GN et costumes historiques : la bonne soupe

Publié le lundi 3 juin 2013 dans Humeur

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Ce billet est un billet d’humeur, que je me propose de partager avec vous en tant qu’amatrice de costumes historiques, couturière et chercheuse très amateur dans le domaine de l’histoire de la mode. Également GNiste, le sujet du rapport entre GN et costume historique me travaille depuis quelques temps. Je me contenterai de parler ici des périodes que je connais. Nul doute qu’il y aurait aussi beaucoup à dire sur les costumes de périodes dont je suis moins familière.

Je précise d’ores et déjà que cet article porte bien sur le GN en costumes historiques et n’a rien à voir avec la querelle histo/pashisto, qui a cours dans le milieu des « costumés » (c’est à dire les gens qui portent des costumes plus ou moins historiques hors des jalons d’un scénario).

Il ne s’agit donc pas ici de pinailler parce que la dentelle de la robe de Ginette n’est pas historiquement crédible (qu’aucune GNiste prénommée Ginette ne prenne cette attaque personnellement), mais plutôt de déplorer que les particularités d’une mode dans un GN de contexte historique ne soient pas davantage respectées. En effet il m’arrive très souvent de remarquer que le visuel d’un GN dont l’intrigue se déroule en 1865, par exemple, a en réalité peu à voir avec l’époque dont il se réclame.

Ce n’est qu’un jeu

Bien souvent les organisateurs de GN opposent que ce n’est qu’un jeu, qu’eux-mêmes se foutent royalement de la mode (ce qui est leur droit) et que le port du costume sur leur jeu ne sert qu’à des fins d’évocation et d’immersion. Pourtant cette remarque me semble mettre de côté le fait qu’un costume n’est pas juste là pour froufrouter, pour faire joli et donner du maintien. En réalité la mode, qu’elle soit du milieu du XIXe siècle ou d’aujourd’hui véhicule des normes sociales, renseigne sur une société, et est un excellent vecteur de caractérisation d’un personnage.

Nous qui cherchons à incarner des personnages dans toute leur richesse, qui voulons nous immerger (puisque ce mot est à la mode) dans un rôle et dans un jeu, pourquoi n’attacherions-nous qu’une importance négligeable à notre costume ?

Entre 1850 et 1860 c’est le plein âge de la crinoline, une période relativement bien représentée dans le paysage GNistique français (ou du moins parisien, notamment grâce à l’association des Amis de Miss Rachel). Une période où les jeunes filles ne sortent pas sans chaperon, une époque où les femmes se couvrent jusqu’à la gorge toute la journée et ne portent un décolleté que pour le dîner. Celle qui porte un décolleté pour un pique-nique est une pute, du moins quelqu’un qui fait beaucoup jaser. Le fait est intéressant pour un GN, pourtant, il ne peut pas être exploité car dans ce cas la plupart des personnages du jeu sont visiblement des femmes de petite vertu.

Ce propos mérite d’être illustré :

Miss Rachel GN Spirits crinoline

La 7e édition du jeu de Miss Rachel, Spirits of Hannington Wicks. Photo finale, on s’y croirait, non ?

Et puis presque les mêmes, mais en vrai :

Eugénie à Compiègne

À Compiègne, l’Impératrice Eugénie pose avec ses suivantes

La plupart des organisateurs et des joueurs me rétorqueront que ce n’est pas grave, que l’important c’est de s’amuser, mais je leur répondrai ceci : si la cohérence historique n’a pas d’importance, si vous vous moquez que le costume de vos personnages renseigne sur leur statut social, leur âge ou leurs mœurs, pourquoi placer votre scénario dans une période et/ou un contexte social où la mode est importante ? J’irais même plus loin en disant que la mode est toujours importante pour caractériser une personne, aujourd’hui comme au XVIIe siècle !

