Pourquoi le GN est-il un art ?

Publié le Lundi 28 octobre 2013 dans Articles,Slide

Par

Tags: ,

--

Cela faisait un moment que je projetais d’écrire une contribution sur le sujet de l’art et du GN, sujet qui m’intéresse depuis plusieurs années. J’étais plongée dans différentes lectures quand l’article de David Arzailler m’a convaincue de l’urgence de lui répondre sur le sujet de l’art et du GN. Si son article ne commençait pas mal, la conclusion brutale, que le GN ne pourrait prétendre au statut d’oeuvre d’art – sans que l’on comprenne le cheminement de pensée qui conduit à cette condamnation sans appel, ni même que le concept d’oeuvre d’art ne soit réellement explicité -, se doit d’être fortement discutée.

« Tout peut entrer dans l’art, rien ne doit en sortir. » Michelangelo Pistoletto

 

antropometrie-kleinDes filles à poil, oui, mais artistiques !
Yves Klein, Anthropométries.

Problèmes de définitions

Il y a, je crois, pour commencer, un gros problème de définitions et je vais citer ici quelques phrases de David Arzailler, qui me semblent extrêmement discutables :

« Si le Grandeur Nature et l’Art ont des points communs, ils ne peuvent pas être assimilés et en aucun cas (…) un Grandeur Nature ne sera une œuvre d’art. Un grandeur nature peut avoir des qualités esthétiques indéniables, mais c’est avant tout un objet ludique. »

« Il y a, dans une œuvre d’art, une cohérence, une unité qui n’existe pas dans un GN. Un GN est une multitude d’événements, qui, même s’ils ont une certaine cohérence, ne peut aspirer au titre d’œuvre d’art. »

Ces déclarations sont fausses. Ni plus ni moins. Et ce parce qu’elles oublient complètement l’existence, dans l’histoire de l’art, des avant-gardes historiques (c’est-à-dire les mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle) qui ont bouleversées les théories esthétiques.

Je suis loin d’être, moi-même, une spécialiste des théories esthétiques, néanmoins je me propose de vous donner un petit aperçu des difficultés de définitions de la notion d’œuvre d’art et des querelles infinies qui ont cours parmi les théoriciens au sujet de l’œuvre d’art.

Weitz par exemple estime qu’il est absolument vain de tenter une définition de l’œuvre d’art : « la théorie esthétique est une tentative logiquement vaine de définir ce qui ne peut l’être, d’énoncer les propriétés nécessaires et suffisantes de ce qui n’en a pas, de concevoir le concept d’œuvre d’art comme clos quand son véritable usage révèle et exige son ouverture. »(1) Il est inutile de préciser que ceci est contesté parmi ses pairs.

Déjà dans les dialogues de Platon, l’exercice de la définition est jugé difficile car on peut identifier une œuvre d’art sans toutefois pouvoir en donner une définition claire, comme on peut avoir une bonne définition de l’œuvre d’art sans pour autant parvenir à en identifier de façon certaine.

Dans Principles of Art, Collingwood défend la thèse que « l’œuvre existe d’abord dans l’esprit de l’artiste avant d’être communiquée dans les esprits des esthètes par l’intermédiaire d’un médium »(1). Ainsi il suffirait simplement de dire que l’on fait de l’art pour en faire.

De son côté, Jerrold Levinson estime qu’une œuvre d’art n’est œuvre que parce qu’elle appartient à un certain contexte et non à cause de qualités intrinsèques (l’urinoir de Duchamp qui ne devient œuvre que dès lors qu’il est exposé au musée).

Bref, tout cela pour dire que la notion d’œuvre d’art est épineuse et que déclarer avec ses gros sabots qu’un GN ne peut pas être une œuvre d’art « et pis c’est tout » est assez imprudent et peu sérieux. Parce qu’en effet les mouvements historiques d’avant-garde ont (comme le dit Peter Bürger dans sa Théorie de l’avant-garde(2)) élargi considérablement le champs des moyens artistiques à disposition pour décrire une œuvre d’art. Leur action a étendu la catégorie d’œuvre d’art en donnant naissance aux néo-avant-gardes dont, par exemple, la performance.

