Vraiment, vraiment

Publié le lundi 15 janvier 2018 dans Articles

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‘Vraiment, vraiment’ est un mot de commande bien pratique en GN qui commence à se diffuser et dont l’utilisation se généralise. Ce petit article pour en attribuer la paternité aux petits malins qui l’ont pensé et pour rappeler l’étendue des capacités de cette simple répétition.

La première fois où j’ai entendu le ‘vraiment, vraiment’, c’est sur le Terre Inconnue de l’Héritage d’Hallapandur, au briefing. Quelle joie ! Les gars vous êtes des génies ! Ai-je dit en voie intérieure. Ou tout haut (je déteste les gens qui perturbent mes briefs, mais je suis le premier à faire du bordel quand je suis joueur).

Ce ‘vraiment,vraiment’ était alors présenté comme un outil pour régler les situations de hors-jeu. C’est à l’usage qu’on a découvert l’étendue de ses capacités, au point qu’aujourd’hui il envahit notre quotidien, et que son invention est attribuée à la dernière association dans laquelle un futur organisateur l’a utilisé.

Gestion du hors-jeu

C’est l’usage principal de ce mot de commande. Dans l’association dans laquelle il a été pensé, le hors-jeu est exclu. Mais cette exclusion souffre de quelques exceptions, notamment pour ce qui se rapporte aux questions de sécurité.

Le ‘vraiment, vraiment’ complète donc une règle d’exclusion du hors-jeu et d’intégration en méta-jeu de toute interaction autour des règles, avec les orgas, etc.

On ne dit pas “Combien il te reste de points de vie ?” mais “ Combien as tu pris de coups ? Es-tu à 1 ou 2 doigts de la mort ?”

On ne dit pas “STP, monsieur l’orga, est-ce que je peux faire ce rituel ?” mais “Excusez moi, vieux sage, est-ce que vous pensez que si je fais ce rituel avec tel composante à tel endroit, ça peut marcher ?”

On ne dit pas “Je sais pas, c’est peut-être marqué dans mon back” mais “Heu désolé, j’ai un trou de mémoire, en réfléchissant au calme ça devrait me revenir”

On ne dit pas “Chéri, ta mère vient d’appeler, les enfants vont bien” mais “Cher ami, j’aurais besoin de m’entretenir en privé d’affaires qui ne concernent pas tout le monde”

On ne dit pas “Je suis Hors-Jeu, je vais aux chiottes” … non on ne le dit pas

Extrait du brief des Légendes d’Espigoule

 

Dans ce système, le  ‘vraiment, vraiment’ va permettre de gérer toutes les autres situations où l’on ne peut pas inclure dans les actions de son personnage des interactions qui concernent très directement le joueur.

En situation d’urgence notamment :

  • Une personne au sol semble souffrir > “Est-ce que tu t’es vraiment – vraiment fait mal ?” permet de s’enquérir de la santé du joueur
  • La personne au sol s’est effectivement tordu la cheville > “Arrêtez, il s’est vraiment – vraiment fait mal”, permet d’arrêter le jeu autour de l’accidenté; “Il nous faut vraiment – vraiment un médecin” permet d’aller chercher le soignant du GN sans que ne rappliquent les heureux titulaires de la compétence premiers soins
  • Quand les orgas sont sur place > “Il ne faut vraiment – vraiment pas jouer dans ce secteur, déplacez le combat sur une zone plane” permet faire déplacer une action et d’adapter la sécurité du site

… le tout en limitant le hors-jeu à 4 phrases assez discrètes.

Malgré l’intérêt du méta-jeu pour les questions de règles et sa facilité d’utilisation, les règles sont un point qui induisent souvent pas mal de hors-jeu. Notamment parce qu’elles nécessitent souvent d’être expliquées en même temps qu’elles sont mises en œuvre. Dans ce cadre l’utilisation du “vraiment, vraiment” permet de limiter les dégâts, notamment dans les situations mal prévues par les règles ou pour permettre aux orgas de gérer des situations spécifiques.

 

  • Vous avez vraiment vraiment l’impression qu’il n’y a rien à voir dans cette partie de la forêt

 

 

Mais attention, le “vraiment, vraiment” sert à informer autrui de problèmes ou besoin rencontrés par le joueur, pas par le personnage.

Avec l’aimable autorisation de http://www.tinquiete-yaunsafeword.com

Safeword

Le safeword est un outil de gestion de la sécurité émotionnelle. Plus d’information sur ces outils : https://www.electro-gn.com/11168-la-securite-emotionnelle

À l’usage, le “vraiment, vraiment” s’avère être aussi un safeword d’autant plus efficace qu’il est à la fois universel, intuitif et diégétique.