Les joueurs n’y sont pour rien

J’écris en ce moment un jeu dont le scénario commence en 1905. Je me suis interrogée sur le pourquoi de cette décision et voici les réponses que je me suis données : parce que l’ambiance du début du XXe siècle me plaît et parce que je voulais avoir, dans mes bornes chronologiques, la guerre 14-18. Bref, j’avais des raisons. Pourtant je sais pertinemment que le jeu ne se jouera pas dans une vieille maison de famille décorée comme en 1905. En GN on fait semblant. On loue une maison un peu vieille, un peu jolie avec de vieux meubles en bois et ça fait l’affaire. Pour les costumes c’est pareil. On demande aux filles de mettre des robes « genre historique » pour qu’elles se sentent comme des princesses et aux garçons de porter le costume et une lavallière et le tour est joué. On n’a pas besoin que ça fasse vrai parce que ce n’est qu’un jeu. Pourtant, si pour l’aspect d’une maison il est effectivement difficile d’obtenir une super réalité historique, la chose est davantage possible pour les costumes de GN !

La plupart des organisateurs de GN demandent aujourd’hui un investissement important à leurs joueurs. Il n’y a qu’à voir le nombre de previews sur ce site où il est fait mention de l’effort demandé aux joueurs notamment au niveau des costumes. C’est bien normal après tout, les costumes participent de l’immersion. Mais dans ce cas pourquoi ne pas donner de vrais conseils aux joueurs ? Pourquoi ne pas leur montrer des exemples de vêtements à la mode au moment du GN et que l’on attend d’eux ? Pourquoi accepter que la puritaine de votre jeu mi-XIXe soit habillée plus vulgairement qu’une prostituée ? Il me semble que les organisateurs, parce que cela ne leur semble pas important, négligent beaucoup trop cet aspect du jeu. Dans ce cas il convient de se poser une question : pourquoi ai-je placé mon intrigue en 1860, en 1880 ou en 1900 ? Est-ce vraiment important ou est-ce un prétexte pour donner l’occasion aux GNistes de prendre de jolis portraits d’eux en costumes qui froufroutent ? Ne puis-je pas profiter d’un jeu historique pour apprendre à mes joueurs la mode vestimentaire de l’époque concernée (en n’oubliant pas que parfois la mode change radicalement en l’espace de 5 ans) ?

L’effort consenti par les joueurs de jeux médiévaux-fantastiques, de science-fiction, ou historiques au niveau de leurs costumes est parfois énorme. Pourquoi ne pas profiter de cet effort pour donner de vraies consignes et obtenir ainsi un jeu cohérent visuellement ?

Et pourquoi pas des costumes symboliques ?

L’idéal quand on est sûr de l’aspect visuel que l’on veut donner à son jeu, certains l’ont bien compris, consisterait à fournir leurs costumes aux joueurs. Certains organisateurs fournissent ainsi tout ou partie du costume. L’idée est, je trouve, excellente, mais ce n’est pas forcément facile à mettre en place, particulièrement dans le cas de costumes historiques et cela peut générer une frustration pour les joueurs. Pour certains, l’élaboration du costume du personnage est, en effet, un réel plaisir.

S’il n’est pas possible d’obtenir de tous les joueurs des costumes justes historiquement, que de toute façon la date du jeu n’est qu’un ancrage lointain, pourquoi ne pas opter pour des costumes symboliques ? Un espèce de costume de PNJ noir, éventuellement affublé d’accessoires pertinents pour le rôle. Un costume sans âge qui ne s’intéresse pas aux formes de la mode, mais qui s’intéresse aux symboles.

Récemment j’ai vu un opéra dont les costumes des chœurs étaient extrêmement réussis parce qu’uniformisés, donnant une claque visuelle sans pareille à la mise en scène. Je crois qu’il ne faut pas hésiter en tant qu’orga de GN à s’emparer des costumes du jeu en donnant des consignes précises. Quelques exemples me viennent en tête comme le Fahrenheit organisé chez Rôle si mes souvenirs sont bons (où les différentes races/familles ont des looks très marqués et une couleur dominante), le Highlands, chez Rôle encore (où un tartan différent par famille était de rigueur) ou encore le Frauleïn Rackel des Amis de Miss Rachel (la consigne étant je crois de la poussière et du sale).