Enfin sur la notion d’unité dans l’œuvre d’art, qui n’existerait pas en GN j’ajouterai deux choses :

- la première c’est que les avant-gardes historiques remettent justement en cause cette unité de l’œuvre d’art (concept d’oeuvre non organique expliquée dans Peter Bürger) en ce que leurs œuvres sont composées de fragments : chaque élément est autonome formant un tout chargé d’un sens défini par l’artiste.

- la deuxième c’est qu’il est très discutable qu’un jeu grandeur nature ne puisse former un tout cohérent.

Et si on parlait de médium artistique ?

Le GN est, pour moi, un médium, c’est-à-dire un outil, un matériau, un moyen de proposer quelque chose. Or il n’y a aucune raison pour que ce quelque chose ne puisse pas être, parmi d’autres choses, artistique. En fait c’est même ce qui est plutôt bien avec le GN, c’est que c’est une activité malléable de laquelle on peut faire à peu près n’importe quoi. Que les GN dont on a l’habitude ne se revendiquent pas comme artistiques, c’est une chose, que l’on déclare haut et fort que jamais, ô grand jamais un GN ne pourra avoir ce programme/cette prétention/cette volonté, c’en est une autre et elle me gêne profondément. Nous avons la chance de pratiquer une activité jeune, protéiforme, dont on a encore exploré que peu de ses potentialités, réjouissons-nous de cette liberté pour emmener le GN plus loin dans des voies inexplorées ! Il me semble d’ailleurs qu’un vent d’expérimentation et d’envie de faire parler du GN différemment souffle dans notre loisir, et ce n’est pas sans rappeler les démarches que bien d’autres activités ont faites avant nous.

Art-magie-GN

Le GN en phase d’artification

Le concept d’artification a été développé par Roberta Shapiro en 2004 au sujet de l’évolution du smurf (cette danse de rue des années 1990) en danse hip hop (art reconnu). L’artification est le « processus de transformation du non-art en art (…) »(3). C’est évidemment un concept qui m’intéresse tout particulièrement par rapport au GN. Je me base ici sur un livre(3), qui est une somme de contributions sur des sujets divers et leurs propres processus d’artification. Le livre évoque aussi bien le smurf que la magie, la photographie, l’art brut, le cirque, les objets de culte, le travail de metteur en scène, etc. Il est particulièrement intéressant parce qu’il parle de nombreuses activités qui en sont à des stades différents de leur artification. Ce qui est intéressant c’est que si les pratiques sont extrêmement diverses, les processus d’artification se recoupent et certains sont tout à fait observables dans la pratique du GN aujourd’hui en France (et évidemment dans le Grand Nord).

Par exemple l’un des symptômes de l’artification de la photographie est de se détourner de ce qui plaît à la masse : en GN nous avons pu l’observer par une prise de distance avec le gros médiéval fantastique qui tache en proposant des jeux de plus en plus variés.

L’artification passe aussi (notamment dans l’évolution du hip hop) par le vieillissement et l’élévation sociale des producteurs et des consommateurs. Cela se vérifie pour le GN.

Elle passe aussi par l’intellectualisation, la production d’analyses et de commentaires et la constitution d’une critique. Vous noterez que c’est exactement ce qui se passe en ce moment même sur electro-GN.

La reconnaissance de l’État joue par ailleurs un rôle moteur dans l’artification : la FédéGN a un agrément Jeunesse et Éducation populaire, à quand la reconnaissance par le Ministère de la Culture ?

Il faut noter que le processus d’artification transforme une activité comme art en la transformant en un genre nouveau : le smurf est devenu le hip hop. Il a évolué.

L’artification peut arriver par deux biais : la patrimonialisation ou l’avant-garde : les GNistes nordiques ont clairement choisi l’expérimentation de l’avant-garde. Mais il peut aussi s’opérer un processus d’artification externe par rattachement à des champs reconnus comme le théâtre et la danse contemporaine. Cela a été le cas pour le cirque, par exemple, et c’est ce que je fais en ce moment même en comparant l’artification du GN avec celle du cinéma. Pourtant il est important de dire que beaucoup des pratiques mentionnées dans ce livre, et notamment le cinéma, ne connaissent qu’une artification partielle. On accepte d’ailleurs très volontiers qu’une certaine production cinématographique ne tienne que du divertissement, tandis que d’autres productions font valoir leur statut de 7e Art. Or il semble que pour diverses raisons l’artification du GN risque, elle aussi, de rester partielle.

