Quelles traces pour le jeu de rôle grandeur nature ? (Partie 2)

Publié le lundi 4 février 2013 dans Articles

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Lire la première partie.

Quand on parle des traces laissées par un jeu de rôle grandeur nature, on pense immédiatement à la photographie. En effet, avec l’ensemble des documents qui constituent le scénario, les fiches, etc. (et qu’on appellera Masterfile pour plus de facilité), les critiques (que ce soient les réactions publiques développées ou les commentaires publics « ressentis »), les teasers et films éventuels, la photographie semble être un élément clef de la documentation des jeux grandeur nature.

 

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Pourtant tout le monde sait que la photographie ment. L’image est le résultat d’une sélection arbitraire, elle véhicule un point de vue.

Les artistes performeurs ont tout de suite pris conscience de ça et ont travaillé en lien étroit avec leurs photographes. Ces derniers étaient au courant du déroulé de la performance ou au moins de son discours, ils étaient en dialogue avec l’artiste qui pouvait leur conseiller des lumières, des angles de vue. Tout ça dans le but de produire des images qui restent fidèles à l’action. Les artistes gardaient ainsi la maîtrise de leur art et pouvaient choisir de l’offrir ou non à la postérité.

Il semblait important, pour ces artistes performeurs, que la photographie de leurs performances conservent un caractère documentaire et ne s’érige pas elle-même en œuvre d’art.

Aujourd’hui il semble que la « mode » soit aux belles photographies de GN produites par des photographes sinon professionnels, au moins très doués, qui arrivent parfaitement (en tout cas aux dires des joueurs) à restituer l’ambiance du jeu. S’il peut arriver que le photographe soit prévenu par l’organisateur de tel ou tel événementiel qu’il serait bon d’aller photographier il ne semble pas que l’organisateur prenne une part quelconque à la réalisation de ces photos de GN sauf pour le tri final avant la diffusion à un large public.

La parenthèse du spoiler photographique

L’organisateur, qui fait une confiance absolue à son ou ses photograhe(s) en jeu, a très souvent la manie de filtrer les photographies qui vont sortir au grand jour (c’est-à-dire publiquement sur Facebook).

Le secret me semble être une caractéristique assez importante de la culture actuelle du GN en France. En effet, une majorité de jeux ménage des surprises à leurs participants et il me semble que la peur du spoiler prend souvent des proportions trop importantes.

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En effet, il faut noter que censurer des photographies de GN est assez inutile dans 90% des cas. La première raison à cela est qu’une photographie a son discours propre et que quelqu’un de non familier de l’événement n’y verra probablement qu’une photo sympa de GN et pas un élément de spoil. La seconde raison est que les images sont de toute façon sur ou sous interprétées.

Elles ne rendent pas vraiment compte de la réalité et l’élément de spoil passera bien souvent inaperçu. Enfin, ajoutons que le GN étant un événement éphémère et unique, il est rare qu’une scène photographiée sur une session soit exactement la même lors d’une deuxième ou d’une troisième.

Prenons pour exemple le jeu Dr House, que j’ai co-écrit et que je peux donc me permettre de spoiler allègrement. La plupart des photos de ce jeu diffusées publiquement sont spoiler car elles dévoilent le déroulement du scénario, mais est-ce vraiment important de préserver cette surprise ? Il y a effectivement quelques cas où la surprise rajoute un petit plus dont il serait dommage de se priver, mais il me semble que les organisateurs de GN français ont un peu trop tendance à penser que moins on en montre mieux c’est.

Vous allez me dire : « Oui, mais on organise notre GN, on est déjà bien gentil de faire plaisir à 40 joueurs, on fait bien ce qu’on veut avec nos photos et on garde la moitié secrète si ça nous chante ».

Certes. Sauf que mettant de côté l’impression un peu élitiste que cela peut procurer sur tous les recalés de la session (ce qui, je l’admets, ne vous empêchera pas de dormir la nuit), cela peut aussi tout simplement bloquer l’échange et donc l’évolution de la pratique du jeu de rôle grandeur nature et c’est nettement plus dommage.