GN tournure tartan rôle higlands

Du tartan sur le GN Higlands 1879 organisé par Rôle en 2011
Crédit photo : Joram Epis

Vous allez me dire qu’on s’éloigne un peu du sujet du costume en GN historique. Oui et non. J’ai envie de vous dire : arrêtons de faire du GN historique en faisant semblant ! Si on opte pour l’historique (que ce soit du XIXe ou du médiéval d’ailleurs), faisons du vrai dans les costumes aussi ! Si l’on opte pour du para-historique ou les incohérences sont de mises, optons pour des costumes marqués, symboliques, qui donneront à l’ensemble un aspect cohérent et réussi plutôt qu’un gloubi-boulga façon historique nawak raté ! Et par pitié les filles, arrêtez de sortir votre robe de bal de princesse au milieu de l’après-midi !

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Lucie CHOUPAUT

Lucie CHOUPAUT

Membre active de l'association eXperience, Lucie s'intéresse aux rapports entre GN et art. Ses goûts d'organisatrice et de joueuse la portent plus particulièrement vers des jeux expérimentaux d'ambiance contemporaine et réaliste.

15 réactions à GN et costumes historiques : la bonne soupe

  1. Merci Lucie, je partage ton humeur 🙂
    Et le parallèle des 2 premières photos est très impressionnant !!!

  2. Je suis plutôt d’accord avec toi. Et je dois avouer faire non seulement attention à ne pas laisser dévoiler mes épaules en journée sur les jeux en crinoline, mais avoir par ailleurs traité de catin une jeune fille de bonne maison qui affichait une poitrine dégagée à l’heure des toasts et de la marmelade.
    Mais il faut bien se rappeler que le GN est un loisir qui coute cher. Ces jeux de miss Rachel, puisque tu les sites, sont joués dans les jolis châteaux ou grandes demeures. La location de ces sites est chère et se répercute sur les PAF. A cela, il faut rajouter le cout du transport. Et ensuite celui du costume. Tout le monde ne peut pas se coudre un minimum de 2 costumes. Tout le monde ne peut pas s’offrir le luxe de louer un minimum de 2 costumes. D’autant qu’à la location, il n’y a bien souvent que des robes de bal.

  3. En réalité, ça ne coûte pas plus cher de bien s’habiller (c’est comme pour manger) et 2 costumes ne sont pas indispensables. En GN on peut réutiliser la même jupe, mettre une bête chemise blanche en journée et le corsage de bal en soirée. C’est pas plus cher et c’est décent.
    En outre, si on ne peut vraiment avoir qu’un costume, pourquoi privilégier un costume de bal, sachant que la soirée dure quoi… 5/6 heures, sur un jeu de 24 voire 48 heures ? D’ailleurs rare sont les jeux où il y a effectivement des bals. Bien souvent il ne s’agit que d’un dîner, or, en dîner on ne met pas une robe de bal, c’est trop décolleté. En fait ce serait moins choquant de dîner en robe de jour que de pique niquer en robe de bal.

  4. Je comprends le propos de ce billet, et y souscris en partie, sur la volonté que les costumes doivent servir l’époque du jeu, utiliser de petits détails pour poser une ambiance réaliste, mais aussi certains aspects du personnage. J’aimerais pouvoir dire que je suis 100% d’accord et qu’on devrait tous avoir des costumes super histo et tout mais… C’est juste impossible. Et au final, même si tu dis ne pas vouloir glisser sur le débat « histo/pashisto », j’ai le sentiment que c’est ce qui est sous-jacent à ce billet, à la fin de la lecture. Car après tout, la mode d’une époque, c’est une caractéristique fondamental du « visuel histo » d’une époque…

    Etant moi-même sur la photo du Spirits, et rentrant totalement dans la description des « travers » pointés, j’avoue me sentir un peu prise en défaut. Oui, ma robe n’est pas histo. Si, on en a discuté avec les orgas pour essayer de s’approcher de l’époque, l’ambiance. Si, on a parlé des palettes de couleurs dispos en fonction de l’âge, de la coupe générale de la robe en fonction du milieu social, des détails d’attaches aux épaules qui évoquaient plus ceci ou cela… Seulement voilà, c’est super galère de trouver un costume qui remplisse toutes ces conditions. A moins de pouvoir lâcher 400 ou 500 euros pour avoir une robe sur mesure faite par une couturière, je ne vois pas comment tu fais.