Pour commencer parce que l’artification passe peut-être par la nécessité de retirer les créations de leur contexte pour en faire des œuvres : cela a été le cas pour les avant-gardes historiques, pour l’art brut, ainsi que pour le smurf qui passe de la rue à la scène. Ensuite parce que « est art un objet ou une performance qui fonctionne comme tel pour un public »(3) et parce que si l’artification est d’abord une volonté des acteurs (nous), elle n’a « de chance d’aboutir que si elle est relayée par d’autres que les postulants au rang d’artistes »(3), c’est-à-dire des critiques, des amateurs, des institutionnels et enfin le grand public.

Bref, il y a du boulot, mais la révolution est en marche.

revolution-et-GN

(1) cité dans POUIVET, Roger, Qu’est-ce qu’une oeuvre d’art ?, Vrin, Paris, 2007 (Chemins philosophiques).

(2) BÜRGER, Peter, Théorie de l’avant-garde, Questions théoriques, 2013, (collection Saggio Casino) 1ere édition 1974.

(3) sous la direction de Nathalie Heinich et Roberta Shapiro, De l’artification, enquêtes sur le passage à l’art, Édition de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 2012 (Cas de figure).

18 réactions à Pourquoi le GN est-il un art ?

  1. Il me semble manquer un élément essentiel dans ton analyse : la monétarisation.

    L’argent est en effet un élément essentiel du processus qu’il s’agisse du

  2. Il me semble manquer un élément essentiel dans ton analyse : la monétarisation.

    L’argent est en effet un élément essentiel du processus qu’il s’agisse du paiement direct de l’artiste ou de la marchandisation de l’œuvre ultérieure, dont la muséification est la forme ultime.

    Ah, on me dit dans l’oreillette que cette marchandisation est déjà à l’œuvre, grâce à un avant gardiste du medbour angevin :) Le GN serait donc effectivement un art putatif !
    Mais enfin, comme brillamment indiqué ci-dessus le medbour de masse n’étant pas du GN,nous sommes sauvés du fléau de l’artification. Vive donc l’artisanat !

  3. En effet l’intégration sur le marché est un des processus finaux de l’artification (et séparé de la muséification d’ailleurs : une oeuvre peut entrer au musée avant de prendre son envol sur le marché de l’art), mais elle dépend surtout de l’intérêt d’amateurs/collectionneurs. Cependant dans l’hypothèse où le GN trouverait des amateurs et collectionneurs, il pourrait très bien entrer sur le marché au même titre que la performance.

    Par rapport au GN de masse, une petite précision : il ne s’agit pas de dire qu’il ne peut pas prétendre au titre d’oeuvre d’art (en fait il n’y a aucune raison pour qu’il ne le puisse pas), mais de souligner le fait que le processus d’artification qui s’est mis en branle dans le GN s’est fait en opposition aux premières pratiques GNistiques avec une recherche pour faire évoluer le loisir.

  4. Bonjour,
    On me taxera sans doute de manque d’objectivité et je le reconnaitrais sans difficulté du fait que je connaisse David A., mais je n’ai pas l’impression d’avoir lu le même article, que vous.
    Je n’ai pas eu l’impression que David ai affirmé qu’un GN ne peut pas être considéré comme une oeuvre d’art, si on y met cette intention. J’ai l’impression qu’il a dit que le GN est avant tout un objet ludique.
    Pour reprendre votre exemple. David ne dit pas qu’un urinoir ne peut pas être un objet d’art s’il est exposé, il dit qu’un urinoir sert avant tout à uriner.
    De plus certaines formulations de la rhétorique que vous proposez « avec ses gros sabots », « et pis c’est tout » ou encore « Ces déclarations sont fausses. Ni plus ni moins. » m’apparaissent plus traduire votre état émotionnel face à un sujet qui vous est cher, qu’un véritable aboutissement de réflexion sur un sujet.
    Je pense que nul ne contestera la démarche artistique que certains donnent à leur pratique et à l’organisation de leur GN.
    Considérer qu’un GN est avant toute chose, une oeuvre d’art, sans prendre en compte qu’une majorité de jeux sont initiés pour leur nature ludique (et non artistique) me semble étonnant.