Placé avant toute chose que l’on veut dire à son interlocuteur et qui concerne le ressenti du joueur, il permet de placer dans la conversation du personnage des informations à la fois précises et rapides sur l’état d’esprit du joueur.

Il permet donc à la fois de gérer les situations de sécurité émotionnelle et de donner des indications sur le niveau de jeu que l’on attend.

Ainsi dans l’usage de prévention d’un harcèlement sexuel, il peut fonctionner ainsi :

  • Monsieur Casanova, vous n’obtiendrez rien de moi et il faut vraiment vraiment que vous cessiez de me courtiser, cela me devient insupportable ! Oubliez-moi, définitivement !

 

Après cela, Casanova ne peut plus se cacher derrière son perso pour coincer Mme de Truc dans les couloirs sombres. Le safeword, dans cette situation, est une solution pour indiquer son malaise, s’abstraire de la pression et indiquer son état à l’autre personne et à des témoins. Comme dans les autres situations de danger, le safeword n’est pas forcément suffisant et il sera légitime de sortir du jeu pour s’expliquer clairement, faire appel aux orgas, etc. Pour approfondir cette situation : https://www.electro-gn.com/9776-le-harcelement-en-gn

Dans la même veine, il peut remplacer l’anglicisme Cut ou le code couleur “Rouge” pour arrêter une interaction ou passer hors-jeu.

  • Mademoiselle Kampush, votre passé douloureux me met vraiment, vraiment mal à l’aise. Je vais avoir besoin d’aller respirer dehors.
  • Tu veux qu’on en discute vraiment, vraiment ?

Il permet aussi de réduire l’intensité d’une interaction (comme Brake ou le code couleur “Jaune”).

 

  • Hep Teddy Riner, il faut vraiment, vraiment que tu lève ton pied du mien, …, ça fait mal !

 

Ou au contraire de l’augmenter.

 

  • Arrrr! Monsieur Torquemada, il va falloir que vous me touchiez vraiment-vraiment pour que vos terribles tortures me fassent lâcher des aveux.

 

Dans son utilisation comme méta-technique de gestion de l’intensité d’une scène, une critique peut être émise sur l’utilisation de ce mot de commande unique qui induit l’utilisation de termes qui vont à l’encontre de l’intention du personnage. Dans le cas précédent, la victime de Torquemada n’a pas envie que ce dernier le touche. L’introduction d’une mention hors-jeu a l’avantage d’être très explicite, et le désavantage de manquer de finesse de jeu.

 

L’inconvénient

Pour l’instant, le principal inconvénient rencontré dans l’usage de ce mot de commande est sa capacité à envahir l’espace. Sa facilité d’utilisation fait qu’il peut être utilisé un peu plus que nécessaire et surtout qu’une fois le jeu fini on a très envie de l’utiliser pour témoigner de ses sentiments. Les débriefs débordent alors de vraiment, vraiment. Ce doublement glisse ensuite un peu trop facilement dans la vie quotidienne pour appuyer un propos.

Cette facilité d’utilisation peut également induire des mésusages :

  • Mais ce parchemin que je cherche, est-ce que vous ne l’avez vraiment – vraiment pas volé ?

D’un joueur à un autre, cette utilisation du vraiment – vraiment qui concerne un objet en jeu, est déplacée.

Il est important, pour qu’il reste efficace, que ce mot de commande soit limité aux situations relatives à des problématiques hors-jeu et que cela reste très clair dans sa présentation.

Il apparaît que ce mot de commande a pu être utilisé de manière variée, sur d’autres GN dans divers pays (https://nordiclarp.org/wiki/Really_Really_Meta-technique). Il est d’ailleurs à distinguer de la méta-technique “Really Really” nordique qui est un mot de commande “en jeu”.

Le ‘vraiment, vraiment’ présenté ici se diffuse assez rapidement, pour le meilleur. Il m’a toujours semblé nécessaire de l’attribuer à ses auteurs quand je l’ai utilisé. Maintenant qu’il s’échappe loin des bases de l’Héritage d’Hallapandur, j’espère qu’on n’oubliera pas que ça a été pensé dans une bonne petite asso du sud, vraiment, vraiment.

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Olivier Chandioux

Vice président et orga de l'association Les Légendes d'Espigoule, Olivier organise des GN depuis bientôt 15 ans et joue depuis bien longtemps, plutôt dans le sud-est de la France.

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2 réactions à Vraiment, vraiment

  1. Ce « vraiment vraiment » est une sorte de pré-safeword si je comprends bien.
    C’est terriblement efficace pour prendre la température d’une situation en cas de doute sans immédiatement faire péter le SW et sortir du jeu 😉

  2. Le vraiment vraiment, c’est vraiment vraiment très très bien !

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