Re-citons ce fabuleux bouquin2 sur les traces de la performance : « Grâce aux documents visuels qui subsistent, la mémoire de l’événement se transmet et devient un élément essentiel de l’analyse artistique. »

 

La photographie, documentation principale d’un jeu grandeur nature ?

Sans traces, sans critiques, l’analyse et donc l’évolution, l’amélioration du GN pour le bénéfice du plus grand nombre n’est pas possible. Mais on peut légitimement se poser une question :

est-ce que les photographies de GN sont réellement des éléments essentiels pour l’analyse du jeu de rôle grandeur nature (comme le sont apparemment les photographies de performance pour l’étude de cette dernière) ?

À en croire les quelques photographes qui ont fait l’objet d’un article sur electro-GN, leur rôle est de documenter le jeu auquel ils assistent. Efel par exemple nous disait que sa « démarche relève beaucoup moins de l’art que du photoreportage ». Maroussia Podkosova, elle, regrettait que le photographe de GN ne puisse pas tout documenter. Pour eux, ainsi que pour Britta Bergersen, il s’agit de prendre des photographies sur le vif qui captent l’essence des personnages ou des scènes jouées.

 

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Les joueurs sont souvent unanimes sur la qualité des photos d’un jeu auquel ils ont participé parce qu’elles « rendent parfaitement l’ambiance du jeu ». Il est d’ailleurs intéressant de se dire que les joueurs parlent de « l’ambiance du jeu » et pas de l’ambiance de leur propre session. Il semble donc que pour les participants d’un GN, orgas comme joueurs, la photographie joue un rôle majeur dans la restitution de l’ambiance propre au jeu. De belles photos de GN donnent envie de s’y inscrire. Pour ma part j’avais regardé toutes les photos de la 1ère session du GN Higlands 1879, qui ont quand même réussi à me faire regretter de ne pas m’y être inscrite malgré les températures visiblement sibériennes auxquelles ils ont dû faire face.

Cette réaction positive par le seul fait de bonnes photos est étonnante puisque tout le monde sait, a priori, que de très belles photos n’empêchent pas un jeu d’être mauvais. Mais il semble que les photographies aient cette importance parce qu’elles sont le seul témoin vraiment tangible de l’action. Le scénario du GN, son Masterfile, ne sont pas des documents accessibles à tout le monde, c’est fastidieux, parfois obscur, et ça ne donne pas les clés pour comprendre ce que fut un moment de jeu à une date donnée. Les réactions, les comptes-rendus des joueurs et des organisateurs sont importants. Ils soulignent les réussites et les faiblesses du point de vue du contenu, mais rien ne semble pouvoir donner une idée, même vague, à un novice de ce qu’est un jeu de rôle grandeur nature comme une photographie.

 

En tenant compte de cela, en voyant comme un jeu Grandeur Nature est impalpable pour celui qui n’y a pas participé, il me semble qu’il serait intéressant que l’organisateur, non content de réussir à organiser son événement le jour J, prenne en compte les traces laissées par le jeu à sa fin. Une participation active à l’élaboration de ce qui va rester (photos, vidéos, comptes rendus et autres traces potentielles encore inexplorées), une réflexion sur l’image que l’on veut donner de notre jeu à la « postérité » enrichirait, à mon sens, l’étude et la transmission de notre activité pour le bénéfice de tous. C’est pourquoi j’essayerai de me pencher, dans une prochaine partie, sur les autres traces laissées après un jeu et sur la façon dont l’organisateur peut les travailler pour ensuite les diffuser. 

Lire la troisième partie.

2 La performance, entre archives et pratiques contemporaines, sous la direction de Janig Bégoc, Nathalie Boulouch et Elvan Zabunyan, Presses Universitaires de Rennes, Archives de la Critique d’Art, Rennes, 2010.

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Lucie CHOUPAUT

Lucie CHOUPAUT

Membre active de l'association eXperience, Lucie s'intéresse aux rapports entre GN et art. Ses goûts d'organisatrice et de joueuse la portent plus particulièrement vers des jeux expérimentaux d'ambiance contemporaine et réaliste.