  5. Bonjour.
    « Je n’ai pas eu l’impression que David ai affirmé qu’un GN ne peut pas être considéré comme une oeuvre d’art, si on y met cette intention. »
    Pour ma part c’est pourtant ce que j’ai lu de façon explicite dans l’article de David. Les citations mises en exergue dans l’article de Lucie le montrent et j’ajouterais la conclusion dans laquelle David indique que dans le cas du GN, l’objet ludique ne peut être en même temps artistique : « La diversité des facettes, l’intangibilité et les caractéristiques intrinsèques du Jeu de rôle Grandeur Nature empêche, à mon sens, celui de prétendre à cette double casquette. »

  6. @pink
    Le sujet m’est cher. Et j’avais dit à David que je n’étais pas d’accord avec le fond. De plus, à la lecture de ses commentaires, je réalise que l’article émet un avis finalement très personnel. David A. N’a pas envie que le GN prétende être une œuvre d’Art de peur de le voir perdre sa nature. Cette réponse de Lucie C. se rapproche plus de mon opinion et n’oppose pas Art et ludisme ce qui me convient. Ceci étant dit voici quelques éléments de l’article de David A. que j’ai retenu. Nous avons bien lu le même article mais pas retenu la même chose.

    Pink a dit : « Je n’ai pas eu l’impression que David ai affirmé qu’un GN ne peut pas être considéré comme une oeuvre d’art, si on y met cette intention. »

    Extrait de l’article de David A. : « Si le Grandeur Nature et l’Art ont des points communs, ils ne peuvent pas être assimilés et en aucun cas, du moins de mon point de vue, un Grandeur Nature ne sera une œuvre d’art »

    Et l’opposition Ludique/Artistique n’a pas de sens selon moi. Parce que Artistique ne veut pas dire Esthétique, et parce que l’intention de l’Auteur n’est pas indispensable à l’obtention du statut d’Art. Une théière en porcelaine peut être considérée comme une œuvre d’art parce qu’elle remplit ses fonctions comme aucune autre. La confusion : « l’Art doit être beau » est courante mais serait difficilement acceptable dans un texte universitaire ou académique.

    Je pense que si on peut imputer les expressions « gros sabots » et autres à de l’émotionnel, il reste pertinent de signaler que l’argumentation de l’article de David A. est légère. Les commentaires de David A. sur son propre article m’ont fait bien comprendre d’où venait la crainte du procédé d’artification. Ce à quoi j’ai envie de dire que peu de GNistes voudraient voir le loisir leur échapper pour rentrer au musée ou dans les pages de Télérama, transformé et épuré de tout « jeu » au point d’en devenir méconnaissable. Mais si l’artification éventuelle du loisir ne devrait pas nous échapper, à nous les passionnés de la première heure, elle peut rester souhaitable. L’Artification, oui, mais pas n’importe comment et pas par n’importe qui, en somme.

  7. Alors petite précision. Ce billet sur GN et Art n’était en aucun cas un texte universitaire ou académique. Quelle honte ce serai pour la recherche universitaire française…Je ne prétend pas du tout me poser en universitaire dans le domaine de l’Art. C’était plus un sentiment sur l’air du temps et ce que je trouve être, bien trop souvent, une dérive plus qu’un progrès.
    J’étais parti pour une longue tirade enflammée sur le fait que l’Art n’est pas le seul vecteur d’émotions (et heureusement) et sur le fait que ma posture est et sera toujours celle d’un joueur (ce qui ne m’empêche pas d’être un être humain sensible etc..), sur le fait que pour une fois l’argumentation était légère, mea culpa mea maxima culpa sur un sujet aussi sensible et cher aux lecteurs assidus d’electro Gn et que la prochaine fois promis j’argumenterai et je creuserai vraiment sur les torchons et les serviettes… mais est ce vraiment nécessaire :)
    Non.
    Amusez vous bien et bon jeu à vous tous :)

  8. @David : effectivement à la lecture de tes commentaires sur ton article, j’ai compris que tu ne faisais que partager une vision personnelle, mais malheureusement ce n’était pas très clair dans l’article, c’est pourquoi il m’est apparu important de revenir sur cette notion d’esthétique que tu abordais de manière assez incomplète.

