Preview : Dusk River

Publié le lundi 25 mai 2020 dans Previews de GN

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19-20 Septembre 2020 : DUSK RIVER, à Ambon (Morbihan)

(temps de lecture : 5 minutes)

crédits affiche : aftab, road less trvled, cc-by-nc & Jeremy Weate, cc-by & Hans B., cc-by-sa & Raphaël Maître, par courtoisie & George Eastman House, domaine public

 

À lire en écoutant la B.O. de Dead Man, par Neil Young, si vous l’avez à la maison, ou vous pouvez aussi écouter ces extraits. https://soundcloud.com/neilyoungsoundcloud/sets/dead-man-a-film-by-jim

 

Sinon, écoutez cet album :

Lost Chants / Last Chance, par Kandodo McBrain, un morceau de bravoure total en matière de rock psychédélique / acid western instrumental, la plus lysergique des soupes primitives.

https://kandodo.bandcamp.com/album/lost-chants-last-chance

 

La nouvelle que vous allez lire représente exactement le genre de scène que vous pouvez vous attendre à vivre dans le GN Dusk River. Elle a été écrite en utilisant le matériel de jeu qui servira à Dusk River, autrement dit les fiches techniques et les conseils de roleplay qu’on trouve dans Les Sentes, le jeu des drames forestiers dans une réalité sorcière.

La présentation du GN se trouve juste après la nouvelle.

 

“Nous sommes arrivés, Moon, voici la rivière. Attends, je vais t’allonger là.”

 

Nobody, le vieux chamane alcoolique, a porté Moon sur ses épaules à travers la forêt. Ils se sont perdus un bon moment. Nobody répétait que c’était bon signe. Puis la rumeur de l’eau s’est enfin fait entendre. Nobody a déposé Moon sur le fragile pont de bois. L’écharpe qui l’entoure est pleine de sang. Moon trempe sa main dans le flux, le regard concentré sur les branches. “Elles s’enfoncent dans le ciel comme des veines. On entend des oiseaux ! Tu crois que c’est les corbeaux, Nobody, ils viennent me chercher ?”

 

Nobody ramasse des fougères sacrées, en tend à Moon et lui fait signe de mâcher, en porte à son tour à ses lèvres.

 

“La fougère va te guider dans ton voyage à travers les forêts astrales. Tu vas entrer en transe. Tu vas avoir des visions apaisantes. Dis-moi ce que tu vois.”

 

Moon ferme les yeux. D’abord ce sont les sons de la nature qui lui parviennent dans toute leur intensité alors que les animaux diurnes se réveillent.

 

Nobody lui donne son fusil, le cale sous son bras. “Il te protégera contre les mauvais esprits.”

 

“Je vois les visages et les mains de toutes celles et ceux qui m’ont donné quand j’en avais besoin. Qui un sourire, qui une assiette de haricots, qui de la poudre, qui un baiser. Ils sont tous là, autour de toi.”

 

Nobody mime les visions du passé de Moon. Il lui adresse un sourire, puis lui tend des objets imaginaires, puis, avec précautions, vérifiant le consentement, met sa main sur le front de Moon et embrasse sa main.

“Je suis venu de très loin pour mourir ici, mais tout est bien.”, halète Moon.

 

Nobody se dresse de toute sa hauteur. Sale, puant, en guenilles. Une grande lampée de whisky arrose ses lèvres et sa poitrine. 

 

“La fougère sacrée me met à l’épreuve ! Mes visions sont de vrais cauchemars ! Je vois tous les miens qui sont morts ! Je vois les coloniâtres qui s’avancent et profanent nos forêts sacrées ! Je vois les mauvais esprits de la forêt qui envahissent tout !”

 

Moon émet un vrombissement à la bouche, de plus en plus grave, au fur et à mesure que le cauchemar de Nobody s’aggrave. Nobody tombe à genoux dans les feuilles mortes et hurle toute sa souffrance morale, puis roule au bord de la rivière. Sa poitrine est agitée de soubresauts, les arbres dans son chant de vision lui paraissent de plus en plus menaçants, mais il se calme peu à peu. Moon vrombit de plus en plus faiblement, puis siffle un vieil air de l’Ouest Sauvage.

 

“Nobody… Dis moi ce qui se serait passé si nous avions eu le temps de vivre ensemble plus longtemps… Et ensuite, tu me demanderas la même chose, s’il te plaît…

– Si nous avions eu le temps, je t’aurais enseigné le vrai nom secret des fleurs et des arbres que nous transmettons. Je t’aurais enseigné mon vrai nom, qui est si ancien que je peux à peine le prononcer. Et toi, qu’aurais-tu fait si nous avions eu le temps ?

– Je t’aurais raconté mon histoire… Je t’aurais montré qu’on peut trouver quelque chose de bon au fond du cœur des hommes blancs. Si l’on fouille avec attention… Nobody ?

– Oui ?

– Peux-tu me faire l’aumône d’une dernière chose avant que je parte ? Peux-tu me confier un objet mémoriel ?

– Je te laisse mon fusil. Il contient un souvenir : quand j’ai tué un wasichu pour protéger la personne que j’aimais. Avant que je rencontre l’eau-de-feu. Garde-le. Il te protégera dans l’autre monde.”

 

Moon serre le fusil, esquissant un merci d’une faible voix. Nobody lui trace des peintures de guerre sur le visage avec de la boue, non sans s’être assuré au préalable que Moon était bien d’accord. Il porte les plus grands égards à sa sphère intime.