    Le prêt ? Va trouver la bonne robe par rapport aux critères sus-cités parmi tes connaissances. Si tu es en région parisienne, c’est plus facile, la population GNistique est plus nombreuse. Mais si, pauvre de toi, tu habites en Province, a fortiori dans une région où le GN histo est quasi inexistant, et les joueuses peu nombreuses ?

    La location ? OK, à Lyon ou Paris, je connais quelques adresses qui peuvent te permettre de trouver de beaux costumes (et encore, il faut que ça colle). Mais encore faut-il être dans le coin ou avoir la possibilité d’y aller avant le jeu pour voir et essayer les costumes (un minimum, surtout quand tu n’as pas un gabarit « classique »). Ailleurs (dans mon cas, la Lorraine), tu ne trouves que des « déguisements », franchement laids.

    Fabriquer toi-même ? Je n’ai pas le temps ni les compétences (et je ne suis pas la seule dans ce cas). Et le beau tissu a tout autant un prix que la location ou l’achat.

    Pourtant oui, je suis de ceux et celles qui font des efforts de costumes, qui se documentent un minimum, humblement, et qui veulent bien y mettre un peu d’argent (raisonnablement). Alors j’ai passé un temps fou pour essayer de trouver une robe qui convienne et s’approche au mieux de tous les critères évoqués.
    J’ai cherché du prêt, j’ai cherché de la location, j’ai envisagé de faire moi-même… Mais au final, rien de tout cela n’était réaliste. J’ai fini par écumer les boutiques en ligne et ai finalement pu trouver dans mon budget (100 euros pour la robe, c’est déjà raisonnable je trouve, hors accessoires) en commandant en Chine :/ La lose. J’aurais aimé faire travailler une couturière, une vraie, mais n’en ai pas les moyens.

    Il n’empêche que « ça fait illusion », que je me suis donné du mal et que si tous les détails du costume (n’en déplaise aux puristes), ne sont pas histo ou font quelques entorses à la mode du moment, eh bien tant pis. « Ce n’est qu’un jeu », et si je peux concevoir que cela irritera l’oeil des quelques spécialistes, j’en appelle de leur part à un peu de tolérance pour le travail fourni à la fois par les orgas et à la fois par les joueurs. Après tout, ne faut-il pas déjà regarder « tout ce qui va », avant de focaliser sur les petites choses « qui ne vont pas » ?

    Un des autres arguments que tu avances, c’est « pourquoi placer son GN dans une époque si c’est pour fouler aux pieds ses codes vestimentaires ». Les raisons sont bien plus nombreuses que la simple mode, pour choisir une époque plutôt qu’un autre. La première pour moi, c’est le contexte historique, et le paysage socio-politique, qui, en premier lieu, pose une ambiance. La mode, c’est le volet visuel. C’est important, mais ce n’est pas ça qui va te fournir du back et du jeu pour tes persos. Enfin un peu, sur du jeu de convention sociales ou de l’intrigue « mode », mais ce ne sera pas le noyau dur de ton jeu, sauf si ton jeu tourne justement autour de l’univers de la mode. En l’occurrence, le Spirits ne se joue pas dans l’univers de la mode, il mêle plein d’autres thèmes et c’est pour cela qu’à mes yeux, pour un tel jeu, il n’y a pas du tout besoin de costumes qui soient 100% histos.

    Pour terminer, oui, il y a des joueurs qui font de gros efforts costumes. Mais alors, si on demande cet effort là à *tous* les joueurs, ne limite-t-on pas le nombre de joueurs qui pourront se permettre de participer à ces jeux ? Je trouve que tout le monde se donne du mal et même si mon costume ne vaudra jamais celui d’une couturière/costumière, j’ai rempli ma part du contrat, et je ne pense (j’espère) pas avoir choqué mes petits camarades de jeu.