    L’opposition entre art et jeu que certains mettent en avant ne me paraît pas du tout pertinente et mériterait un traitement plus approfondi que quelques lignes en commentaire. C’est un projet d’article qui devrait voir le jour un de ces quatre.

  9. C’est un peu dur de faire la différence. Il faudrait qu’on mette des tonnes de catégories différentes sur le blog pour savoir qui parle de quoi et dans quel but. Ce n’est jamais simple. Mais on est pas tous obligé d’avoir la même sensibilité ni les mêmes sources sur tous les sujets pour échanger et heureusement. Merci David et merci Lucie.

  10. L’article de Lucie me semble convaincant même si face à celui de David, plus touffu, on aurait voulu voir défendre l’idée d’un Art du GN sur d’autres fronts que celui de l’artification et de l’avant garde. Cependant, merci pour l’idée de « médium artistique ».

    Si l’on approche la démarche du créateur de l’orga de GN par comparaison avec celle du réalisateur de cinéma, il me semble que l’on peut placer le GN dans ce débat de l’Art.
    Le cinéma a gagné son grade de septième art, il reste pourtant également un objet de divertissement (c’est la même chose pour la peinture, il suffit de se balader place du Tertre ou sur le port de St Tropez pour voir que la peinture n’est pas qu’un Art, -mais aussi un objet commercial, « esthétique » ou artisanal).
    Le réalisateur d’un film peut donc se placer comme un Artiste. Il va produire une œuvre dont il peut espérer qu’elle va divertir des spectateurs mais qui va surtout lui permettre d’accoucher d’une œuvre, de « donner » ses états d’âme, de s’essayer à de nouvelles manières d’exprimer les questions qui le hantent.
    Il peut aussi se placer dans la peau d’un artisan et ne se baser que sur la seule attente de divertissement des consommateurs de sa production pour diriger son action. Il choisira son thème selon la mode (et hop, un film de super héros de plus), testera les hypothèses de son scénario sur des échantillons test, appliquera des règles simples et des techniques développées par d’autres.

    Ça me semble être la même chose pour un orga de GN qui est dans une situation où son rôle de créateur consiste à assembler des compétences et à diriger des personnes pour aboutir à une « création ». Comme le cinéaste, il peut le faire en bon artisan du ludisme, choisir un thème à la mode (et hop, un GN Game of Throne :) ), appliquera la même structure scénaristique de d’habitude (et hop, on finit par une bataille générale), utilisera des éléments ludiques simples et largement éprouvés.

    Cet orga de GN peut aussi connaitre et maitriser toutes ces techniques éprouvées et les mettre au service d’autre chose que le simple amusement des joueurs, notamment au service d’une histoire ou d’une expérience qu’il veut partager.
    Il donne alors de soi, il construit une chose basée sur lui même, ses sensations, sa personnalité, à laquelle il va vouloir donner un sens universel, partageable par les autres. A mon sens, il est déjà dans une démarche artistique. Celle-ci me semble devenir incontestable quand, en plus, il expérimente de nouvelles manières de raconter, de jouer, de s’exprimer.

    Un élément qui rend le caractère artistique du GN plus difficile à défendre est la question du spectateur. Comme au théâtre ou au cinéma où l’œuvre est collective, on peut considérer les orgas, PNJ et joueurs comme co-créateurs du jeu. Il n’y a donc pas de spectateurs.
    Le GN est un art sans spectateur alors que ce dernier est indispensable dans certaines définitions de l’Art (l’exemple de la pissotière de Duchamp qui n’est objet d’Art que parce qu’il y a des gens pour la regarder comme telle).
    Mais, dans certaines avant gardes des arts plastiques ou du théâtre, les spectateurs deviennent des acteurs. Dans le GN, on pourrait considérer que les créateurs sont également un peu spectateurs de leur propre œuvre.

  11. Lucie C. : « L’opposition entre art et jeu que certains mettent en avant ne me paraît pas du tout pertinente et mériterait un traitement plus approfondi que quelques lignes en commentaire. C’est un projet d’article qui devrait voir le jour un de ces quatre. »
    Projet d’article que j’attendrais avec un grand intérêt en bon lecteur assidu ;-)

  12. En fait je crois que ce qui me gêne, c’est de savoir si le GN est AVANT TOUT un art. J’ai l’impression que ce qui définit un GN, c’est que c’est avant tout un jeu.
    Si la page d’accueil de la fédé écrivait « Le GN est un art. Il utilise son public au travers d’une démarche ludique », je trouverais qu’on se trompe d’angle d’approche pour expliquer l’activité.