 

“Maintenant, je vais te laisser, Moon. Ce dernier voyage, tu dois le faire seul. Pars. Pars, sur la rivière de l’aube.”

 

Nobody s’en va à reculons, fredonnant un air de musique à la bouche. De plus en plus fort. La rumeur enfle, devient épique.

 

Alors que Moon ferme les yeux.

Les Sentes est un GN en kit qui peut se rejouer à l’infini, il suffit de combiner les fiches d’une nouvelle façon. Dusk River en est la vingtième session et se place dans le cadre d’un western chamanique, qui sera joué sur le site géré par l’association La Ville Albertine, à Ambon, dans le Morbihan. Ce domaine forestier avec un village western en son centre sera le décor idéal pour vous plonger dans un Ouest Sauvage vraiment sauvage, où vous pourrez partager haricots et galettes autour d’un feu de bois, jouer de l’harmonica et du colt, et partir explorer des forêts mystiques tels des pionniers et pionnières de l’inconnu.

 

Dusk River reprend l’ambiance post-apocalyptique forestière des Sentes, mais la transpose dans un univers de western chamanique inspiré de films comme Dead Man, El Topo et Blueberry l’expérience secrète, où vous allez pouvoir dégainer les colts et les visions totémiques pendant tout un week-end !

Un point important pour l’immersion sera l’attention apportée à la dramatisation par la voix. Nous inviterons les participant·e·s à fredonner des airs d’Ennio Morricone, des refrains de chants sacrés indiens ou à chanter des chansons en anglais pour créer une sorte de bande-son vivante.

 

L’enjeu est double : vous faire vivre les grandes figures de l’ouest sauvage, avec parties de poker, duels au pistolet, colons et natifs, tout en vous transportant au fur et à mesure vers un parcours initiatique au sein d’un monde de chamanes et d’illuminations, alors qu’un phénomène inexpliqué transforme peu à peu les cow-boys en indiens. Une prise de contact est en cours avec des autochtones d’Amérique du Nord pour s’assurer que le GN se passe dans le respect de leurs cultures et de leurs spiritualités.

 

Se basant sur un game design inclusif, l’expérience est ouverte aux personnes expérimentées comme débutantes en matière de GN. Se costumer à la mode far west sera le bienvenu, mais vous pouvez apporter des répliques d’armes à bas prix.

 

Les combats sont simples : si une personne tire dessus, elle vous vise, fait le bruit de la détonation, éventuellement crie votre nom si elle est embusquée, et c’est à vous de décider, en fonction de ce qui est le mieux pour le roleplay, si le coup vous touche ou si c’est raté, et à quel point votre blessure est grave, voire mortelle.

 

On essaie de maintenir une vigilance pour que tout le monde s’intègre bien dans le jeu. À intervalles réguliers se tiendront des réunions de représentant·e·s de chaque communauté pour faire des points hors-jeu sur des questions diverses telles que : est-ce que tout le monde a l’air de s’amuser, y a-t-il des problèmes de sécurité émotionnelle, faut-il relancer l’intrigue, etc. et on prend des décisions collectives pour remédier aux problèmes qui pourraient survenir.

 

Vous pouvez jouer un personnage du genre que vous voulez ! Si vous jouez un membre des peuples autochtones, la séparation homme-femme n’est pas tranchée, car on pouvait être homme, femme, ou personne-aux-deux-esprits. Vous pouvez aussi facilement jouer une femme chasseuse ou un homme au foyer. Par ailleurs, pour ce qui concerne les colons, dans le film Dead Man (une des inspirations majeures de ce GN), on peut voir Iggy Pop habillé en femme, mais pourtant tenant un fusil !

 

Peu de préparation est demandée en amont, à part préparer son costume et jeter un œil de temps en temps aux suggestions données sur la page facebook de l’événement. Nous préférons miser sur un grosse plage de brainstorming commun au début du GN que sur un investissement au préalable.

En tant qu’auteur des Sentes et planificateur de cette session, j’ai aussi un enjeu personnel, une sorte de record à atteindre. Lors des sessions précédentes, j’ai poussé jusqu’à 25 personnes en simultané pour jouer à ce GN qui a la particularité d’être en impro et quasiment sans orga (on sera là avec l’association La Ville Albertine pour s’assurer que ça se passe bien, recadrer, gérer la nourriture et la logistique, mais on n’a pas de rôle de PNJ, on est des PJ à part entière avec un agenda personnel comme tout le monde). L’objectif est ici de monter à 60 personnes, car le jeu le permet vu le nombre des fiches et la robustesse du jeu qu’elles apportent. Nous monterons tous ensemble l’intrigue de départ, nos factions et nos personnages grâce à ces fiches, et nous pourrons jouer directement après ce brainstorming commun et les ateliers. Il me semble que ce ne sera pas le premier GN impro avec autant de participant·e·s, mais ça le sera au moins pour notre équipe. On a envie nous aussi de marcher sur la Lune. Et on espère bien que vous nous y suivrez. Avec vos colts et vos cœurs.

L’événement facebook

 

Le courrier d’invitation

 

Le jeu Les Sentes

 

Preview de la première grosse session des Sentes sur Electro-GN

 

La playlist d’inspiration pour préparer la dramatisation voix : https://www.youtube.com/playlist?list=PL_Gf_eliz025xwmUjD-BHzNZxh1F9Sih4

 

crédits photos : Amandine Alexandre

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