    Bref, il est rare que je poste d’aussi longues réponses ici, mais j’ai trouvé ce billet finalement assez intransigeant, peut-être parce qu’il généralise un propos qui pourrait être tout à fait pertinent sur certains jeux… Soyons un peu réalistes, et n’oublions pas qu’on est là pour s’amuser avant tout ^_-

  5. Rien à redire à ton commentaire Adélie, il ne fait qu’asseoir mon sentiment de petite provinciale-fauchée-pas assez experte en couture et qui taille un bon 46 et plus…
    Sentiment d’un GN à deux vitesses entre ceux qui en ont (des beaux costumes) et ceux qui ne peuvent pas mais qui voudraient bien s’amuser aussi …

  6. @ Adélie et Chewy : il me semble que vous comprenez mal mon propos. Pour commencer, si je prends la peine de bien dire qu’il n’a rien à voir avec la vague de purisme dans le milieu du costume historique, c’est que c’est le cas, sinon à quoi bon le préciser.
    En outre, il ne s’agit pas ici de dire que tous les joueurs doivent dépenser des milles et des cents pour avoir un costume historique en GN, loin s’en faut, mais bien de leur donner les moyens de trouver des costumes pas forcément plus chers, mais surtout plus adaptés au jeu. C’est surtout aux organisateurs de faire des efforts car les joueurs en font déjà, il faut juste les aider et les orienter dans leur recherche d’un costume.
    Qu’on n’ait pas beaucoup d’argent et qu’on vive en province ne change strictement rien à l’histoire, avec du bricolage, de la récup’ et de la débrouille on peut faire un costume pseudo histo qui n’implique pas de porter un décolleté au milieu de l’après-midi. Je vais proposer, sur mon blog de costumes (et non pas ici) des sujets spéciaux « costumes de GN » pour les GNistes afin de les aider à se faire une robe à crinoline à moindres frais, une robe 1870, 1880, etc.

  7. OlivierEspigoule

    Pas d’accord avec l’idée que la mode est toujours importante pour caractériser une époque ou un personnage. Pas au point de s’emporter sur des épaules nues ou sur un faux-cul de la mauvaise taille.

    1- La mode est importante pour caractériser une époque dans une classe de la société qui s’attache à la mode. C’est manifestement souvent le cas chez Miss Rachel mais faire des GN’s XIXéme dans des milieux plus populaire permettent de s’affranchir de la mode. Que l’on soit exigeant pour un GN « Au bonheur des dames » me semble plus logique que pour un GN « Germinal ».

    2. La représentation et l’histoire de la mode offrent une loupe déformante qu’il ne faut pas utiliser construire une exigence dogmatique.
    Je m’explique : pour une murder année 60, ma compagne fait des recherches approfondies de style pour se faire un costume au top de la mode (facile, des masses de journaux de mode sont numérisés et accessibles sur le net) puis va chez sa mère voir si des vêtements années 60 trainent dans ses placards et recueille cette affirmation après avoir montré les images de mode « mais on ne s’habillait pas comme ça ! ». Il suffit d’ouvrir aujourd’hui un magazine féminin pour voir que personne ne s’habille comme dans les magazines. Pour une murder années 30, même exercice : comparaison des photos et dessins des magazines et des photos de familles (bourgeoise) … il y a un différentiel et les photos sont plus intemporelles.
    Alors oui, la mode change tous les ans, même au XIXeme siècle … dans les magazines. Dans la réalités, les choses sont plus lissées (sauf dans une classe sociale accrochée à la mode comme une moule à son rocher).
    3. On ne choisi pas forcément de placer un GN à telle ou telle époque pour des raisons liées à la mode. Lucie en fait l’illustration en disant qu’elle choisit d’écrire un GN en 1905 pour avoir 14-18 en ligne de mire. Pour ma part, je suis dans l’écriture d’une murder « historique » se déroulant en 1840 parce qu’elle s’appuie sur une situation politique spécifique qui n’a pas de rapport direct avec la mode de l’époque. L’action se déroulant dans un milieu social modeste, je ne me formaliserais pas si des joueurs recyclent des pièces de costume médiéval …