    Si tel n’est pas le propos de cet article, alors faites fi de mon commentaire.

    Sinon :
    - Le GN est un médium artistique ? Effectivement, comme la nature ou la masturbation. Ceci n’en fait pas, avant tout, des arts.
    - dans le processus d’artification, on peut, dans chacune des étapes, remplacer le mot GN par n’importe quel autre mot avec un résultat similaire. J’ai essayé avec l’ »exercice de la médecine » ou « la fabrication de la rillette », ça marche.

    Ce qui est perturbant, c’est qu’avant l’article de David, j’avais le même avis que Lucie…

  13. Pourquoi cette question de savoir comment hiérarchiser le ludique et l’artistique ? Le fait on pour d’autres pratiques ?
    « Le cinéma est il AVANT TOUT un art ? » La question est tellement incongrue que je ne saurais même pas comment l’aborder.

    La nature n’est pas un médium artistique (même dans le land art), elle est un support, un sujet mais pas le moyen par lequel l’artiste s’exprime …

  14. Je pense que le propos de Lucie n’est pas de dire que le GN est avant tout un art. Je le vois plus comme une réaction à l’article de David qui disait le GN ne peut prétendre à la dénomination « ART ». Et je suis d’accord avec le commentaire précédent : pourquoi opposer art et jeu ? Je comprend néanmoins la peur de David, d’ailleurs si tu pouvais écrire un billet là dessus ce serait vraiment sympa, quand tu dis « j’ai peur que l’artification du GN lui enlève sa caractéristique ludique ». Cette peur, je l’ai moi-même, parce que les questionnements esthétiques (qui selon Lucie, et elle a raison, marquent le début de l’artification de notre activité), s’ils me passionnent, me font aussi craindre des dérives communautaristes, élitistes, excluantes. J’aime le GN dans ce qu’il a de plus « basique », c’est à dire des gens, des rôles, des mondes, du jeu. Du coup si tu viens aux Gniales, j’aimerais bien parler de tout ça avec toi, et peut-être commencer un manifeste qu’on appelerait « Du jeu » ou un nom latin du style « ludum primarie » (ce qui signifie « Du jeu avant tout ») ce qui claque absolument.

  15. Nul doute que le sujet sera abordé lors des GNiales et heureusement que la « communauté » GN n’a pas une posture univoque sur la question.

    Pour revenir au débat sur le GN et l’Art, il est indéniable que de nombreux artistes se sont déjà emparés de ce que nous qualifions communément de loisir (c’est le cas pour moi en tout cas), mais sans l’appeler GN.

    Le GN peut bien entendu prétendre à l’état d’objet artistique, encore faut il qu’il y ait une volonté et un courage de le positionner comme tel, un discours sous-jacent, souvent pointu et plutôt abscons, expliquant la démarche et s’inscrivant dans une histoire de l’art, en continuité ou en rupture.

    Ce qui fait Art à mon sens, se résume à l’urgence de délivrer un message Politique et au message lui-même, tout le reste n’est que medium.

    Pour ma part, je n’ai pas encore rencontré de GNiste fiévreux et habité, avec un message Politique fort à délivrer et le seul GN pour y parvenir.

    Vus de l’extérieur, certains GN me paraissent artistiques : Kapo, Delirium, ou celui dont j’ai mangé le nom, un camp de réfugiés au milieu d’une place, visible par les gens autour.

    Après, beaucoup d’expériences ont eu lieu qui ont abouti à ce que pourrait produire un GN pensé pour délivrer un message, comme le théâtre de l’invisible par exemple ou certaines œuvres de plasticiens qui ne sont complètes que quand le public les habite, ou encore l’expérience d’emprisonnement de volontaires, filmée ou visible directement par le public.

    De passionnantes discussions en perspective.
    Méfiez vous cependant des trompettes de la renommée, qui de l’avis de l’autre, sont quand même bien mal embouchées !

