Signalements, flags – Que faire ?

Note de la rédaction : Nous avons reçu ce témoignage de façon anonyme. Nous le publions car nous pensons qu’il peut créer un discussion intéressante et des réflexions d’ordre général, sans se focaliser sur un cas en particulier.

Bonne lecture.

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Bonjour,

J’ai besoin de partager une réflexion qui me tient particulièrement à cœur, parce que je suis actuellement confrontée à une situation qui m’amène à questionner la manière dont notre milieu gère les flags, les accusations et les situations de conflit interpersonnel.

Je ne cherche pas ici à demander aux orgas de prendre parti pour moi, ni à opposer une version à une autre. Au contraire : j’aimerais qu’on puisse collectivement réfléchir à des pratiques plus justes, plus transparentes et plus proportionnées pour gérer ces situations.

Ce qui m’interroge, c’est que j’ai parfois l’impression que, d’une situation à l’autre, les réactions peuvent être très différentes, voire assez arbitraires : les conséquences peuvent être extrêmement lourdes pour des faits relativement peu graves, tandis que, dans d’autres cas, des accusations de violences sexuelles ou d’agressions peuvent entraîner très peu de conséquences.

Je trouve cette absence de cohérence problématique.

D’autant plus lorsque les situations concernent des conflits qui ont commencé dans un cadre personnel, par exemple une rupture d’amitié qui s’est très mal passée, et que le conflit finit par se déplacer dans la communauté, avec parfois l’attente que celle-ci “prenne parti” pour l’une des personnes.

Je pense qu’il faut être particulièrement vigilant·es à ce que les dispositifs de signalement ne puissent pas devenir, volontairement ou non, un moyen de nuire ou de punir quelqu’un à la suite d’un conflit personnel.

J’en ai aussi assez de cette tendance à accorder davantage de crédit à la première personne qui parle (la 1ère version) alors que la personne mise en cause n’est parfois jamais réellement entendue.

J’en ai assez également des “bruits”, des rumeurs et des informations qui circulent sans que l’on sache clairement quels sont les faits, ce qui a été vérifié, ce qui relève d’un témoignage, d’une interprétation ou d’un on-dit.

Parce que cela peut créer une seconde violence, voire de véritables traumatismes chez des personnes accusées de violences, parfois à tort.

Et je ne pense pas que répondre à une violence par une autre forme de violence soit une bonne manière de construire nos communautés.

Je crois profondément à la justice restaurative et transformative. Je crois qu’on peut essayer de faire mieux que le système judiciaire, qui est lui-même loin d’être parfait, et expérimenter d’autres façons de gérer les conflits, les violences et leurs conséquences.

Évidemment, cela ne signifie absolument pas qu’il faudrait tout excuser.

Si des faits sont avérés, s’ils sont répétés, s’il n’y a aucune responsabilisation, aucune volonté d’évolution, aucune démarche d’éducation ou de réparation, alors oui : il peut être nécessaire de ne plus accepter une personne dans certains espaces.

On ne peut pas faire le travail à la place de quelqu’un.

Mais justement, la réponse devrait pouvoir être proportionnée à la gravité des faits, à leur caractère répété ou non, à la reconnaissance des faits, à la responsabilisation de la personne et aux démarches mises en place pour éviter leur répétition.

J’aspire à davantage d’éthique dans nos pratiques, et notamment à ce que les biais qui peuvent influencer nos décisions soient identifiés et pris en compte.

Je suis consciente que mettre en place une véritable justice restaurative demande des moyens humains, des compétences, de la formation et énormément d’énergie et que tous les orgas n’ont pas ces ressources.

Mais je pense qu’on peut malgré tout avancer vers davantage de transparence sur les critères et les processus de décision.

Je suis actuellement confrontée pour la première fois à un refus de GN pour des raisons que j’estime injustes. Et si, demain, suffisamment d’organisations refusent une personne sur la base d’informations dont elle ne connaît ni la teneur ni les critères d’évaluation, cela peut rapidement avoir des conséquences très importantes sur sa capacité à participer à la vie de cette communauté.

Demander, au minimum, de la transparence sur les critères qui conduisent à une décision d’exclusion, me semble donc légitime.

Ce sujet me touche particulièrement parce que, dans ma vie militante, je travaille beaucoup autour des VSS, de la déontologie et de l’éthique.

Et une chose me semble fondamentale dans ce changement de paradigme :

Tout le monde peut merder. Tout le monde peut faire du mal. Et l’immense majorité du temps, ce n’est pas volontaire.

Admettre que nous avons le droit à l’erreur, que nous ne pouvons pas tout contrôler, que personne n’est parfait et qu’un cadre 100 % safe n’existe pas me semble être une base indispensable.

Tôt ou tard, quelque chose va foirer.

La vraie question est donc : comment minimise-t-on les risques ? Comment réagit-on lorsqu’un problème survient ? Est-ce qu’il existe un soutien émotionnel ? Est-ce qu’une réparation est possible ? Comment responsabilise-t-on les personnes ?

Cela suppose d’avoir des personnes formées à l’encadrement et aux violences, mais aussi de faire évoluer notre logique collective : sortir autant que possible d’une logique uniquement punitive, de culpabilisation et de “personnes bonnes contre personnes mauvaises”, pour aller vers davantage de responsabilité individuelle et collective, de réparation et de transformation.

Je ne demande pas qu’on cesse de protéger les personnes victimes de violences.

Je demande qu’on réfléchisse à comment protéger sans produire de nouvelles injustices, comment écouter les différentes parties, comment évaluer les situations avec davantage de rigueur et comment avoir une réaction proportionnée à la situation.

Je pense sincèrement que notre milieu peut faire mieux.

Et j’aimerais qu’on puisse avoir cette discussion collectivement, sans que demander davantage de justice et de cohérence soit automatiquement perçu comme une remise en cause de la nécessité de lutter contre les VSS.

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