  8. Si Miss Rachel n’existait pas il faudrait l’inventer. S’ils ont pour fer de lance d’aborder cette époque avec tout le tirlipinpon et qu’ils le font très bien cela ne veux pas dire non plus que seule cette approche est acceptable. Sur le fonds c’est un éternel débat et chacun aura sa religion quant à la place idéale des curseurs histo. Si je vais jouer sur un jeu « un maximum d’effort de costume vous sera demandé » j’y vais en connaissance de cause et je me plierais en mille pour ne pas faire tâche dans le décor. Mais je refuse que l’on me rétorque que l’effort demandé est aussi négligeable que ce tu suggères.
    Malgré les précautions que tu annonces, je trouve tes propos trop violents sur la forme. A chaque jeu c’est un contrat entre les joueurs et l’orga, à chaque orga la liberté de ses choix. Cela devient un terrain trop glissant d’imposer sa vision personnelle comme seule vérité. Que tu ne comprennes pas les motivations des orga qui font un choix différent du tiens ce n’est qu’une question de point de vue. L’accumulation de pourquoi ainsi posé sous la forme d’un blog rend difficile d’avoir un échange éclairé.
    Je plussois les réponses qui me précède, faire une jolie photo miroir d’une époque n’est pas une nécessité dans tout GN. Je ronronne de plaisir dans un GN où tous les détails sont immersif mais je n’ai pas non plus de complexe à organiser une murder 1870 avec du costume « gloubi-boulga façon historique nawak raté ». C’est un choix assumé et ouvertement affiché. Le ciel ne m’ayant pas encore tombé sur la tête j’en ai déduis que je n’avais pas du irriter les dieux du GN en le faisant.

  9. @ Lucie C. : l’explication fournie dans ta réponse en commentaire est tout à fait louable, et je pense que c’est plutôt par ça qu’il aurait fallu commencer ton billet 😉 Je suis adepte du bricolage et recyclage de costume, mais j’avoue que dans certains cas, ce n’est pas évident. Le Spirits était mon premier vrai victorien (crino etc…) et sans avoir de costume de base, il est difficile de bricoler ou recycler quoi que ce soit.

    A mon avis, le fond de ton propos est valable pour les jeux qui se réclament histo, et qui veulent aider les joueurs à cibler leurs costumes, ne pas faire de bévue (type décolleté). Effectivement, fournir des patrons, des tutos, si, en tant qu’orga, tu veux que ton jeu soit « réaliste », c’est un minimum pour avoir l’immersion et la crédibilité que tu désires. Tu ne peux pas reprocher à des joueurs des erreurs de costumes si tu ne les as pas guidés avant. Donc tu aides.

    En revanche, pour la majorité des jeux, et a fortiori ce que j’en ai vu de Miss Rachel (en l’occurrence le Spirits et les retours extérieurs sur les autres jeux), le ton est assez léger, romanesque. Le but est d’être « dans l’ambiance », sans être forcément tout à fait histo, et que « ça claque » visuellement sans pour autant être pile poil les vrais costumes. Sincèrement pour des spectateurs ou joueurs lambda, ben ça marche du tonnerre. Quand j’ai commencé le GN, je bavais devant les photos du Spirits en me demandant comment il était possible d’avoir de si beaux costumes et de poser une ambiance si réaliste. Je ne pensais pas un jour réussir à être sur ces photos, et avec un costume qui soit à niveau. Tu vois, les largesses prises avec la mode, je les avais coooomplètement zappées, et je ne suis pas la seule.

    Je pense donc que le billet part sur de mauvaises bases, mais que les idées sont bonnes 😉

    Sans rancune, hein.

  10. Billet tout aussi intéressant que les commentaires qu’il suscite. On va dire que les attentes ne sont pas les mêmes. Pour illustrer mon propos, je reprendrais ton parallèle entre les deux photos, pour lesquelles ma réaction fut « Whoaaa ! Mais ce sont les mêmes, ou pas loin… » Il est vrai que après avoir lu l’article, j’ai remarqué quelques poitrines outrageusement dénudées… Mais ça montre ce qui était pour moi important sur ce jeu, et sur les autres jeux, d’ailleurs : l’ensemble, la vision impressionniste du moment, l’ambiance du jeu. Les volumes des vêtements, les silhouettes, les maintiens étaient tout à fait conformes non pas à la mode historique, mais à l’image que le collectif de ce jeu s’en faisait. Alors certes, si la vieille rombière bigote s’était trimballée en robe de gitane, c’est sûr que ça aurait choqué mais c’était loin d’être le cas.