  16. Comme j’ai pu l’écrire dans ma réaction à l’article ce débat repose selon moi à (au moins) 80% sur des conflits de définition :

    Le GN peut-il être un art ?
    Oui & Non en fonction de comment on définit le GN (exemple : en en excluant le « gros médiéval fantastique qui tache » ;-) ) et (surtout) de comment on définit l’art. Il est même possible, en fonction des définitions, que cette question n’est pas de sens.

    Le GN est-il « avant tout » un art par opposition à « avant tout » un objet ludique ?
    Encore une fois Oui & Non en fonction de comment on définit le GN et (surtout) de comment on définit l’art. Et de même, il est encore possible, toujours en fonction des définitions, que cette question n’est pas de sens.

    Ce type de débat sémantique ne peut que rester stérile tant que les protagonistes camperont sur leurs définitions respectives. C’est pourquoi je ne rentrerais plus dans ce débat ici ;-)

    Esquivons la sémantique et prenons un angle d’attaque différent :

    Partons de l’hypothèse qu’un GN est un objet qui possède à la fois des composantes artistiques & ludiques.
    (Tu remarqueras, cher lecteur, que je fais bien attention à ne pas proposer ou même sous-entendre un rapport hiérarchique entre ces deux composantes, ni même affirmer ou sous-entendre qu’un tel rapport ne puisse pas exister ;-) )

    Ainsi, les « créateurs » de cet objet, dans le cas d’un GN à la fois ces auteurs pour la phase de « conception » et ces joueurs pour la phase de « jeu » (ou tout du moins certains d’entre eux), seraient dans une démarche double : à la fois la recherche artistique & simultanément la recherche ludique.

    Prenons maintenant le cas d’un choix critique :
    Une situation dans la conception du GN, ou une situation de jeu où le « créateurs » (Auteur ou joueur) doit choisir entre deux issues. L’une privilégie sa recherche artistique au détriment de sa recherche ludique, l’autre privilégie sa recherche ludique au détriment de sa recherche artistique.

    Que fait-il ?
    Que feriez-vous à sa place ?

    Et même si cette question représente moins de 20% du sujet (cf. plus haut) c’est à mes yeux la plus intéressante à traiter.

    De mon côté, face à ce type de choix à prendre, je privilégie systématiquement la recherche ludique, même si c’est parfois au détriment de la recherche artistique, tant dans ma pratique de joueur que d’organisateur. C’est mon avis personnel qui n’engage que moi, et comme tout avis personnel il est ni définitif ni arrêté.

    En termes plus usuels, je préfère toujours « créer du jeu » même si c’est au prix de « d’écorner » un peu la « valeur artistique », ou de me détourner légèrement des « objectifs artistiques », de mes créations ou des créations auxquelles je suis amené à contribuer.

    C’est la lecture que j’avais eu sur le « fond » de l’article de David, et c’est pourquoi j’ai commencé mon commentaire à cet article en approuvant son approche. Après, la sémantique, et le militantisme, je les laisse à ceux qui maîtrisent la chose mieux que moi ;-)

  17. Ah j’oubliais, une chose avant de partir :

    Comme tu l’aura compris, cher lecteur, je suis un troll, mais chose rare, je suis un troll magnanime et bon ;-)

    Ainsi je vais tenter par cette ultime tentative de mettre tout le monde d’accord :

    Partons de l’hypothèse que la Création Ludique ou Conception de Jeux (Game Design, n’ayons pas peur des anglicismes), c’est-à-dire processus de création et de mise au point d’objets à composantes ludiques, soit un art. C’est une hypothèse que beaucoup de monde défend, en particulier dans le milieu de la création de jeux vidéo.

    Mais ici le cas qui nous intéresse c’est le GN.

    Dans ce cas ou le Ludisme deviens Art, ma question précédente sur l’opposition des deux perd en effet tout son sens. Et en effet tous les Auteurs et Joueurs de GN, y compris ceux des « gros médiéval fantastique qui tache », seraient des Artistes malgré eux, à l’insu de leur plein gré.

    Après à vous de me dire si ma solution vous conviens ou non ;-)

    Je vous fait à tous des free-hugs virtuel en attendant de pouvoir vous en faire des vrais le week-end prochain aux GNiales, et de pouvoir par la même occasion continuer à troller dans ce débat fort passionnant ;-)

  18. Oui, je crois que une œuvre d’art peut être considérée comme tel de par sa valeur ludique. Pas d’opposition obligatoire entre ludique et artistique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>