12 réactions à Quelles traces pour le jeu de rôle grandeur nature ? (Partie 2)

  1. C’est un argumentataire de « curieuse ». 😉

    Je ne suis pas certain qu’étaler les photos d’une édition devant ceux qui n’ont pas pu être accueillis soit vécu par tous comme une consolation. Pour ceux qui ne joueront probablement jamais le
    jeu, c’est un peu remuer le couteau dans la plaie. Quant à ceux qui joueront sur une future session, cela ramène à la question de la surprise et du secret.

    Pour moi, le spoil d’une photo dépasse largement le problème des secrets du scénario. Découvrir seulement en jeu une ambiance visuelle est un véritable frisson qui peut fortement être gâché par
    une diffusion en amont de photos. C’est particulièrement le cas par exemple, lorsque le site de jeu est totalement inédit pour les joueurs.

    Bien-sûr, cela peut servir dans une communication pour motiver, mais plus on modère cette diffusion, plus on préserve du plaisir. Et dans le cas où les joueurs sont déjà suffisamment motivés,
    autant ne rien diffuser du tout.

    Si le plaisir des joueurs m’apparait plus grand, et les retours de mes joueurs sur ce point sont catégoriques, parce que je ne diffuse pas de photos, alors je ne vais pas sacrifier leur plaisir à
    la curiosité de non-joueurs. La vocation du jeu est de faire plaisir à ses joueurs, pas vraiment à d’autres. C’est une simple question de priorité.

  2. Pas d’avancement dans cette 2ème partie d’un intérêt discutable puisqu’elle rabache sur le thème « laissez des traces pour la postérité et l’éducation des masses », avec un parti-pris de GN
    nordique plus que débordant, entre autres sur l’abandon de la surprise et des secrets.

  3. Je pensais comme Moz que l’article ne faisait pas avancer la question des traces mais il permet de découvrir une guerre de tranchée entre « adeptes du secret » et « partisants de l’ouverture
    nordique ».
    Sans être un nordic-larper convaincu, je ne comprends pas ce culte du secret qui pousse à considérer que toute information préalable sur un GN est néfaste à sa qualité.
    Montrer des morceaux choisis peut au contraire créer de l’excitation, de l’attente, du phantasme … souvent pris à contre pied. Cela aussi est facteur de plaisir. Il n’y a pas de plaisir qu’à la
    toute première fois. On peut prendre son pied avec des partenaires bien connus, il n’y a pas que les vierges voilées. 😉

    En revanche, le secret absolu n’existe pas. Les traces des GN de Frédou sont réduites au bouche à oreille. Ce qui peut conduire à un certain elitisme. Car qu’est ce qui peut justifier de
    participer à un GN annoncé comme l’est « Z » de RAJR .. si ce n’est la confiance que l’on a dans l’organisateur … que l’on se doit donc de connaitre ?

    Ces GN à fort niveau de secret (sans trace pour revenir au sujet de l’article) ne me semblent pas non plus la dominante du GN français (donc son identité). La plupart des associations affichent
    des photos de leurs GN, font des teaser, proposent des traces avant et aprés GN.

  4. Olivier, la généralisation consistant à dire que pour tout jeu, toute information préallable est nefaste à sa qualité, est à l’évidence totalement ridicule. Mais personne ne dit cela.

    Il y a des jeux qui ne se rééditent pas, ou des jeux qui ne font pas une grande place au mystère, qui peuvent alors montrer bien des choses, tant mieux pour eux. Et puis, il y a des jeux pour qui
    au contraire un secret à bien des niveaux (jusque dans les photos) prend une grande importance. Fais donc confiance aux organisateurs pour déterminer ce qui est le meilleur choix pour leurs jeux,
    c’est à dire ce qui fera le plus triper leurs joueurs.

  5. Moz, outre le fait que je me demande toujours pourquoi tu t’infliges autant de lectures qui semblent ne rien t’apporter, je voudrais revenir sur un point que tu abordes et qui me semble douteux,
    c’est-à-dire le supposé parti pris de GN nordique de cet article. Je vais me concentrer sur la disparition de la surprise et des secrets, puisque c’est ce que tu cites, tout en me demandant ce
    que tu as d’autre en tête.