    Dans ce GN « Spirits of Hannington Wicks », je pense que les orgas ont voulu se faire plaisir et faire plaisir à leurs joueurs et, au moins sur la session à laquelle j’ai participé, ça c’est fait en grande partie par l’ambiance basée sur des règles de conduite en société, raisonnablement simples mais hautement porteuses de jeu. J’avoue que je ne sais pas si en vrai en 1866 on ne devait pas faire des compliments à la maîtresse de maison mais plutôt complimenter la qualité de sa cuisine ou de sa décoration intérieure, mais pour moi, l’important c’est que ça le faisait, et j’ai adoré garder un sourire crispé quand j’ai été trahi plutôt que mettre une beigne à l’impudent(e). Et honnêtement, toujours selon moi, aucune des dames ne m’aurait semblé plus crédible dans son rôle en étant couverte jusqu’au cou.

    Et pour finir, je trouve assez agressif de ne pas laisser de place entre le GN historique d’une rectitude sans faille et le GN n’importe quoi.

  11. Il y a tellement de bonnes raisons de situer un GN à une époque particulière et, sincèrement, les costumes de ladite époque ne me paraissent pas du tout la première d’entre elles. Il est d’ailleurs intéressant de voir que les hommes qui répondent à ce billet d’humeur sont en désaccord… Programmation sociale ?

  12. Mesdames, messieurs, si vous ne voulez pas jouer chez Miss Rachel parce que la forme de nos manches ne sont pas assez histo pour vous, surtout, ne vous forcez pas.

    Et Adélie, tu étais parfaite.

  13. Pour ma part, je trouve la comparaison entre les deux photographies particulièrement flatteuse pour l’escalier. Quelle réussite !

  14. Je cite
    « Je précise d’ores et déjà que cet article porte bien sur le GN en costumes historiques et n’a rien à voir avec la querelle histo/pashisto, qui a cours dans le milieu des « costumés » (c’est à dire les gens qui portent des costumes plus ou moins historiques hors des jalons d’un scénario). »

    J’ai pas du comprendre la suite alors…

  15. Le langage du « costumé » est quand même bien sous-jacent dans cet article, qui aurait été nettement plus intéressant s’il avait pris l’angle brièvement évoqué du « conseils aux orgas pour aider les joueurs à gérer leurs costumes et les adapter aux règles sociales »

    Un point qui me paraît oublié dans les commentaires : l’importance de se faire plaisir aussi. Sur l’exemple du Spirits, j’habillais une amie pour son premier GN victorien. Le Samedi tenue couverte, robe de soirée après 18h, tout va bien. Le dimanche je veux lui ressortir une tenue de jour, elle a insisté pour garder la robe de soirée parce qu’elle se trouvait clairement plus jolie dedans. Ca passait vu que son perso était très « provoque », et je n’aurais pas argumenté quand bien même, d’aller lui bouder son plaisir. Et oui porter une robe de soirée en journée, j’ai tiqué aussi, et en même temps, le jeu se tenait et l’ambiance y était. Les demoiselles découvertes étaient les jeunes filles de la partie, avec un côté Scarlett O’Hara et son infamante robe de pique-nique. Ca peut être contestable du point de vue strict histo. En terme de narration, ça allait, et ça reste pour moi le plus important.

    Pour Rêves d’Absinthe, qui se joue en 1924, comme je trouve la mode des années 20 très moche et peu flatteuse, je laisse la latitude de prendre n’importe quel style des 20s aux 40s, mais je demande juste que le style du perso soit respecté : pailleté et flashy pour les artistes de Cabaret, clinquant pour les riches, plus modeste pour les pauvres. Alors oui, je suppose qu’un costumé couinerait en voyant un mélange disparate comme ça (dont des pièces modernes faisant un peu vieilles). De mon point de vue d’orga, tant que les différences de caractère et milieu étaient apparentes, je n’insistait pas sur l’historicité hors côté « retro », et ça a toujours très bien fonctionné au bénéfice du jeu. Et en tant qu’orga, je préfère largement une joueuse dans une robe pas tout à fait d’époque mais qui soit à l’aise dans son personnage, plutôt qu’à souffrir dans un costume juste historiquement mais avec lequel elle ne se fera pas plaisir.

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