Critique de GN : Timing

Publié le lundi 25 juillet 2016 dans Critiques de GN

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La musique revient, j’échange un regard complice avec ma partenaire de jeu. Je viens de lire les dernières lignes d’une histoire qui m’a transportée toute une après-midi. Je mets un peu de temps à sortir du sas, la gêne est vite brisée par les premiers sourires, les mots échangés. Je me sens usé, fatigué mais calme, je suis bien.

gn timing

Qui ne s’est pas déjà interrogé sur les hasards de la vie et surtout celui des rencontres ? Qui ne s’est pas déjà demandé comment son monde aurait pu évoluer dans d’autres circonstances ? Qu’est ce qui fait qu’au final l’on rencontre la bonne personne au bon moment ? Il est question de tout ça dans TIMING.

Depuis plusieurs mois je nourris mes interrogations de joueur sur ce que je recherche en GN. Je me souviens un brin amusé de mes premières années de découverte où je fantasmais sur les belles armures et jolies épées. La nostalgie des soirées au coin du feu autour d’un alcool maison où la convivialité primait sur l’interprétation. J’ai la chance d’avoir pu expérimenter beaucoup d’univers différents qui m’ont chacun transporté à leur manière que ce soit pour survivre à une apocalypse zombie où prendre le thé dans le confort d’un salon mondain de la belle époque. De toutes ces expériences, j’ai retiré des plaisirs et des émotions différentes.

TIMING occupe une place à part dans ce vécu, car c’est au final celui où je me suis senti les plus proches des personnages interprétés. L’immersion à la manière d’un « Tant d’espace » se trouve dans le rapprochement entre joueur et personnage. Ce jeu a donc nourri ma réflexion sur le plaisir recherché en GN, entre ludisme, immersion et expérience, il constitue pour le joueur que je suis la synthèse de ce que j’apprécie le plus dans notre loisir : « vivre » véritablement une histoire.

TIMING est un GN contemporain de Lila Clairence pour deux joueurs d’une durée d’environ 5h. Il s’agit d’un jeu découpé en scène et les joueurs sont chargés d’interpréter différents personnages au cours du jeu. À la manière du jeu « Plan Social » chaque joueur est amené à prendre connaissance de son personnage avant chaque scène. La comparaison s’arrête là, car ici les scènes sont longues (environ 45 minutes), peu nombreuses (seulement 5 scènes sont jouées, la 6ème et dernière est simplement lue) et enfin, élément très important, chaque personnage ne sera interprété qu’une seule et unique fois.

La qualité d’écriture de chacune des fiches de personnages est de mon point de vue l’élément le plus marquant du jeu. Le style me prend aux tripes, les mots tombent justes et quand la scène commence j’ai une idée bien précise de mon rôle alors que je viens de le découvrir il y a seulement quelques minutes. La narration du jeu est construite autour d’un fil rouge qui va être à l’origine et servir de« prétexte » aux rencontres. L’exercice est périlleux pour les joueurs car il s’agit ici d’interpréter cinq rencontres aux tons différents, parfois léger ou au contraire très dur. Une seule des cinq scènes jouées s’effectue en transparence, les autres possèdent leur part de secret et de révélation.

On se retrouve ainsi à passer du rire aux larmes et inversement. Il ne s’agit pas d’un jeu aisé à interpréter, l’immersion est servie par la qualité d’écriture et les thèmes contemporains mais le décor reste minimaliste et le passage d’un personnage à l’autre peut dérouter. Enfin, il repose sur un dialogue à deux, une dose de complicité avec son ou sa partenaire doit donc s’instaurer durant le jeu pour que l’alchimie fonctionne. Le choix de son binôme est donc un élément essentiel, d’autant qu’il s’agit d’un vrai voyage dans ses émotions, nécessitant un peu de lâcher-prise. Pourtant, le sentiment final est plutôt apaisé, TIMING est un GN « tranche de vie » avec ses hauts et ses bas, pas vraiment une histoire avec une morale mais plutôt des histoires, des rencontres avec leur banalité qui donne la saveur de l’ensemble, on cuisine un couscous aussi…

TIMING est un jeu de notre époque, les lieux, les sentiments les thèmes qu’il évoque sont estampillés « génération Y ». Un GN « Plus belle la vie » pour trentenaire urbain paumé ? Pas vraiment. Il est vrai qu’ici il n’est point question de grands combats politiques, ni  d’évènements fantastiques. TIMING traite de la simplicité du quotidien, on prend un café, on cuisine, on discute sur le canapé du salon. Les doutes de mes personnages font échos aux miens. Mais il n’en demeure pas moins une fiction, les scènes s’enchainent comme les chapitres d’un roman, une angoisse mêlée de curiosité précède chaque nouvelle distribution de fiche. Les personnages n’étant interprété qu’une seule fois, l’ouverture de chacune des scènes est laissée aux mains des joueurs. Il reste donc au final un grand tableau, mosaïque de rencontres, qui laisse demeurer un sentiment particulier d’attachement devant les portraits éphémères que l’on a interprétés durant quelques heures.

C’est ce sentiment particulier qui a placé TIMING à part dans mes expériences de GN. C’est peut être lié à l’alchimie avec ma partenaire de jeu, au moment de ma vie où je l’ai joué, à mon vécu personnel, sûrement un peu de tout ça.

Pour toutes ces raisons, je recommande TIMING. Je le recommande pour tous les joueurs de GN désirant ressentir et vivre une « tranche de vie » nous interrogeant sur l’insondable question des relations humaines…

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Stanislas Kubik

Stanislas Kubik

Tour à tour joueur et organisateur de GN depuis quelques années, j’aime la multiplicité des univers et des formats que propose le jeu de rôle grandeur nature en tant que loisir. Je suis attiré par les thématiques inédites et les nouvelles expériences en matière de design de jeu. Sinon, je ne raconte pas toujours mes weekends à la machine à café le lundi matin…
Stanislas Kubik

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5 réactions à Critique de GN : Timing

  1. Merci pour le retour Stan !
    Est-il possible d’en savoir un peu plus sur les scènes et les personnages ?

  2. Scène 1 : Bachir et Salomé, salon de Bachir
    Scène 2 : Soledad et Athènes, cuisine du squat
    Scène 3 : Loic et Souad, café à Rennes
    – Entracte –
    Scène 4 : Bruce et Raphael, salon de Bruce et Raphael
    Scène 5 : Renaud et Giulia, café à Paris

    (je peux t’en dire plus en privé Hoog mais une partie du jeu repose sur la surprise, du coup si tu veux t’en priver ok mais je préfère ne pas en priver les autres 🙂 )

  3. Merci Lila. Je cherchais plutôt à comprendre qui sont les personnages, ce qu’ils font, etc.

  4. Stan en a parlé 🙂
    C’est des Parisiens et des Rennais, essentiellement, qui vivent des tranches de vie.
    Des ruptures, des retrouvailles, des rencontres…

  5. Laird Yann BOURGEOIS

    Ce GN a l’air assez intéressant et j’avoue que je serai intéressé s’il se monte quelque part, ou même l’organiser à l’occasion. ça me changerai bien des murder que j’ai l’habitude de pratiquer (comme orga ou joueurs) qui jouent plus sur le coté sombre des émotions (beaucoup de cthulhu ou de murder qui bousculent un peu).

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