    En préambule, attention aux amalgames un peu trop simples, qui voudraient que les GN nordiques cherchent tous une transparence totale. Même si certains nordiques se sont fait les fers de lance de
    cette vision du GN, d’autres ne la partagent pas et il existe de nombreux GN dits « nordiques » qui sont tout autant secrets que bon nombre de GN français. Je comprends l’amalgame mais
    j’y mets un bémol pour avertir les non initiés.

    Cela étant dit, là où je ne te rejoins vraiment pas, c’est sur le fait que cet article cherche à réduire surprise et secrets dans les GN. Pour moi ce n’est pas du tout de ça qu’il est question,
    et il n’est d’ailleurs pas anodin que Lucie cite l’exemple du GN Dr. House qui pour le coup est complètement basé sur la surprise et qui ne s’accommode absolument pas de transparence. On est bien
    sur la question de la documentation du GN à travers les photographies dans cet article, absolument pas sur la promotion de jeux avec moins de secrets (qu’ils soient nordiques ou non).

  6. A chaud comme ça, il me semble -pour rester sur les photos- qu’il y a au moins quatre destinataires à ce genre de documents. Et selon les destinataires, la finition du travail ne sera pas la
    même. 

    Premier type: « ceux qui l’ont fait », auquel cas les photos sont des souvenirs et leur esthétisation viendra magnifier lesdits souvenirs. D’où, avec les moyens actuels, une forte esthétisation
    voire une « ambianciation » à la manière dont on parle de la « photographie » d’un film. 

    Deuxième type: « le teaser », avec pour principale différence un dosage entre ce qui est révélé et ce qui est suggéré, pour donner envie de venir.

    Troisème type: « la rencontre »… (fallait, désolé) « la documentation promotionnelle » à destination des institutions qui devrait mixer rendus et technique

    Quatrième type: « la transmission entre orga » avant tout technique, sans fioriture, au contraire même, permettant de ré-organiser… Ce qu’on pouvait par exemple trouver dans certains articles de
    GN Mag à propos des sites de jeu qui étaient photographiés pour montrer le potentiel de jeu des sites. 

  7. Vincent, ne t’inquiète pas concernant un masochisme latent de ma part : je lis les choses avant d’estimer leur intérêt pour moi. Pour l’aspect nordique, que veux-tu : en tant que grand fan de
    Dogma99, les joueurs doivent tout savoir du jeu… Plus sérieusement, c’est quand même un trait largement partagé par les GN nordiques mis en vitrine ici-même, non ?

    Quant à la surprise, je te renvoie aux deux paragraphes qui considèrent comme « inutiles à 90% les censures d’une partie des photos », alors que la proportion de jeux avec une dose plus ou moins
    importante de surprise est quand même largement supérieure à 10% des GNs français.

    Et j’ai d’ailleurs la lecture complètement inverse de l’exemple du GN Dr House, pour lequel le GN semble récéler des surprises et pourtant : « La plupart des photos de ce jeu diffusées
    publiquement sont spoiler car elles dévoilent le déroulement du scénario, mais est-ce vraiment important de préserver cette surprise ? »

  8. Les nordiques n’ont pas tellement leur place dans cette réflexion jusqu’à présent (mais je te rassure, je vais les convoquer dès la 3e partie).

    Pour ce qui concerne le secret : loin de vouloir bannir le secret et la surprise de tous les GNs français, ce que tu cites vise plutôt à appeler à la prudence. L’importance de l’élément de spoil
    a tendance à être amplifié par les orgas, qui freinent plus que de besoin la diffusion de tel ou tel élément de leur jeu. Pour les photos c’est d’autant plus inutile, que vue par quelqu’un qui ne
    connaît pas le jeu l’élément de spoil passera inaperçu dans 90% des cas.

    L’exemple des photos du GN Dr House est à ce titre pertinent : le jeu est basé sur une enqête médicale, les photos montrent les symptômes du malade. Elles sont donc spoiler puisqu’elles dévoilent
    le scénario, mais les futurs joueurs éventuels qui vont regarder ces photos vont-ils vraiment prendre des notes et connaître à l’avance les symptômes qu’ils vont avoir à traîter en jeu ? La
    réponse est non. Les gens s’en foutent, ils ne sont pas à l’affût du détail que l’organisateur sait spoiler, c’est pourquoi il me semble important de réfréner cette envie de ne rien montrer. Dans
    certains cas elle se justifie (nous avons par exemple gardé secrète une photo de ce même GN Dr House pour préserver un élément de surprise), mais bien souvent ce ne sont que des précautions
    inutiles.

