rapport aux originaux, et il ne restait
    plus que la logistique à refaire, ce qui n’est pas le plus excitant.

    Donc pour moi, une réédition se fait faute de temps ou de motivation pour me lancer sur un truc vraiment nouveau. Un pis aller, quoi.

  8. Aaaah ahah, je suis hallucinement pas d’accord avec Moz.

  9. Le Moz, tu devrais lire le titre de la conf…

  10. 5 ans plus tard, te relire Moz, et savoir aujourd’hui que Vivre Vite est un GN que tu prends plaisir à faire rejouer mainte fois, cela nous enseigne l’humilité sur nos idées d’un moment et ouvre de magnifiques perspectives toutes teintées d’optimisme. Merci Olivier pour la découverte digne d’un grand nécromancien de forum !

  11. Hé hé ! C’est fourbe ! 🙂
    Plus que les idées d’un moment, ce sont les sensations qui ont changé/sont apparues. Et je persiste tout à fait dans les idées exprimées à l’époque

    En ce qui concerne le GN que j’évoquais, c’était un jeu très écrit mais à environ 90 participants, PNJs et Orgas compris.Du coup, la logistique était très lourde, ce qui participait à la lassitude. Encore maintenant, je crois que je ne le réorganiserais pas, le rapport contrainte/plaisir n’étant pas intéressant pour moi.

    La sensation « d’usurpation » existe toujours, mais on s’y fait, et on accepte de tout remettre à zéro entre chaque session. Et on évolue aussi, en acceptant que la création ne soit pas limitée à l’écriture, mais surtout à la gestion de l’instant.

    Par contre, pour rendre un GN organisable par les autres, puisque c’est le titre de l’article, je n’ai ni la prétention ni le courage pour documenter mon organisation…

  12. @MoZ : « je n’ai ni la prétention ni le courage pour documenter mon organisation »

    En quoi est-ce de la prétention de faire en sorte de rendre son GN organisable par d’autres ?

  13. La prétention de penser que mon jeu donnerait envie à d’autres de l’organiser…

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