  9. Je pense qu’on est sur une problématique qui n’est pas vraiment celle des traces en GN. Mais plutôt celle la représentation qu’on se fait de informations autour d’un GN.

    Il y a une assymétrie des informations entre les PJs ayant joués, les Orgas et les potentiels autres joueurs. Comme je le disais juste au dessus, les informations intéressantes ne sont pas les
    mêmes selon le statut. 

    Je repense à une expérience de phénoménologie conduite par Merleau-Ponty, à partir de photos justement. Des photos de visages neutres, prises de la façon la plus neutre possible étaient
    présentées à des sujets. Avant la présentation de ces photos, un amorçage avait été réalisé: musique, autres photos, film, lecture… tantôt joyeuse, tantôt triste etc. Les sujets ont bien
    évidemment massivement interprêté la neutralité des photos présentées comme étant l’expression d’une profonde émotion, tellement profonde qu’elle n’était qu’intérieure! Alors que les sujets
    non-amorcés ont juste trouvé les photos très neutres et sans grand intérêt. Une variante a été faite en sous-titrant les photos avec des émotions. L’effet produit fut quasiment le même.

    Le fort investissement affectif des orgas dans un GN peut tout à fait jouer le rôle d’amorçage et générer des tendances sur-interprétatives quant à l’importance de telle ou telle image. Eux
    « savent » à quoi elle est reliée et ce qu’elle veut vraiment dire. Pour les autres, c’est l’esthétique de l’image qui compte.

    Mais plus largement, juste sur la question des orgas, j’ai tendance à penser que dans le vase clôt de la préparation d’un GN, certaines idées de sombre secret qui peuvent paraître géniales et
    hautement surprenantes, ne le sont en fait pas tant que ça. Par exemple, dans un GN Starwars, la vraie surprise serait qu’il n’y ait réellement aucun sabre rouge. Tout le monde se doute bien
    qu’il y a un Sith planqué quelque part. La question qui compte est alors plutôt: se cachera-t-il jusqu’au bout ou bien aura-t-on droit à une révélation magistrale à l’instant dramatiquement
    appropriée. Auquel cas, la surprise tient dans la qualité de l’instant choisi.

  10. Chers amis GNistes,

    Depuis 2001 j’ai couvert 49 GN et quelques murders pour vous ramener de beaux souvenirs qui soient aussi des images fortes mettant en valeur notre loisir.

    J’ai le plaisir aujourd’hui de vous annoncer la naissance de l’association 8 Magique grâce à des passionnés qui m’ont rejoint pour aller encore plus loin. Je vous laisse découvrir notre site qui s’étoffera prochainement : 8magique.overblog.com.

    Je continuerai mon travail dans le cadre de cette association avec d’autres photographes motivés. N’hésitez pas à nous contactez si vous organisez un GN.

    A bientôt !

  11. Quelques remarques

    Dans l’art contemporain, la notion de documentation est surtout liée à l’indispensable présentation (monstration) d’une œuvre inaccessible. Inaccessible parce que lointaine, disparue ou éphémère (performance réalisée une seule fois, sculpture détruite…). Ou plus prosaïquement lié à l’intangibilité de l’œuvre (performance, intervention sur paysage) qui rend difficile la vente d’un objet artistique tangible. Ben oui, money, money.

    Cette présentation obligatoire de l’œuvre d’art s’oppose au principe du GN, définit communément comme une activité qui n’est pas de représentation : ni spectacle en direct, ni spectateur passif final, ni nécessité d’un produit final d’après-GN.

    D’ailleurs, même les avant-garde du GN (qui prônent le mode politique, artistique ou éducatif) ne remettent jamais en cause le principe de non-représentation.

    En cela, la documentation du GN empiète sur ce principe de GN-pas-un-spectacle :

    * Incohérence diégétique, avec la tendance grandissante des photographes et vidéastes : souvent pas cohérent avec l’univers (medfan) et l’intrigue (pourquoi tu me filmes?). Ok, quand le GN tolère des nobles portant des Addidas et vêtus de rideaux nylon rouge fluo, ça fait pas grande différence.

    * Bouzillage d’immersion, si votre interprétation en solitaire ou huis clos est susceptible d’être admiré par une foule Youtube… Pour fritter du monstre, ça fait pas grande différence, mais pour des scènes intimistes ou délires psychologiques ?

    * Remise en question du principe de non-représentation. L’interprétation du rôle doit tenir compte des spectateurs et notamment des gens qui ne connaissent rien au GN et qui pourraient mal comprendre les actes/paroles du personnage, la distance ludique, etc. Mieux vaut alors faire du théâtre, si le but est de présenter une belle interprétation (ou d’éviter le ridicule).

    Ensuite la tendance grandissante des photos et vidéos procède essentiellement d’un effet de mode ou plutôt d’une évolution des pratiques de représentation personnelle photo/vidéo. Simplement dit, c’est l’effet Facebook/Youtube. Les skatters se baladent en 2013 avec caméra et pieds, les GNistes font pareil.

    Avec des rapports personnels (psycho) à la photo. Si beaucoup de monde perçoit l’aspect pathétique du touriste japonais qui photographie à la volée le monument, plus soucieux de frimer durant la future séance diapo que de s’intéresser au monument (vivre l’instant). Mais peu de monde perçoit les abimes du jeu FB de la « photo de soi », mensonge biographique, regard social, etc.

    Selon moi, le GN suit ce même courant au niveau individuel, avec les photos et vidéos qui participent ainsi à la réécriture de l’expérience personnelle du joueur, c’est à dire le mensonge sur comment le GN a été apprécié.

    Au niveau associatif, photos et vidéos sont des éléments indispensables d’une stratégie moderne/pro de communication. Au détriment du principe de non-représentation.

    L’activité privée

    Ensuite dans l’art contemporain, la documentation est 100% maitrisée par l’artiste. C’est l’artiste qui fait la photo et sélectionne les rushs, ou bien c’est lui qui décide et vérifie quand il sous-traite. Et quand l’artiste apparait sur la photo (Abramovic, Calle), c’est une mise en scène ou une sélection biographique validée : bref, un objet d’activité professionnelle. Rien à voir avec une révélation des loisirs privés.

    Sur ce point photo, faudrait soulever des problématiques sérieuses :

    * Le droit à l’image. Les différences selon les GNs, les petits contrats à signer pour l’accord, etc. Je crois que rares sont les GNs qui interdisent photo/vidéos. Au final, les joueurs abandonnent généralement leur image aux orgas.
    * L’accès des journalistes. Généralement tapis rouge, pour des médias qui fournissent le plus souvent une image assez pathétique du GN.

    A ce propos, fin des années 1990, j’ai côtoyé des joueurs exerçant des professions « sérieuses » telles que juge, flic, cadres sup. Le GN était une activité privée et ces joueurs étaient assurés de pas voir leur tête dans les journaux. En 2013 avec FB et Youtube, l’envie ou nécessité de discrétion est-elle compatible avec la pratique du GN ?

    Ça c’est un truc qui m’énerve particulièrement, car ça empêche de diversifier les profils socio-pro des joueurs. Au final, j’ai l’impression que le GN adulte se restreint de plus en plus à des joueurs eux-mêmes orgas (ou fondus).

    Pour l’anecdote, en Nouvelle-Zélande, une élue écologiste a un passé honteux de GNiste : la presse et le web ricane devant les photos en tenue medfan.

    Aussi, selon moi, les filtres et retouches des photos/vidéos de GN sont un détail insignifiant de l’esthétisation des images GN. L’élément fondamental, c’est le cadrage, c’est à dire tous les moyens pour masquer/cacher les décors incohérents, la foule de bras ballants qui observent le combat bras ballants, les babioles et indices de hors-jeu, les discussions HRP, les orgas en jeans/talkie, etc. Tout ces trucs qui rendent souvent le GN ridicule quand ils apparaissent au grand jour, dans les reportages journalistiques.

    Raaaa le pâté. Je corrige pas. 😀

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